mercredi 15 août 2018

L'un des plus beaux textes de Karl POPPER. (La voie de la science : la corroboration).









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(Dans l'extrait ci-dessous, c'est évidemment nous qui avons choisi de mettre en surbrillance, en caractères gras, ou de souligner certains passages que nous avons jugés particulièrement importants à retenir.)

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"(...) 
LA VOIE DE LA SCIENCE
On peut discerner dans l'évolution de la physique comme un mouvement général allant de théories d'un niveau d'universalité inférieur à des théories d'un niveau d'universalité supérieur. On appelle habituellement cette direction, la direction "inductive". Et on pourrait penser pouvoir utiliser le fait que la physique progresse dans cette direction "inductive" comme un argument en faveur de la méthode inductive.
Pourtant, un progrès dans la direction inductive ne consiste pas nécessairement en une suite d'inférences inductives. En effet nous avons montré qu'on peut expliquer ce phénomène tout à fait différemment, à savoir en termes de degrés auxquels une théorie peut être soumise à des tests et corroborée. C'est qu'une théorie bien corroborée ne peut être évincée que par une théorie d'un niveau d'universalité supérieur, c'est-à-dire par une théorie qui est susceptible d'être soumise à plus de tests et qui contient, en outre l'ancienne théorie bien corroborée ou, du moins, une théorie qui s'en approche fort. Il est, en conséquence, peut-être préférable de décrire cette tendance - cette progression vers des théories d'un niveau d'universalité supérieur - comme "quasi inductive".
Le processus quasi-inductif devrait être envisagé de la manière suivante. Des théories d'un certain niveau d'universalité sont avancées et soumises à des tests selon une procédure déductive ; des théories d'un niveau d'universalité supérieur sont alors, à leur tour, avancées et soumises à des tests à l'aide de théories des niveaux d'universalité précédents, et ainsi de suite. Les méthodes utilisées pour les tests sont invariablement fondées sur des inférences déductives passant du niveau supérieur au niveau inférieur ; d'autre part, les niveaux d'universalité supérieurs succèdent, chronologiquement, aux inférieurs.
On peut se poser la question suivante : "Pourquoi ne pas imaginer tout de suite des théories du niveau d'universalité le plus élevé ? Pourquoi attendre cette évolution quasi inductive ? N'est-ce peut-être pas parce que celle-ci comporte, tout compte fait, un élément inductif ?" Je ne pense pas. Sans cesse des suggestions, des conjectures, des théories de tous les niveaux possibles d'universalité sont avancées. Les théories qui ont en quelque sorte un niveau d'universalité trop élevé (c'est-à-dire par trop éloigné du niveau atteint par la science contemporaine susceptible d'être soumise à des tests) peuvent engendrer un "système métaphysique". En ce cas, même si l'on pouvait déduire (ou seulement déduire partiellement comme dans le cas du système de Spinoza) de ce système certains énoncés faisant partie du système scientifique en vigueur, il n'y aurait pas, parmi eux, de nouvel énoncé susceptible d'être soumis à des tests ; ce qui signifie que l'on ne pourrait imaginer aucune expérience cruciale en vue de soumettre le système en question à des tests. D'autre part, si l'on peut imaginer une expérience cruciale à cette fin, le système contient comme première approximation une théorie bien corroborée en même temps qu'un élément nouveau et susceptible d'être soumis à des tests. Le système n'est alors, naturellement, pas "métaphysique". Il peut, donc, être considéré comme un nouveau progrès dans l'évolution quasi inductive de la science. Ceci explique pourquoi il n'y a pour ainsi dire que les théories visant à rencontrer la situation problématique du jour qui aient un lien avec la science du moment ; la situation problématique du jour, c'est-à-dire les difficultés, contradictions et falsifications courantes à ce moment-là. En proposant une solution à ces difficultés, ces théories peuvent indiquer la voie d'une expérience cruciale.
