Voici un extrait de l'excellent livre de Mikkel Borch-Jacobsen, "Folies à plusieurs", où il démonte entièrement, le véritable procédé freudien (frauduleux) de fabrication de la psychanalyse.
On retrouve les arguments de Borch-Jacobsen, dans un autre livre plus récent, co-écrit avec Sonu Shamdasani, et qui s'intitule "Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse". Dans ce dernier livre, il entre encore plus dans le détail, et il m'a semblé imossible d'en terminer la lecture sans se dire que la psychanalyse n'est vraiment rien d'autre qu'une construction totalement fictive et subjective, de surcroît. Quid de "science" ?!
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"La narration psychanalytique."
Dans « Folies à plusieurs » de Mikkel Borch-Jacobsen, édition les Empêcheurs de penser en rond, le Seul, mars 2002, pages 235 – 240.
« On a maintes fois loué Freud pour sa capacité à donner une forme narrative cohérente au déroulement extraordinairement compliqué et surdéterminé de ses analyses. On remarque moins souvent l’énorme problème épistémologique que dissimule cet indéniable brio stylistique. En effet, contrairement à ce que sous-entend le plus souvent Freud, un récit de cas est tout sauf une simple « observation » de la réalité. Comme le savent bien les historiens et les critiques littéraires, tout récit implique une rétrodiction du contenu narré, une mise en intrigue qui (ré)organise celui-ci en lui donnant sens et direction à partir de la conclusion de l’histoire. Qu’il traite d’événements réels ou fictifs, le narrateur les sélectionne inévitablement en vue de les intégrer – de les « configurer », comme dit l’historien Louis O. Mink – dans des totalités signifiantes. C’est un événement construit, fabriqué, monté par un narrateur qui le réfléchit et le fait parler depuis sont point de vue.
Or cela, qui vaut pour tout récit, est encore plus vrai du récit de cas psychanalytique, qui présente à cet égard des caractéristiques propres. Les récits de Freud, en effet, ne traitent pas tant d’événements psychiques (re)construits par l’analyste à partir des rêves, des symptômes et des associations du patient : l’amour supposé de Dora pour l’odieux Monsieur K., le fantasme d’Anna Freud d’être battue par son père dans l’article « On bat un enfant », ou encore la scène du petit Homme aux loups urinant triomphalement à la vue des fesses proéminentes de la servante Groucha agenouillée sur le plancher. Parler à ce propos « d’observation » est une aimable plaisanterie : personne n’a jamais été témoin de ces soi-disant « événements », et pas seulement parce qu’il s’agit dans certains cas d’événements purement imaginaires, fantasmatiques. Les patients eux-mêmes n’en ont aucune connaissance, car il s’agit de souvenirs ou de fantasmes réputés inconscients. Ce n’est donc pas eux qui ont raconté ces événements, du moins au départ. Il faut se défaire de l’idée que les récits de cas psychanalytiques rapporteraient des récits faits spontanément par les patients eux-mêmes. Ce sont, au contraire, de récits qui racontent comment l’analyste a reconstitué les éléments d’un récit que les patients, par définition, sont censés ne pas pouvoir raconter tout seuls. Ces récits de cas, en fin de compte, ne narrent rien qui les précéderait. Ils narrent seulement la fabrication, la « construction » (Konstruction) du récit qu’ils sont eux-mêmes. Comme l’écrit Freud dans « Constructions dans l’analyse » :
« De tout ce dont il s’agit, l’analyste n’a rien vécu ni refoulé ; sa tâche ne peut pas être de se remémorer quelque chose. Quelle est donc sa tâche ? Il faut que, d’après les indices échappés à l’oubli, il devine ou, plus exactement, il construise ce qui a été oublié. »
C’est cette construction, qui n’a strictement rien à voir avec une observation, mais tout à voir en revanche avec les « superstructures » de la spéculation métapsychologique, que racontent les récits de cas de Freud. Bâtis à coups d’interprétations mises bout à bout à partir d’un matériel fragmentaire, ceux-ci ne sont rien d’autre que de la théorie présentée sous forme narrative, indépendamment de l’assentiment ou non des patients ».
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« En présentant ses constructions sous forme narrative, Freud fait d’une pierre deux coups : il transforme ses interprétations en événements réels ; et surtout, en usant du style indirect libre, il impute subrepticement ces interprétations au patient lui-même. Soudain, ce n’est plus Freud qui spécule sur ce que l’Homme aux loups a vu ou pensé. C’est l’Homme aux loups – ou son inconscient, on ne sait pas très bien – qui voit l’expression de sa mère durant l’orgasme ou qui s’émeut de retrouver sa posture chez Groucha de là à penser que c’est l’Homme aux loups qui a raconté tout cela à Freud et que celui-ci ne fait que narrer comment il a aidé son patient à reconstituer ce récit sous-jacent, il n’y a évidemment qu’un pas. »
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« (…) les récit de cas de Freud ne sont pas plus le produit dialectique d’une narration à deux (à deux auteurs) qu’ils ne sont le compte rendu objectif d’une « observation ». Ce sont de récits fabriqués, fictionnés par Freud lui-même, à l’aide d’une méthode de déchiffrement informée par Freud lui-même de part en part par ses théories. »
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« Loin que les « superstructures spéculatives » de la métapsychologie reflètent une observation déposée dans des récits de cas, ceux-ci sont des artefacts de celles-là : une première fois parce que ce sont des fictions théoriques, de la théorie mise en récit à partir d’éléments fournis par le matériel clinique ; et une seconde fois parce que l’assentiment que leur donnent les patients, lorsqu’il existe, est lui-même un produit de l’aspect fortement suggestif (dans tous les sens du terme) des théories de l’analyste. Prétendre, comme le fait Freud, que les concepts métasychologiques étaient régulièrement remplacés lorsque le matériel clinique l’exigeait est à cet égard un coup de bluff magistral, étant donné l’obstination avec laquelle il maintenait ses constructions narratives en dépit des protestations des patients ».
(…)
« Or, il faut bien comprendre que l’assentiment du patient n’a jamais été, en fait, le critère ultime de validation utilisé par Freud. Même s’il ne s’interdisait pas de l’invoquer lorsque cela l’arrangeait, il savait fort bien que ce critère risquait de se retourner contre lui, dans la mesure où rien ne garantissait dans ce cas que le « oui » du patient ne soit pas un effet de suggestion ».