Citations de Jacques Lacan
Âme
Apprentissage de la psychanalyse
Clé de la psychanalyse
Clinique psychanalytique
Complexe d'Œdipe
Difficulté à comprendre Lacan
Dissolution de l'École freudienne de Paris
Fait - subjectivisme
Freud « savait »
Freud : un petit médecin
Freud : un scientiste
Guérison
Inconscient
Intentions
International Journal of Psychoanalysis
Interprétation
Jouissance : définition
La Mère : son rôle, son désir –
L’image du crocodile
Motivation à faire une psychanalyse
Philosophie
La psychanalyse : une pratique délirante
La psychanalyse : une escroquerie
La psychanalyse : une pratique de bavardage
Psychose
Psychothérapie
Refoulement : pas dû à la répression
Religion: la vraie
Symptôme
Techniques : c’est la confusion radicale
Titre de psychanalyste
Totem et Tabou
Transfert
Âme
« L'âme, telle qu'encore nous la manipulons et telle qu'encore nous en sommes encombrés, l'âme à laquelle nous avons affaire dans la tradition chrétienne, cette âme a comme appareil, comme armature, comme tige métallique dans son intérieur, le sous-produit de ce délire d'immortalité de Socrate. Nous en vivons encore » (Le Séminaire. VIII. Le transfert. Paris, Seuil, 1991, p. 125).
Apprentissage de la psychanalyse.
« Tel que j'en arrive maintenant à le penser, la psychanalyse est intransmissible. C'est bien ennuyeux. C'est bien ennuyeux que chaque psychanalyste soit forcé — puisqu'il faut bien qu'il y soit forcé — de réinventer la psychanalyse.
Si j'ai dit à Lille que la passe m'avait déçu, c'est bien pour ça, pour le fait qu'il faille que chaque psychanalyste réinvente, d'après ce qu'il a réussi à retirer du fait d'avoir été un temps psychanalysant, que chaque analyste réinvente la façon dont la psychanalyse peut durer. » (Lettres de l'Ecole, n°25, Bulletin intérieur de l'Ecole freudienne de Paris, volume II, La Transmission, juin 1979).
Clé de la psychanalyse : les jeux de mots.
« Qu’on aille aux textes de Freud pour s’apercevoir qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’un déchiffrage de dit-mension [sic] signifiante pure. […] C’est à progresser dans un tissu d’équivoques, de métaphores, de métonymies, que Freud évoque une substance, un mythe fluidique qu’il intitule de la libido. (Télévision. Seuil, 1974, Rééd. in Autres écrits. Seuil, 2001, p. 515).
« J’attache énormément d’importance aux jeux de mots, vous le savez. Cela me paraît la clé de la psychanalyse ». (Le triomphe de la religion. Précédé de Discours aux Catholiques. Seuil, 2005, p. 96).
Clinique psychanalytique
« Qu'est-ce que la clinique psychanalytique ? Ce n'est pas compliqué. Elle a une base — C'est ce qu'on dit dans une psychanalyse. En principe, on se propose de dire n'importe quoi, mais pas de n'importe où — de ce que j'appellerai pour ce soir le dire-vent analytique... On peut aussi se vanter, se vanter de la liberté d'association, ainsi nommée... Évidemment, je ne suis pas chaud-chaud pour dire que quand on fait de la psychanalyse, on sait où on va. La psychanalyse, comme toutes les autres activités humaines, participe incontestablement de l'abus. On fait comme si on savait quelque chose. »
(Ouverture de la section clinique. Ornicar ?, Bulletin périodique du champ freudien, 1977, 9, p. 7-14).
Complexe d'Œdipe
« Le rapport sexuel, il n'y en a pas, mais cela ne va pas de soi. Il n'y en a pas, sauf incestueux. C'est très exactement ça qu'a avancé Freud — il n'y en a pas, sauf incestueux, ou meurtrier. Le mythe d'Œdipe désigne ceci, que la seule personne avec laquelle on ait envie de coucher, c'est sa mère, et que pour le père, on le tue. » (L'escroquerie psychanalytique, Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1979, 17, p. 9s).
« La vie n'est pas tragique. Elle est comique. Et il est assez curieux que, pour désigner ce dont il s'agissait, Freud n'ait rien trouvé de mieux que le complexe d'Œdipe, c'est-à-dire une tragédie. On ne voit pas pourquoi il a désigné d'autre chose que d'une comédie ce à quoi il avait affaire dans le rapport qui lie le symbolique, l'imaginaire et le réel. II pouvait prendre un chemin plus court. »
(Une pratique de bavardage, Ornicar ? Bulletin périodique du champ freudien, 1979, 19, p. 5-9).
Difficulté à comprendre Lacan.