Pour avoir une image ou un modèle de cette évolution quasi inductive de la science, on pourrait se représenter les diverses idées et hypothèses comme des particules en suspension dans un fluide. La science susceptible d'être soumise à des tests constitue les précipités de ces particules au fond du vase : ils se déposent en couches (d'universalité). Le dépôt s'épaissit avec le nombre de ces couches, chaque couche nouvelle correspondant à une théorie du niveau d'universalité plus élevé que celui de celles qu'elle recouvre. Il résulte de ce processus que des notions qui flottaient dans de hautes régions métaphysiques peuvent être atteintes par la science en croissance, entrer ainsi en contact avec elle et se précipiter. L'atomisme en est un exemple de même que la notion d'un unique "principe" physique ou élément ultime (dont proviennent les autres), la théorie du mouvement terrestre (dont Bacon dénonça le caractère fictif), l'ancienne théorie corpusculaire de la lumière, la théorie du fluide électrique (reprise comme l'hypothèse selon laquelle la conduction des métaux est due à un gaz électronique). Tous ces concepts et notions peuvent avoir servi, même dans leurs formes primitives, à mettre de l'ordre dans l'image que l'homme se fait du monde et peuvent même, dans certains cas, avoir constitué des prédictions heureuses. Pourtant, une notion de ce genre n'acquiert de statut scientifique que lorsqu'elle est présentée sous une forme qui permet de la falsifier, c'est-à-dire lorsqu'il est devenu possible de décider entre elle et une théorie rivale, par un recours à l'expérience.
Ma recherche a suivi dans leurs grandes lignes les diverses conséquences des décisions et conventions - en particulier du critère de démarcation - adoptées au début de ce livre. Jetant un regard en arrière, nous pouvons à présent essayer d'avoir un dernier aperçu global de l'image de la science et de la découverte scientifique qui a émergé au cours de ces pages. (Je n'ai pas à l'esprit une image de la science envisagée comme phénomène biologique, comme instrument d'adaptation ou comme méthode indirecte de production : je songe à ses aspects épistémologiques.)
La science n'est pas un système d'énoncés certains ou bien établis, non plus qu'un système progressant régulièrement vers un état final. Notre science n'est pas une connaissance (épistémé) : elle ne peut jamais prétendre avoir atteint la vérité ni même l'un de ses substituts, telle la probabilité.
Pourtant, la science a plus de valeur au titre de simple survie biologique. Elle est plus qu'un instrument utile. Bien qu'elle ne puisse atteindre ni la vérité, ni la probabilité, son effort pour atteindre la connaissance, sa quête de la vérité, sont encore les motifs les plus puissants de découverte scientifique.
Nous ne savons pas, nous ne pouvons que conjecturer. Et des croyances non scientifiques, métaphysiques (bien que biologiquement explicables) en des lois, des régularités que nous pouvons découvrir, mettre en évidence, guident nos conjectures. Comme Bacon, nous pourrions décrire ainsi la science de notre temps : "la méthode de raisonnement que les hommes d'aujourd'hui ont l'habitude d'appliquer à la nature" - consistant dans un ensemble "d'anticipations, téméraires et prématurées", de "préjugés".
Mais ces conjectures ou "anticipations", ces merveilles d'imagination d'audace, sont contrôlées avec soin et rigueur, par des tests systématiques. Une fois avancée, aucune de nos "anticipations" n'est soutenue de manière dogmatique. Notre méthode de recherche n'est pas de les défendre, en vue de prouver combien nous avions raison, mais d'essayer, au contraire, de les ruiner. Utilisant toutes les armes de notre panoplie logique, mathématique et technique, nous essayons de prouver que nos anticipations étaient fausses, afin de mettre à leur place de nouvelles anticipations injustifiées et injustifiables, de nouveaux "préjugés téméraires et prématurés", comme Bacon les appelait par dérision.
Il est possible d'interpréter les voies de la science de manière plus prosaïque. On pourrait dire que le progrès ne peut "... se réaliser que de deux manières : en recueillant de nouvelles expériences perceptives et en améliorant l'arrangement de celles que nous avons déjà à notre disposition". Pourtant cette description du progrès scientifique n'est sans doute pas vraiment inexacte mais semble passer à côté de la question. Elle rappelle trop l'induction de Bacon : elle suggère trop son industrieuse cueillette des "innombrables raisins, mûrs et de saison" dont il attendait que jaillisse le vin de la science, son mythe d'une méthode scientifique qui part de l'observation et de l'expérience pour arriver à des théories. (Cette méthode légendaire inspire encore, soit dit en passant, certaines des sciences les plus récentes qui tentent de la pratiquer à cause de la croyance courante selon laquelle c'est là la méthode de la physique expérimentale.)
