dimanche 30 novembre 2014

Jacques VAN RILLAER. La cure analytique et ses "effets"....





« (…) En fait, la situation analytique, à l’instar d’autres situations qui provoquent la détresse, suscite des réactions psychotiques, tantôt bénignes, tantôt catastrophiques. C’est ce qu’avait déjà observé le psychiatre suisse Max Kesserling, qui déclarait en 1912 que le traitement psychanalytique transforme des névrosés en psychotiques (Cit. in Ellenberger, p. 699).

L’effet débilitant de la cure analytique est d’autant plus sévère que l’analyste suit à la lettre la recommandation de Freud de garder la froideur des sentiments (Gefülskälete, VIII 381) : « Je ne saurais trop instamment recommander à mes collègues de prendre comme modèle, au cours du traitement analytique, le chirurgien qui met à  l’écart tous ses affects et même sa sympathie humaine, et n’assigne à ses forces spirituelles qu’un seul but : mener son opération aussi habilement que  possible » (VIII 380) … « La cure analytique doit autant que possible, s’effectuer dans un état de privation, d’abstinence (…) Aussi cruel que cela semble, nous devons veiller à ce que les souffrances du malade ne s’atténuent pas prématurément de façon marquée » (XII 187s).

La démobilisation.

Je n’insisterai pas ici sur la démobilisation que l’analyse engendre au plan politique : des sociologues tels que R. Castel et D. Frischer y ont suffisamment insisté. Je voudrais plutôt attirer l’attention sur la démobilisation psychologique.

Depuis quelques années, des psychologues tels que J. Rotter, H. Lefcourt ou M. Seligman, ont souligné l’importance de la conception que le sujet se fait du lieu de contrôle de son existence (« locus of control »). Ils ont constaté que les individus qui estiment pouvoir se modifier ou modifier leur entourage sont plus actifs et plus créatifs que les autres. Les individus qui se croient déterminés par des forces qui leur échappent adoptent plus facilement des solutions « névrotiques » (fuite, passivité, dépression) face à des difficultés psychologiques ou sociales. Il apparaît dès lors essentiel que le sujet ait confiance en ses propres possibilités d’action.

La psychanalyse contribue malheureusement à convaincre le patient qu’il est « habité » par des « complexes », des pulsions, des désirs, des fantasmes inconscients… et que le salut ne peut venir qu’après plusieurs années d’une investigation « profonde » menée sous la direction du psychanalyste, l’incarnation moderne du grand Gourou. La croyance en des forces internes, dont il est irrémédiablement le jouet inconscient, aliène le patient. Cette doctrine fait de lui un auto-observateur qui rabâche les côtés les plus sombres de l’existence et attend le mieux-être d’un interminable pèlerinage « psy »…

La psychanalyse n’apprend pas au patient à affronter les vraies difficultés de l’existence. Elle lui apprend seulement à « analyser » les représentations mentales qui s’y rapportent. Melitta Schideberg écrit à ce propos : « Le fait que la psychanalyse encourage souvent la ‘fuite devant la vie’ (flight from life), qu’elle concentre l’attention sur les motifs plutôt que sur les conséquences, qu’elle attache plus d’intérêt aux fantaisies irrationnelles qu’au développement d’un meilleur jugement, tout cela peut aboutir à de graves résultats » (1970 : 196). Et la célèbre psychanalyste – qui a renoncé à pratiquer l’art de Freud – raconte l’histoire d’une série de patients chez lesquels la psychanalyse a manifestement provoqué une grave « hypocondrie psychique ».

La dépendance.

Dans les pages que j’ai consacrées à « la cure comme interaction », j’ai souligné que la psychanalyse induit un état d’assujettissement. Je voudrais simplement ajouter ici que, pour certains patients, l’analyse devient une fin en soi, une sorte de drogue psychique, une véritable toxicomanie. Dolto a beau nous assurer que « le sujet doit par lui-même reconstruire sa personnalité », l’observateur critique de la cure analytique est amené à conclure, avec D. Frischer, « qu’on dirait que tout est fait pour maintenir les analysés dans un état d’infantilisation, d’absolue dépendance et d’insécurité pathologique » (1977 : 177). »

(In : Jacques VAN RILLAER. « Les illusions de la psychanalyse ». Pierre Mardaga éditeur, Bruxelles, 1988, pages : 372 – 373).



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Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

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