En 1973, Lacan est interviewé par J.-A. Miller à la télévision (ORTF). Il commence par dire : « J’avouerai avoir tenté de répondre à la présente comédie et que c’était bien pour le panier. […] L’errement consiste en cette idée de parler pour que les idiots me comprennent. Idée qui me touche si peu naturellement qu'elle n'a pu que m'être suggérée. Par l'amitié. Danger. […] Qu’on ne croie pas pour autant que j’y parle à la cantonade. Je parle à ceux qui s’y connaissent, aux non-idiots, à des analystes supposés. » (Télévision. Seuil, 1974. Rééd. dans Autres écrits. Seuil, 2001, p. 509s).
Lacan revient à la fin de son interview sur son élitisme :
« Je pense qu’il faut refuser le discours psychanalytique aux canailles : c’est sûrement là ce que Freud déguisait d’un prétendu critérium de culture. […] Si j’ose articuler que l’analyse doit se refuser aux canailles, c’est que les canailles en deviennent bêtes, ce qui certes est une amélioration, mais sans espoir. » (id., p. 543).
« Il suffit de dix ans pour que ce que j'écris devienne clair pour tous, j'ai vu ça pour ma thèse où pourtant mon style n'était pas encore cristallin. C'est donc un fait d'expérience. » (id., p. 544).
« Mes Écrits, je ne les ai pas écrits pour qu’on les comprenne, je les ai écrits pour qu'on les lise. Ce n'est pas du tout pareil. C'est un fait que, contrairement à ce qui s'est passé pour Freud, il y a tout de même pas mal de gens qui les lisent. Ils ont certainement plus de lecteurs que Freud n'en a eu pendant quinze ans. À la fin, bien sûr, Freud a eu un énorme succès de librairie, mais il l’a attendu très longtemps. Je n'ai jamais rien attendu de pareil. Ça a été pour moi une surprise totale que mes Écrits se vendent. Je n'ai jamais compris comment cela s'est fait.
Ce que je constate par contre, c'est que même si on ne les comprend pas, ça fait quelque chose aux gens. Je l'ai souvent observé. Ils n'y comprennent rien, c'est tout à fait vrai, pendant un certain temps, mais ça leur fait quelque chose. Et c'est pour cette raison que je serais porté à croire que, contrairement à ce que l'on s'imagine au-dehors, on les lit. On s’imagine que les gens achètent mes Ecrits et qu'ils ne les ouvrent pas. C'est une erreur. Ils les ouvrent, et même ils les travaillent. Et même ils s'esquintent à ça. Évidemment, quand on commence mes Écrits, ce qu'on peut faire de mieux, c'est d'essayer de les comprendre. Et comme on ne les comprend pas, on continue d’essayer. »
(Le triomphe de la religion. Précédé de Discours aux Catholiques. Paris : Seuil, 2005, p. 84s).
« Je ne relis jamais sans un peu d’étonnement. Je n’imagine jamais que ce soit moi qui ai pu dire ça, et je suis certainement faiblard dans la façon de recevoir la charge de ce que j’ai moi-même écrit. »
(L’insu que sait de l’une-bévue, s’aile a mourre [sic] Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1978, 14, p. 4).
Remarque sur le vocabulaire lacanien.
Le problème de qui définit le sens des mots est joliment évoqué par ce dialogue imaginé par Lewis Carroll, dans Alice au pays des merveilles, entre Alice et Humpty-Dumpty :
« “Je ne sais pas ce que vous voulez dire quand vous dites gloire”, dit Alice.
Humpty-Dumpty sourit dédaigneusement : “Bien sûr, vous ne le savez pas avant que je vous le dise. Je veux dire : Voilà un bel argument massue pour vous !”
“Mais, objecta Alice, gloire ne veut pas dire un bel argument massue”.
Humpty-Dumpty dit d'un ton méprisant : “Quand j'emploie un mot, il signifie exactement ce que je décide qu'il doit signifier, ni plus ni moins”.
« La question est, dit Alice, de savoir si l'on peut faire signifier tant de choses différentes à des mots.”
“La question est, dit Humpty-Dumpty, de savoir qui sera le Maître, c'est tout” »
Dissolution de l’École freudienne de Paris.
Le 5 janvier 1980, Lacan dissout son Ecole, qui est devenue une Église, comme l’École de Freud. Il écrit :
« J'ai échoué — c'est-à-dire me suis embrouillé. », « On sait ce qu'il en a coûté, que Freud ait permis que le groupe psychanalytique l'emporte sur le discours, devienne Église. » (« Lettre de dissolution », Ornicar ? Bulletin périodique du champ freudien, 1980, n° 20, p. 9s).
