dimanche 30 novembre 2014

Jacques VAN RILLAER : « La négation du principe de non-contradiction ».




« Le psychanalyste s’emploie à faire croire qu’une même chose peut à la fois être et ne pas être (ou en termes moins relevés : que les vessies sont des lanternes). Il ne craint pas de conjuguer de affirmations opposées.

Ainsi Freud explique que la pulsion est une sorte de principe métaphysique : « Les pulsions sont des êtres mythiques, grandioses dans leur indétermination » (XV 101) et, deux pages plus loin, il affirme que la pulsion est un processus somatique : « La pulsion émane de sources d’excitation corporelles, qui agissent comme une force constante à laquelle la personne ne peut se soustraire par la fuite, comme elle peut faire pour des excitations extérieures … Le but intérieur de la pulsion est toujours une modification corporelle ressentie comme une satisfaction » (XV 103) …

Dans le même recueil de textes de Lacan, on peut lire, d’une part : « La psychanalyse comporte une théorie des instincts, fort élaborée, et à vrai dire la première théorie vérifiable qu’on en ait donnée chez l’homme » (1966 ; 147) et, d’autre part : « Il n’est que de se reporter à l’œuvre de Freud pour mesurer en quel rang secondaire et hypothétique il place la théorie des instincts » (p. 264, je souligne)…

Quand on prend la peine de comparer les affirmations de différents psychanalystes sur une même question, on constate que l’incohérence est une règle générale. Limitons-nous à deux exemples.

a) Comparant l’évolution du garçon et de la fille, Freud écrit que « la fillette subit un développement plus pénible et plus compliqué que celui du garçon » (XV 124). De son côté, M. Klein explique que les filles étudient mieux que les garçons parce que leur situation affective est moins compliquée : « le petit garçons porte un double fardeau qui pèse sur son attitude vis-à-vis de l’école » (1948 : 107).

b) Dans La Psychanalyse du lien interhumain, A. Hesnard explique que l’agressivité provient d’un manque d’identification avec autrui. J. Lacan, lui, ne cesse de répéter que l’agressivité est le résultat d’une identification à l’autre… Dès lors si un psychologue arrive laborieusement à vérifier une de ces hypothèses, le psychanalyste peut lui citer un texte qui montre que, depuis longtemps, « les freudiens l’avaient dit ».

Je n’insiste plus ici sur le thème de l’argument et du réel (le truc de l’extérieur/intérieur) qui justifie à bon compte toutes les contradictions. Pour clore ce paragraphe, je me contente des propos tenus par Lacan en 1954 :

« Quand on observe la façon dont les divers praticiens de l’analyse pensent, expriment, conçoivent, leur technique, on se dit que les choses en sont à un point qu’il n’est pas exagéré d’appeler la confusion la plus radicale… Actuellement, parmi les analystes, et qui pensent – ce qui déjà rétrécit le cercle – il n’y en a peut-être pas un seul qui se fasse, dans le fond, la même idée qu’un quelconque de ses contemporains ou de ses voisins sur le sujet de ce qu’on fait, de ce qu’on vise, de ce qu’on obtient, de ce dont il s’agit dans l’analyse. C’en est même au point que nous pourrions nous amuser à ce petit jeu, qui serait de comparer les conceptions les plus extrêmes – nous verrions qu’elle aboutissent à des formulations rigoureusement contradictoires. Et cela, sans chercher des amateurs de paradoxes… » (cit. in Ornicar ? 1978, 16 : 48).

Les contradictions ne sont pas en soi un mal. Toute l’histoire de la science en comporte. Cependant la psychanalyse se distingue de la pensée scientifique en ce qu’elle ne se réfère pas à des « expériences cruciales » pour distinguer les propositions à délaisser ou à retenir. Seul l’argument d’autorité (la référence à la « clinique » et à « l’expérience ») y fait la loi. »

(In : Jacques VAN RILLAER. « Les illusions de la psychanalyse ». Éditions Pierre Mardaga, Bruxelles, 1980, pages : 256 – 257).



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Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

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