Le progrès de la science n'est pas dû à l'accumulation progressive de nos expériences. Il n'est pas dû non plus à une utilisation toujours améliorée de nos sens. Des expériences sensorielles non interprétées ne peuvent secréter de la science, quel que soit le zèle avec lequel nous les recueillons et les trions. Des idées audacieuses, des anticipations injustifiées et des spéculations constituent notre seul moyen d'interpréter la nature, notre seul outil, notre seul instrument pour la saisir. Nous devons nous risquer à les utiliser pour remporter le prix.
Ceux parmi nous qui refusent d'exposer leurs idées au risque de la réfutation ne prennent pas part au  jeu scientifique.
Les tests expérimentaux, prudents et rigoureux, auxquels nous soumettons nos idées sont eux-mêmes inspirés par des idées : l'expérience est une action concertée dont chaque étape est guidée par la théorie. Nous ne tombons pas fortuitement sur des expériences pas plus que nous ne les laissons venir à nous comme un fleuve. Nous devons, au contraire, être actifs : nous devons "faire" nos expériences. C'est toujours nous qui formulons les questions à poser à la nature ; c'est nous qui sans relâche essayons de poser ces questions de manière à obtenir un "oui" ou un "non" ferme. (Car la nature ne donne de réponse que si on l'en presse). Enfin, c'est encore nous qui donnons la réponse ; c'est nous qui décidons, après un examen minutieux, de la réponse à donner à la question posée à la nature - après avoir longuement et patiemment essayé d'obtenir d'elle un "non" sans équivoque. "Une fois pour toutes", dit Weyl, avec lequel je suis pleinement d'accord, "je désire manifester mon admiration sans bornes pour l'oeuvre de l'expérimentateur qui se bat pour arracher des faits susceptibles d'être interprétés à une nature inflexible si habile à accueillir nos théories d'un Non décisif ou d'un inaudible Oui.
Le vieil idéal scientifique de l'épistêmê, l'idéal d'une connaissance absolument certaine et démontrable s'est révélée être une idole. L'exigence d'objectivité scientifique rend inévitable que tout énoncé scientifique reste nécessairement et à jamais donné à titre d'essai. En effet un énoncé peut être corroboré mais toute corroboration est relative à d'autres énoncés qui sont eux aussi proposés à titre d'essai. Ce n'est que dans nos expériences subjectives de conviction, dans notre confiance personnelle, que nous pouvons être "absolument certains".
Avec l'idole de la certitude (qui inclut celle de la certitude imparfaite ou probabilité) tombe l'une des défenses de l'obscurantisme, lequel met un obstacle sur la voie du progrès scientifique. Car l'hommage rendu à cette idole non seulement réprime l'audace de nos questions, mais en outre compromet la rigueur et l'honnêteté de nos tests. La conception erronée de la science se révèle dans la soif d'exactitude. Car ce qui fait l'homme de science, ce n'est pas la possession de connaissances, d'irréfutables vérités, mais la quête obstinée et audacieusement critique de la vérité.
Notre attitude doit-elle, dès lors, être de résignation ? Devons-nous dire que la science ne peut remplir que sa tâche biologique, qu'elle ne peut, au mieux, faire ses preuves que dans des applications pratiques susceptibles de la corroborer ? Ses problèmes intellectuels sont-ils insolubles ? Je ne le pense pas. La science ne poursuit jamais l'objectif illusoire de rendre ses réponses définitives ou même probables. Elle s'achemine plutôt vers le but infini encore qu'accessible de toujours découvrir des problèmes nouveaux, plus profonds et plus généraux, et de soumettre ses réponses, toujours provisoires, à des tests toujours renouvelés et toujours affinés."
 (Karl R. POPPER, "La logique de la découverte scientifique", Edition Payot, 1973, chapitre 10 : "La corroboration, ou comment une théorie résiste à l'épreuve des tests", pages 282 - 287).


