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samedi 6 décembre 2014

Mikkel BORCH-JACOBSEN. Le cas d'Olga Hönig, où comment la psychanalyse détruisit l'une de ses nombreuses victimes..








« (…) Le Professeur (Freud) ne pouvait avoir tort. Ainsi naquit, le 10 avril 1903, le petit Herbert Graf, plus connu dans la littérature psychanalytique sous le nom de « petit Hans ». Herbert fut suivi, le 4 octobre 1906, d’une petite fille nommée Hanna. Olga repoussa l’enfant lorsqu’il lui fut présenté à la naissance et nourrissait, selon Max Graf, des sentiments de jalousie féminine à son égard. Bien plus tard, alors qu’Olga avait quatre-vingt-deux ans, Herbert Graf rapporta à Eissler qu’elle en avait toujours voulu à Freud d’avoir poussé le couple à avoir des enfants : « Ma mère se plaint aujourd’hui encore que Freud n’a pas été une bonne chose dans sa vie et en conseillant à mon père d’avoir des enfants, etc, etc. A la fin, cela a plus ou moins brisé leur mariage. »

Le couple a dû penser que le traitement de Freud avait été incomplet, car Max Graf réanalysa sa femme quelque temps après avoir analysé son fils (1908). Peu après éclata le conflit entre Freud et Adler. A cette occasion, Olga prit clairement le parti d’Adler contre Freud. Herbert Graf s’en souvenait encore en 1959 : « Ma mère (…) n’aimait pas le Professeur Freud parce qu’elle avait l’impression que les conseils qu’il avait donnés à mon père n’étaient pas bons. Mais c’était une grande amie personnelle d’Adler. » Interrogée l’année suivante par Kurt Eissler, Liselotte Graf, l’épouse d’Herbert (née Auzterlitz), confirma : « Ma fille (belle-) mère a rompu avec Freud et puis elle a rejoint Adler. Et chaque fois que vous la voyez, elle vous parle encore de Freud et d’Alder. – Kurt Eissler : Mais contre Freud ? – Contre Freud ! »

Max Graf, qui n’aimait pas les conflits, essaya un temps de réconcilier Adler et Freud, mais lorsque celui-ci lui demanda brutalement de choisir son camp, il quitta la Société psychanalytique de Vienne, sans pour autant rejoindre Adler. Evidemment, il ne pouvait pas prendre parti sans détruire son mariage. Celui-ci fut continua donc, cahin-caha, jusqu’à ce que les enfants soient assez âgés pour qu’on puisse envisager un divorce. Celui-ci fut prononcé le 30 septembre 1920. Moins d’un mois plus tard, le 20 octrobre, Olga se remaria avec Franz-Josef Brychta.

Sa personnalité ne semble pas avoir fondamentalement changé pour autant. Encore en 1960, sa belle-fille affirmait à Kurt Eissler que « les nerfs de la mère de Herbert ne sont pas bien et ne l’ont jamais été ». Herbert en était d’accord : sa mère, disait-il, « est très nerveuse et a toujours été une personne très nerveuse. Je suis tout à fait sûr que (…) l’analyse a pu faire des dégâts. Cela n’a pas aidé ma mère du tout ».

Quant à Olga elle-même, elle refusa carrément de se laisser interviewer par Eissler lorsque celui-ci lui en fit la demande en 1953. Tout cela était trop douloureux, lui écrivit-elle dans une lettre un peu incohérente : « Ça ne marche pas avec Freud ». Elle ne voulait ni en parler, ni en témoigner par écrit, de peur qu’elle ne puisse plus dormir. « Freud a fait des ravages chez nous. » Et le sommeil est l’une des grandes bénédictions de l’existence, ajoutait-elle. »


(In : Mikkel BORCH-JACOBSEN, « Les patients de Freud. Destins », éditions Sciences humaines, Paris, 2011, pages : 77 – 78).




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Mon roman, "HOAG, un témoignage du futur":











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