Dix jours plus tard, il revient sur son échec en disant :
« Il faut bien que j'innove, puisque cette École, je l'ai loupée, d'avoir échoué à produire des Analystes d'icelle (A.E.) qui soient à la hauteur. » (« L’autre manque », id. p. 11).
[« A.E. » signifie « Analyste de l’Ecole »]
Fait - Subjectivisme.
« Qu’est-ce qu’un fait ? C’est justement lui [le parlêtre] qui le fait. Il n’y a de fait que du fait que le parlêtre le dise. Il n’y a pas d’autres faits que ceux que le parlêtre reconnaît comme tels en les disant. Il n’y a de fait que d’artifice » (Le Séminaire 1975-1976. Livre XXIII. Le sinthome. Paris : Seuil, 2005, p. 66).
Freud savait
« Freud savait, et il nous a donné ce savoir en des termes que l'on peut dire indestructibles. [...] Aucun progrès n'a pu se faire, si petit, qui n'ait dévié chaque fois que fut négligé un des termes autour desquels Freud a ordonné les voies qu'il a tracées. » (Le Séminaire XI. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Seuil, 1973, p. 211).
Freud : un petit médecin.
« Freud n’avait que peu d’idées de ce que c’était que l’inconscient, mais il me semble qu’à le lire, on peut déduire qu’il pensait que c’était des effets de signifiant. Freud n'avait rien de transcendant, c'était un petit médecin qui faisait ce qu'il pouvait pour ce qu'on appelle guérir, qui ne va pas loin — l'homme, donc, ne s'en tire guère, de cette affaire de savoir. Ça lui est imposé par les effets de signifiant, et il n'en est pas à l'aise, il ne sait pas "faire avec" le savoir. C'est sa débilité mentale, dont je ne m'excepte pas — parce que j'ai affaire au même matériel que tout le monde, à ce matériel qui nous habite. » (L’insu que sait de l’une-bévue, s’aile a mourre [sic] Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1978, 14, p. 5).
Freud : un scientiste
« Nous disons, contrairement à ce qui se brode d'une prétendue rupture de Freud avec le scientisme de son temps, que c'est ce scientisme même qui a conduit Freud, comme ses écrits nous le démontrent, à ouvrir la voie qui porte à jamais son nom. Nous disons que cette voie ne s'est jamais détachée des idéaux de ce scientisme. » (Ecrits. Paris : Seuil, 1966, p. 857).
« Vous entendrez des gens vous expliquez gravement que Freud a été empêtré dans son scientisme : ce qui est une sottise. Non seulement son scientisme ne l’a pas gêné, mais il était absolument nécessaire qu’il fût un scientiste. Comme il est aujourd’hui nécessaire que la psychanalyse se constitue en science. » (Interview de Lacan au Figaro littéraire (relue par Lacan) par Gilles Lapouge, 29-12-1966 ; [dernières phrases]).
Guérison.
« Si le psychanalyste admet la guérison comme bénéfice de surcroît de la cure psychanalytique, il se garde de tout abus du désir de guérir » (Ecrits. Paris : Seuil, 1966, p. 324).
Inconscient.
« Que l’inconscient du sujet soit le discours de l’autre [avec petit « a »], c’est ce qui apparaît plus clairement encore que partout dans les études que Freud a consacrées à ce qui appelle la télépathie. »
(Écrits, Éd ? du Seuil, 1966, p. 265).
« L’inconscient est ce discours de l’Autre [avec « a » majuscule] où le sujet reçoit, sous la forme inversée qui convient à la promesse, son propre message oublié. » (Ibidem, p. 439)
« Ce mot a l’inconvénient d’être négatif, ce qui permet d’y supposer n’importe quoi au monde, sans compter le reste. Pourquoi pas ? A chose inaperçue, le nom de “partout” convient aussi bien que “nulle part”.
Il n’y a d’inconscient que chez l’être parlant. […] Restent que les animaux en mal d’homme, dits pour cela d’hommestiques [sic], et que pour cette raison parcourent des séismes, d’ailleurs fort courts, de l’inconscient.
L’inconscient, ça parle, ce qui le fait dépendre du langage, dont on ne sait que peu : malgré ce que je désigne comme linguisterie pour y grouper ce qui prétend, c’est nouveau, intervenir chez les hommes au nom de linguistique. La linguistique était la science qui s’occupe de lalangue [sic], que j’écris en un seul mot, d’y spécifier son objet, comme il se fait de toute autre science. » (Télévision. Seuil, 1973, rééd. Autres écrits, Seuil, 2001, p. 511).