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C'était l'un des plus beaux textes de Karl Popper, lequel résume son épistémologie dans "La logique de la découverte scientifique". Encore un bijou de la pensée, assurément "à montrer dans les écoles", plutôt que les âneries, les histoires à dormir debout et autres monstruosités issues de la psychanalyse ou de la "philosophie" de Hegel.
Contrairement aux affirmations des psychanalystes les plus "audacieux" (...) en la matière, jamais Sigmund Freud ni aucun autre psychanalyste ne s'est approché, (ni n'a d'ailleurs souhaité s'approcher), d'aussi peu que ce soit de la méthode scientifique résumée ici, ni même ne s'est engagé dans ce que l'on peut nommer, "la voie de la science".
Jamais Sigmund Freud ne fut soi-disant un "poppérien avant la lettre", ou "plus poppérien encore que Popper lui-même", comme l'a pourtant affirmé le psychanalyste Jean Laplanche, lequel n'a fait que trahir sa propre compréhension des plus superficielle de la réfutabilité scientifique telle que la conçoit Karl Popper. 
Bien au contraire, Sigmund Freud justifia même, par écrit, dès les premières pages de son "Introduction à la psychanalyse", de répudier toute forme de contrôle indépendant, que ce soit pendant les cures analytiques, lors de l'interprétation de ses relevés cliniques, sans parler d'un mépris encore plus clair pour toute critique contre ses théories et des divers stratagèmes employés pour les dénigrer, sinon même les "psychiatriser", toujours au profit de sa doctrine. Et si ce n'était que cela... il alla même jusqu'à répondre à l'un de ses disciples, Saul Rosenzweig que, je le cite : "La richesse des observations fiables relevées au cours de l'analyse, la rendent indépendante de toute vérification expérimentale".
Ajoutons encore, que d'après l'immense travail d'érudition de Franck Sulloway, dans "Freud biologiste de l'esprit", le père de la psychanalyse ne fut en réalité qu'un "crypto biologiste" de l'esprit en éludant les options biologiques déjà complètement obsolètes à son époque des fondements théoriques qu'il présentait comme révolutionnaires, sur les conseils, d'Ernst Kris, l'un de ses disciples, afin de mieux s'affirmer en "pur psychologue" réussissant une authentique révolution scientifique, tel un Copernic, ou un Galilée ! 
Et pour confirmer encore son isolement par rapport à la psychologie de son époque, Freud n'hésita pas à en dénigrer tous les travaux, donc à en rejeter toute la tradition ce qui le place encore davantage aux antipodes d'une conception authentiquement poppérienne de l'évolution de la connaissance scientifique. 
Quid des tests réalisés par Freud au cours de sa carrière, et sur la base des travaux de ses prédécesseurs ? Quid des données statistiques, des remises en question via de nouveaux tests valides ? Vous pourrez compulser aussi longtemps que vous voudrez toute son oeuvre, il n'y en a pas la moindre trace. Et oui : pas la moindre trace, d'une part, et, d'autre part, jamais l'ombre du commencement de la moindre preuve valide de toutes les théories sur le psychisme humain qu'il a pu échafauder, seul, reclus dans son cabinet, tel un "Robinson Crusoë, (...).
De surcroît, Sigmund Freud n'a jamais vraiment rien fait, bien au contraire, pour empêcher la création de toute une brume de légendes(dans son livre "Histoire de la découverte de l'inconscient", le psychiatre suisse, précurseur en matière de critique du mouvement freudien et de la psychanalyse, écrira même qu'à l'endroit de la psychanalyse,  il faudrait édifier une "science des légendes", tellement celles-ci pullulent dans son histoire...), de mensonges, de désinformations divers pour entretenir le culte du héro autour de sa propre personne, ainsi que le caractère scientifique prétendument incontestable de la psychanalyse, via les grands cas qu'il a traités, mais qui se sont tous révélés être des échecs particulièrement cuisants, voire dramatiques, comme l'a démontré Jacques Bénesteau, dans un livre retentissant et qui provoqua une véritable fatouah contre son auteur : "Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire". (Ed. Pierre Mardaga). Ce livre fut pourtant primé par la Société Française de l'Histoire de la Médecine, et reçut le premier prix, à l'unanimité du jury, en 2002, ce qui ne manqua pas de susciter, comme l'on s'en doute, lorsque l'on ose s'attaquer à une idéologie dominante, les propos diffamatoires d'Elisabeth Roudinesco, laquelle n'hésita pas à imputer au contenu du livre de l'"antisémitisme masqué", alors, qu'à sa lecture, c'est précisément le contraire que l'on constate : il n'y a dans le livre de Jacques Bénesteau, aucune négation de l'antisémitisme à l'époque de Freud en Autriche, et plus particulièrement à Vienne. Cependant, et en reprenant les mêmes conclusions d'Henri Ellenberger, (pourtant encensé par Roudinesco), Bénesteau démontre que ce ne pouvait être à cause de ses origines juives que Sigmund Freud accusa notamment un retard dans sa nomination au poste de professor extraordinarius. Et nous ajoutons que ce n'est pas davantage à cause de ces mêmes origines juives qu'il échoua à l'obtention d'un Prix Nobel bien qu'il le demanda ... quatorze fois !
Sigmund Freud, quoiqu'on en dise, reste encore aujourd'hui, le seul et unique témoin princeps de l'inconscient (Mikkel Borch-Jacobsen). Et tous les récits des premiers cas, des premières histoires sur l'inconscient ne sont que des constructions fallacieuses, purement fictives et mensongères, à partir desquelles seront performés les autres cas, et les autres fictions de la psychanalyse. (Voir, à ce sujet, le travail incontournable de Mikkel Borch-Jacobsen, dans des livres, tels que, "Folies à plusieurs", "Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse", ou "Anna O. Histoire d'une mystification centenaire"). Et ne parlons pas encore de l'imposture de la théorie de la séduction puis de la prétendue "sexualité infantile"...
En conséquence, le "bateau freudien" n'est véritablement jamais sorti du port pour aller naviguer dans les eaux troubles de l'âme humaine, faute de cartes bien corroborées par des tests qui lui auraient permis de le faire. En réalité, ce "bateau" aux vertus bien trop déterministes ne fut qu'un projet qui ne pouvait qu'échouer avant même d'avoir pu commencer : la valeur descriptive, explicative, et a fortiori prédictive de toutes les théories de la psychanalyse, demeure, encore aujourd'hui, non démontrée
Personne n'a, en toute rigueur, le droit de dire si la psychanalyse est "vraie" ou "fausse", puisqu'il n'y a aucune preuve qui puisse fonder une quelconque croyance, soit en sa fausseté, soit en sa proximité à la vérité. N'étant fondée sur aucune preuve, (n'était ni vraie, ni fausse), la psychanalyse doit encore être qualifiée de sans aucun fondement démontré. C'est, comme l'écrivit Mikkel Borch-Jacobsen, une "théorie zéro". Quant à son efficacité thérapeutique, si l'on en juge par les conséquences désastreuses qu'elle a pu avoir, et par le refus obstiné des psychanalystes d'évaluer leur doctrine, l'on est pleinement en droit de dire que c'est également une pratique zéro. La messe est dite...

