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vendredi 5 décembre 2014

Mikkel BORCH-JACOBSEN. Sur l'impérieuse (...) nécessité de l'inconscient.








« (…) Cette demande d’inconscient cache en réalité un très profonde « angoisse », au sens de Devereux : et si les phénomènes observés sous hypnose n’étaient jamais que le reflet complaisant des attentes, expectatives et suggestions de l’hypnotiseur ? La demande d’inconscient, en ce sens, est une demande d’ignorer la demande ; il faut que le sujet donne des gages qu’il va accepter de jouer le jeu comme si de rien n’était, comme s’il ne savait pas qu’il s’agit d’un jeu qu’il joue avec l’hypnotiseur. Ou bien il accepte et alors il n’y aucune raison qu’il ne continue pas à jouer. Ou bien il refuse et le jeu s’arrête avant même d’avoir commencé.

Ce pacte d’ignorance régit pareillement la psychanalyse qui, si elle a abandonné l’hypnose et ses rituels d’induction, continue à demander aux patients d’ignorer pourquoi ils disent ceci ou pensent cela. La règle du jeu analytique exige que les patients ne sachent pas pourquoi ils aiment leur analyste, pourquoi ils ont des rêves oedipiens (…), faute de quoi ces manifestations réputées spontanées de l’inconscient risqueraient fort d’appraître comme un produit des demandes inhérentes au dispositif analytique lui-même et la théorie psychanalytique ne se distinguerait plus, dès lors, d’une banale entreprise de suggestion. Voilà pourquoi il faut l’inconscient : pour protéger le thérapeute ou le psychologue contre l’accusation de contaminer ses données, pour empêcher que celles-ci n’apparaissent comme le fruit d’une interaction entre le sujet et l’expérimentateur, le patient et le thérapeute. En ce sens, l’inconscient n’est pas quelque chose qui aurait été « découvert » un beau jour par Freud ou par les hypnotiseurs qui l’ont décidé. C’est un impératif, une impérieuse demande d’objectivation de la part du psychologue scientifique, sans laquelle son objet n’existerait tout simplement pas : « Sois inconscient. »


(In : Mikkel BORCH-JACOBSEN. « La guerre des psys. Manifeste pour une psychothérapie démocratique. » Éditions Les Empêcheurs de penser en rond / Le Seuil, Paris, mars 2006, pages : 41 – 42).



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