« Freud n’avait que peu d’idées de ce que c’était que l’inconscient, mais il me semble qu’à le lire, on peut déduire qu’il pensait que c’était des effets de signifiant. Freud n'avait rien de transcendant, c'était un petit médecin qui faisait ce qu'il pouvait pour ce qu'on appelle guérir, qui ne va pas loin — l'homme, donc, ne s'en tire guère, de cette affaire de savoir » (L’insu que sait de l’une-bévue, s’aile a mourre [sic], Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1978, 14, p. 5).
Intentions
« Des personnes bien intentionnées, c'est bien pire que celles qui le sont mal »
(Séminaire XX, Paris: Seuil, 1973, p. 64).
International Journal of Psychoanalysis : sa valeur
« Si vous lisez le véritable corpus anniversaire que constitue ce numéro de l’International Journal, on conçoit que les auteurs se félicitent de la solidité révélée par ces cinquante années écoulées. Je vous prie d'en faire l'épreuve — prenez de ces cinquante ans n'importe quel numéro, vous ne saurez jamais de quand il date. Il dit toujours la même chose. C'est toujours aussi insipide, et, comme l'analyse conserve, ce sont toujours aussi les mêmes auteurs. Simplement, avec la fatigue, ils ont réduit de temps en temps leur collaboration. Il y en a un qui s'exprime en une page. Ils se félicitent qu'en somme, ces cinquante ans aient bien confirmé ces vérités premières, que le ressort de l'analyse, c'est la bonté, et que ce qui a été heureusement mis en évidence depuis ces années, avec l'effacement progressif du discours de Freud, c'est particulièrement la solidité et la gloire d'une découverte qu'on appelle l'autonomous Ego, à savoir l'Ego à l'abri des conflits. »
(Le Séminaire. Livre XVII. L’envers de la psychanalyse. Paris : Seuil, p. 83).
Interprétation
« Je m'efforce de dire des choses qui collent à mon expérience d'analyste. Cette expérience est quelque chose de court. Aucune expérience d'analyste ne peut prétendre s'appuyer sur suffisamment de monde pour généraliser. Je tente de déterminer avec quoi un analyste peut se sustenter lui-même, de dessiner ce que comporte d'appareil mental rigoureux la fonction d'analyste, d'indiquer quelle est la rampe qu'il faut tenir pour ne pas déborder de sa fonction d'analyste. Quand on est analyste, on est tout le temps tenté de déraper, de glisser, de se laisser glisser dans l'escalier sur le derrière, et c'est tout de même très peu digne de la fonction d'analyste. Il faut savoir rester rigoureux, de façon à n'intervenir que d'une façon sobre et de préférence efficace. J'essaie de donner les conditions pour que l'analyse soit sérieuse et efficace. Ça a l'air de déborder sur des cordes philosophiques, mais ça ne l'est pas le moins du monde. »
(Le triomphe de la religion. Précédé de Discours aux Catholiques. Paris : Seuil, 2005, p. 100s).
« L'interprétation doit être preste pour satisfaire à l'entreprêt. De ce qui perdure de perte pure à ce qui ne parie que du père au pire »
(Télévision. Seuil, 1973, p. 72 ; réédité dans Autres écrits. Seuil, 2001, p. 545) [sic].
(N.B. : « Entreprêt » ne se trouve pas dans Le Robert. En ancien français, on trouve « entreprêture », qui signifiait « interprétation, explication ». Fr. Godefroy (1938) Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous les dialectes du IXe au XVe siècle. Paris : Librairie des Sciences et des Arts).
La jouissance.
« Je vous en ai déjà assez dit pour que vous sachiez que la jouissance, c'est le tonneau des Danaïdes, et qu'une fois qu'on y entre, on ne sait pas jusqu'où ça va. Ça commence à la chatouille et ça finit par la flambée à l'essence. Ça, c'est toujours la jouissance. »
(Le Séminaire. Livre XVII. L’envers de la psychanalyse. Paris : Seuil, p. 83).
« Nous ne savons pas comment les autres animaux jouissent, mais nous savons que pour nous la jouissance est la castration. Tout le monde le sait, parce que c’est tout à fait évident : après ce que nous appelons inconsidérément l’acte sexuel (comme s’il y avait un acte !), après l’acte sexuel, on ne rebande plus. »
(Intervention de Jacques Lacan à Bruxelles, publiée dans Quarto. Supplément belge à La lettre mensuelle de l’École de la cause freudienne, 1981, n° 2).
La Mère : son rôle, son désir – L’image du crocodile.
« Le rôle de la mère, c'est le désir de la mère. C'est capital. Le désir de la mère n'est pas quelque chose qu'on peut supporter comme ça, que cela vous soit indifférent. Ça entraîne toujours des dégâts. Un grand crocodile dans la bouche duquel vous êtes — c'est ça, la mère. On ne sait pas ce qui peut lui prendre tout d'un coup, de refermer son clapet. C'est ça, le désir de la mère.