Mais la psychanalyse, pour s'imposer dans les esprits, a su habilement profiter de la difficulté d'accès, pour le grand public à des travaux épistémologiques aussi arides et ardus que ceux de Karl Popper, bien que leur difficulté ne signe absolument pas un manque de clarté. Car ce qui caractérise justement l'oeuvre de cet épistémologue et philosophe de la connaissance, c'est précisément la clarté, la rigueur, et la pertinence du propos. 

Les psychanalystes ont donc eu les mains libres, si nous pouvons dire, pour distiller toute une idéologie erronée de la preuve dans l'esprit d'un public trop souvent mal informé, de ce qui doit être considérée comme une preuve valide et correctement administrée, alors que leurs méthodes se fondent toutes sur les éléments suivants : la suggestion, une utilisation souvent délirante de la méthode symbolique, la pensée inductive, l'usage massif du sophisme post hoc ergo propter hoc, les analogies douteuses, les corrélations (non quantifiées), l'absence totale d'hypothèses alternatives, tenir ce qui ne sont rien de plus que des hypothèses pour des faits avérés et les présenter comme des faits avérés sinon même des vérités révélées, le biais de confirmation d'hypothèses, le rejet sine qua non de tout quid juris épistémologique indépendant à la doctrine, (la doctrine étant elle-même son propre quid juris, donc juge et partie d'elle-même), les mensonges, la désinformation, etc...
La psychanalyse n'est qu'une (pseudo) science privée, comme nous nous en expliquons dans notre article, "La réfutabilité scientifique". Or, aucune science ne peut demeurer "privée". Karl Popper démontre dans son oeuvre avec des arguments logiques pourquoi toute "privatisation" (dans ce sens-là) de la science est rigoureusement interdite, d'emblée, par la logique. Elle ne peut absolument pas être considérée comme une prétendue "sciences des sciences", ou je ne sais qu'elle "science humaine", ou pire encore une "épistémologie du sujet", mais au contraire comme le modèle, l'archétype de toutes les pseudo-sciences ou impostures scientifiques.
Cependant, l'oeuvre de Popper ne contient jamais rien de plus que des propositions sur ce que peut être la méthode scientifique, et jamais des injonctions qui seraient faites aux scientifiques.

(Patrice Van den Reysen).


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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.

Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :

"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".

Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".

Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".

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