Alors, j'ai essayé d'expliquer qu'il y avait quelque chose qui était rassurant. Je vous dis des choses simples, j'improvise, je dois le dire. Il y a un rouleau, en pierre bien sûr, qui est là en puissance au niveau du clapet, et ça retient, ça coince. C'est ce qu'on appelle le phallus. C'est le rouleau qui vous met à l'abri, si, tout d'un coup, ça se referme. »
(Le Séminaire. Livre XVII. L’envers de la psychanalyse. Paris : Seuil, p. 129)
Motivation à faire une psychanalyse.
« Figurez-vous que j'ai une certaine expérience de ce métier sordide qui s'appelle être analyste. Et là, j'en apprends un bout, et le “Au commencement était le Verbe” prend plus de poids pour moi. Je vais vous dire une chose : s'il n'y avait pas le Verbe, qui, il faut bien le dire, les fait jouir, tous ces gens qui viennent me voir, pourquoi est-ce qu'ils reviendraient chez moi, si ce n'était pas pour à chaque fois s'en payer une tranche, de Verbe ? Moi, c'est sous cet angle-là que je m'en aperçois. Ça leur fait plaisir, ils jubilent. Sans ça, pourquoi est-ce que j'aurais des clients, pourquoi est-ce qu'ils reviendraient aussi régulièrement, pendant des années ? Vous vous rendez compte ! »
(Le triomphe de la religion. Précédé de Discours aux Catholiques. Seuil, 2005, p. 91).
Philosophie
« Je ne crois pas faire de la philosophie, mais on en fait toujours plus qu'on ne croit. Rien de plus glissant que ce domaine. Vous en faites aussi, à vos heures, et ce n'est certainement pas ce dont vous avez le plus à vous réjouir. »
(Séminaire du 11 janvier 1977. Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1978, n° 14, p. 5).
« Je ne suis pas du tout philosophe. »
(Le triomphe de la religion. Précédé de Discours aux Catholiques. Paris : Seuil, 2005, p. 96).
« Il y a des petits domaines où la philosophie aurait encore quelque chose à dire. Malheureusement, il est assez curieux que la philosophie donne tant de signes de vieillissement. Bon, Heidegger a dit deux ou trois choses sensées. Mais il y a tout de même très longtemps que la philosophie n'a absolument rien dit d'intéressant pour tout le monde. D'ailleurs, elle ne dit jamais quelque chose d'intéressant pour tout le monde. Quand elle sort quelque chose, elle dit des choses qui intéressent deux ou trois personnes. Et puis après, ça passe à l'Université, et alors c'est foutu, il n'y a plus la moindre philosophie, même imaginable. » (id., p. 99)
La psychanalyse : « une pratique délirante »
« La psychanalyse est une pratique délirante, mais c’est ce qu’on a de mieux actuellement pour faire rendre patience à cette situation incommode d’être homme. C'est en tout cas ce que Freud a trouvé de mieux. Et il a maintenu que le psychanalyste ne doit jamais hésiter à délirer » (“Ouverture de la section clinique”, Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1977, 9, p. 13).
« La psychanalyse n'est pas une science. Elle n'a pas son statut de science, elle ne peut que l'attendre, l'espérer. C'est un délire — un délire dont on attend qu'il porte une science. On peut attendre longtemps! Il n'y a pas de progrès, et ce qu'on attend ce n'est pas forcément ce qu'on recueille. C'est un délire scientifique » (“L'insu que sait de l'une-bévue s'aile a mourre” [sic], Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1978, 14, p. 8).
« Freud a inventé cette histoire, il faut bien le dire assez loufoque, qu'on appelle l'inconscient. Et l’inconscient est peut-être un délire freudien. L'inconscient ça explique tout mais, comme l'a bien articulé un nommé Karl Popper, ça explique trop. C'est une conjecture qui ne peut avoir de réfutation. » (Lettres de l'Ecole, n°25, Bulletin intérieur de l'Ecole freudienne de Paris, volume II, La Transmission, juin 1979).
La psychanalyse : « une escroquerie » (1977)
« Où sont-elles passées, les hystériques de jadis, ces femmes merveilleuses : les Anna O., les Emmy von N. ? Elles jouaient non seulement un certain rôle, un rôle social certain, mais quand Freud se mit à les écouter, ce furent elles qui permirent la naissance de la psychanalyse. C'est de leur écoute que Freud a inauguré un mode entièrement nouveau de la relation humaine. Qu'est-ce qui remplace aujourd'hui ces symptômes hystériques d'autrefois ? L'hystérie ne s'est-elle pas déplacée dans le champ social, la loufoquerie psychanalytique ne l'aurait-elle pas remplacée ? […]
Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué. […]
C'est pour ça que tout à l'heure j'ai quand même suggéré qu'il y avait peut-être quelque chose qui remplaçait cette soufflure qu'est le symptôme hystérique ; c'est curieux un symptôme hystérique, ça se tire d'affaire à partir du moment où la personne, qui ne sait pas ce qu'elle dit, commence à blablater. […]
Du point de vue éthique, c'est intenable, notre profession ; c'est bien d'ailleurs pour ça que j'en suis malade, parce que j'ai un surmoi comme tout le monde. […]
Il s'agit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s'en foutra de la psychanalyse. Il est clair que l'homme passe son temps à rêver qu'il ne se réveille jamais. Il suffit de savoir ce qu'à nous, les psychanalystes, nous fournissent les patients. Ils ne nous fournissent que leurs rêves »
(Intervention de Jacques Lacan à Bruxelles, 26 février 1977.
Publié dans Quarto (Supplément belge à La lettre mensuelle de l’École de la cause freudienne),
1981, n° 2. Réédité dans Le Nouvel Observateur, sept. 1981, n° 880, p. 88).
Dans son séminaire du 15 mars 1977 à Paris, Lacan mettait un bémol à ce qu'il avait déclaré à Bruxelles :
« Je pense que, vous étant informés auprès des Belges, il est parvenu à vos oreilles que j'ai parlé de la psychanalyse comme pouvant être une escroquerie. [...] La psychanalyse est peut-être une escroquerie, mais ça n'est pas n'importe laquelle — c'est une escroquerie qui tombe juste par rapport à ce qu'est le signifiant, soit quelque chose de bien spécial, qui a des effets de sens. »
(“L'escroquerie psychanalytique”, Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1979, 17, p. 8)
La psychanalyse : « Une pratique de bavardage » (1979)
Le séminaire de Jacques Lacan
(Texte établi par Jacques-Alain Miller)
« Qu'est-ce que vous êtes gentils, de vous déranger comme ça pour ce que j'ai à vous dire.
Mon séminaire, je n'ai pas la moindre envie de le faire.
Je l'ai intitulé cette année le Moment de conclure. Ce que j'ai à vous dire, je vais vous le dire — c'est que la psychanalyse est à prendre au sérieux, bien que ce ne soit pas une science.
Comme l'a montré abondamment un nommé Karl Popper, ce n'est pas une science du tout, parce que c'est irréfutable. C'est une pratique, une pratique qui durera ce qu'elle durera.
C'est une pratique de bavardage.
Aucun bavardage n'est sans risque.
Déjà, le mot bavardage implique quelque chose. Ce que ça implique est suffisamment dit par le mot bavardage. Ce qui veut dire qu'il n'y a pas que les phrases, c'est-à-dire ce qu'on appelle les propositions, qui impliquent des conséquences — les mots aussi. Bavardage met la parole au rang de baver ou de postillonner. Il la réduit à la sorte d'éclaboussement qui en résulte.
[…]
Le psychanalyste est un rhéteur. Pour continuer d'équivoquer, je dirai qu'il rhétifie, ce qui implique qu'il rectifie. Rectus, le mot latin, équivoque avec la rhétification.
[…]
Ce que j'ai appelé le rhéteur qu'il y a dans l'analyste n'opère que par suggestion. Il suggère, c'est le propre du rhéteur, il n'impose d'aucune façon quelque chose qui aurait consistance. C'est même pour cela que j'ai désigné de l'ex- ce qui se supporte, ce qui ne se supporte que d'ex-sister.
Comment faut-il que l'analyste opère pour être un convenable rhéteur ? C'est là que nous arrivons à une ambiguïté.
L'inconscient, dit-on, ne connaît pas la contradiction. C'est bien en quoi il faut que l'analyste opère par quelque chose qui ne se fonde pas sur la contradiction. Il n'est pas dit que ce dont il s'agit soit vrai ou faux. Ce qui fait le vrai et ce qui fait le faux, c'est ce qu'on appelle le pouvoir de l'analyste, et c'est en cela que je dis qu'il est rhéteur.
[…]
Ce qui dans le sexuel importe, c'est le comique. C'est quand un homme est femme qu'il aime, c'est-à-dire au moment où il aspire pour quelque chose qui est son objet. Par contre, c'est au titre d'homme qu'il désire, c'est-à-dire qu'il se supporte de quelque chose qui s'appelle proprement bander.
La vie n'est pas tragique. Elle est comique. Et il est assez curieux que, pour désigner ce dont il s'agissait, Freud n'ait rien trouvé de mieux que le complexe d'Œdipe, c'est-à-dire une tragédie. On ne voit pas pourquoi il a désigné d'autre chose que d'une comédie ce à quoi il avait affaire dans le rapport qui lie le symbolique, l'imaginaire et le réel. Il pouvait prendre un chemin plus court. »
(Une pratique de bavardage. Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1979, 19, p. 5-9)
Psychose.
« La psychose est un essai de rigueur. En ce sens, je dirais que je suis psychotique. Je suis psychotique pour la seule raison que j’ai toujours essayée d’être rigoureux.
Cela va évidemment assez loin puisque ça suppose que les logiciens, par exemple, qui tendent vers ce but, les géomètres aussi, partageraient en dernière analyse une certaine forme de psychose. » (Lacan à l’Université Yale le 24-11-1975, « Yale University, Kanzer Seminar », Scilicet n° 6/7, 1975, p. 9).
Psychothérapie.
« La psychothérapie, quelle qu’elle soit, tourne court, non qu’elle n’exerce quelque bien, mais qui ramène au pire. » (Télévision. Seuil, 1974. Rééd. dans Autres écrits. Seuil, 2001, p. 514).
« La psychothérapie ramène au pire. Ce n'est pas la peine de thérapier [sic] le psychique. Freud aussi pensait ça. Il pensait qu'il ne fallait pas se presser de guérir. »
(“Ouverture de la section clinique”, Ornicar ?, 1977, n° 9, p. 13).
Refoulement : pas dû à la répression, des interdits, des menaces.
Gérard Miller : « Il y a une rumeur qui chante si on jouit si mal, c'est qu'il y a répression sur le sexe, et, c'est la faute, premièrement à la famille, deuxièmement à la société, et particulièrement au capitalisme. La question se pose. »
Lacan : « Freud n'a pas dit que le refoulement provienne de la répression : que (pour faire image), la castration, ce soit dû à ce que Papa, à son moutard qui se tripote la quéquette, brandisse : “On te la coupera, sûr, si tu remets ça.”
Bien naturel pourtant que ça lui soit venu à la pensée, à Freud, de partir de là pour l'expérience, — à entendre de ce qui la définit dans le discours analytique. Disons qu'à mesure qu'il y avançait, il penchait plus vers l'idée que le refoulement originaire était premier. C'est dans l'ensemble la bascule de la seconde topique. La gourmandise dont il dénote le surmoi est structurale, non pas effet de la civilisation, mais “malaise (symptôme) dans la civilisation”.
De sorte qu'il y a lieu de revenir sur l'épreuve, à partir de ce que ce soit le refoulement qui produise la répression. Pourquoi la famille, la société elle-même ne seraient-elles pas créations à s'édifier du refoulement ? Rien de moins, mais ça se pourrait de ce que l'inconscient ex-siste, se motive de la structure, soit du langage. Freud élimine si peu cette solution que c'est pour en trancher qu'il s'acharne sur le cas de l'Homme aux loups, lequel homme s'en trouve plutôt mal. Encore semble-t-il que ce ratage, ratage du cas, soit de peu auprès de sa réussite celle d'établir le réel des faits. »
(Télévision. Seuil. Rééd. in Autres écrits. Seuil, 2001, p. 529s).
Religion : la vraie.
« La vraie religion, c'est la romaine. Essayer de mettre toutes les religions dans le même sac et faire ce qu'on appelle de l'histoire des religions, c'est vraiment horrible, il y a une vraie religion, c'est la religion chrétienne. Il s'agit simplement de savoir si cette vérité tiendra le coup, à savoir si elle sera capable de sécréter du sens de façon à ce que l'on en soit vraiment bien noyé. Elle y arrivera, c'est certain, parce qu'elle a des ressources. Il y a déjà des tas de trucs qui sont préparés pour ça. Elle interprétera l’Apocalypse de saint Jean. Il y a déjà pas mal de gens qui s'y sont essayés. Elle trouvera une correspondance de tout avec tout. C'est même sa fonction. »
(Le triomphe de la religion. Précédé de Discours aux Catholiques. Paris : Seuil, p. 81s).
Stades du développement psychosexuel.
« La description des stades, formateurs de la libido, ne doit pas être référée à une pseudo-maturation naturelle, qui reste toujours opaque. Les stades s’organisent autour de l’angoisse de castration. Le fait copulatoire de l’introduction de la sexualité est traumatisant — voilà un accroc de taille — et a une fonction organisatrice pour le développement.
L’angoisse de castration est comme un fil qui perfore toutes les étapes du développement. Elle oriente les relations qui sont antérieures à son apparition proprement dite — sevrage, discipline anale, etc. Elle cristallise chacun de ces moments dans une dialectique qui a pour centre une mauvaise rencontre. »
(Le Séminaire XI. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Seuil, 1973, p. 62).
Symptôme.
« Ce qui est appelé un symptôme névrotique est simplement quelque chose qui permet aux névrosés de vivre. Ils vivent une vie difficile et nous essayons d’alléger leur inconfort. Parfois nous leur donnons le sentiment qu’ils sont normaux. Dieu merci, nous ne les rendons pas assez normaux pour qu’ils finissent psychotiques. C’est le point où nous avons à être très prudents. […] Une analyse n’a pas à être poussée trop loin. Quand l’analysant pense qu’il est heureux de vivre, c’est assez. »
(Conférence à l’université de Yale (1975), parue dans Scilicet, 1975, n° 6/7, p. 15).
Techniques psychanalytiques : c’est la confusion radicale
« Quand on observe la façon dont les divers praticiens de l'analyse pensent, expriment, conçoivent, leur technique, on se dit que les choses en sont à un point qu'il n'est pas exagéré d'appeler la confusion la plus radicale... Actuellement, parmi les analystes, et qui pensent — ce qui déjà rétrécit le cercle — il n'y en a peut-être pas un seul qui se fasse, dans le fond, la même idée qu'un quelconque de ses contemporains ou de ses voisins sur le sujet de ce qu'on fait, de ce qu'on vise, de ce qu'on obtient, de ce dont il s'agit dans l'analyse. C'en est même au point que nous pourrions nous amuser à ce petit jeu, qui serait de comparer les conceptions les plus extrêmes — nous verrions qu'elles aboutissent à des formulations rigoureusement contradictoires. Et cela, sans chercher des amateurs de paradoxes... » (Ornicar ?, Bulletin périodique du champ freudien, 1978, 16, p. 48).
Titre de psychanalyste
« Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l'École
Rappelons d'abord un principe : le psychanalyste ne s'autorise que de lui-même.
Ce principe est inscrit aux textes originels de l'Ecole et décide de sa position.
Ceci n'exclut pas que l'Ecole garantisse qu'un analyste relève de sa formation.
Elle le peut de son chef. Et l'analyste peut vouloir cette garantie. »
(Autres écrits. Paris : Seuil, 2001, p.243)
Totem et Tabou
« Totem et Tabou, il étudier sa composition, qui est une des choses les plus tordues qu'on puisse imaginer. Ce n'est tout de même pas parce que je prêche le retour à Freud, que je ne peux pas dire que Totem et Tabou, c'est tordu. C'est même pour ça qu'il faut retourner à Freud — c'est pour s'apercevoir que, si c'est tordu comme ça, étant donné que c'était un gars qui savait écrire et penser, ça doit bien y avoir une raison d'être. Je ne voudrais pas ajouter — Moïse et le monothéisme, n'en parlons pas —parce que, au contraire, on va en parler »
(Le Séminaire. Livre XVII. L’envers de la psychanalyse. Paris : Seuil, 1991, p. 128).
Transfert
« Dès qu'il y a quelque part le sujet supposé savoir — que je vous ai abrégé aujourd’hui au haut du tableau par S. s. S. — il y a transfert.
Qu’est-ce que signifie l’ordre, l’organisation des psychanalystes, avec ce qu’elle confère de certificats de capacité ? — sinon d’indiquer à qui l’on peut s’adresser pour représenter ce sujet supposé savoir.
Or, il est certain, de la connaissance de tous, qu’aucun psychanalyste ne peut prétendre représenter, de façon si mince soit-elle, un savoir absolu. C’est pourquoi, en un sens, on peut dire que celui à qui l’on peut s’adresser [211] il ne saurait y en avoir, s’il y en a un, qu’un seul. Ce un seul fut, de son vivant, Freud. Le fait que Freud, concernant ce qu’il en est de l’inconscient, était légitimement le sujet qu’on pouvait supposer savoir, met à part tout ce qu’il en fut de la relation analytique, quand elle a été engagée, par ses patients, avec lui.
Il ne fut pas seulement le sujet supposé savoir. Il savait, et il nous a donné ce savoir en des termes que l’on peut dire indestructibles, pour autant que, depuis qu’ils furent émis, ils supportent une interrogation qui, jusqu’à présent, n’a jamais été épuisée. Aucun progrès n’a pu se faire, si petit, qui n’ait dévié chaque fois que fut négligé un des termes autour desquels Freud a ordonné les voies qu’il a tracées, et les chemins de l’inconscient. Cela nous montre assez ce qu’il en est de la fonction du sujet supposé savoir.
La fonction, et du même coup, sa conséquence, le prestige, si je puis dire, de Freud, sont à l’horizon de toute position de l’analyste. Elles constituent le drame de l’organisation sociale, communautaire, des psychanalystes. »
(Le Séminaire XI. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Paris : Seuil, 1973, p. 210s).
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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".