dimanche 30 novembre 2014

Jacques VAN RILLAER. La furor therapeuticus.




"La "furor therapeuticus"".

« A partir des années 1910, Freud, qui se découvre impuissant à résoudre les vrais problèmes, dénonce la « fureur thérapeutique » (VIII 386).  Ses élèves ont usé et abusé de cet argument. Tout psychanalyste puriste témoigne désormais d’un souverain dédain pour l’activité « orthopédique » du psychologue. Lorsque le client du thérapeute « comportementaliste » se voit délivré d’une énurésie ou d’une phobie, l’analyste réplique qu’il ne s’agit là que d’une « fuite dans la guérison » ou de l’adaptation à une société malade, imposée grâce à une thérapie réparatice »…. Le renard de La Fontaine n’aurait pu imaginer meilleure justification après coup.

A titre d’illustration ce cette mentalité, je cite deux autorités du monde psychanalytique : 1. Didier Anzieu, Professeur à l’Université de Nanterre, porte-parole de l’Association psychanalytique de France et 2. Jacques Chazaud, psychiatre, membre de l’Association Internationale de Psychanalyse, Directeur d’enseignement clinique à l’Université de Paris VII :

1. « Même appliquée à des malades, la psychanalyse n’est pas une thérapeutique, Freud l’a redit sans arrêt. Les guérisons que la cure obtient sont des effets secondaires de celle-ci et qui se produisent par surcroît. Le désir d’être guéri vite et comme par miracle, sans avoir à faire le labeur de changer, constitue une résistance de la part du malade. Le désir de guérir, s’il passe au premier plan chez l’analyste, l’empêche de comprendre l’inconscient du patient et l’expose à céder aux ruses de celui-ci. La guérison du symptôme est souvent un alibi dont le patient s’autorise pour mettre un terme prématuré à la cure, avant toute transformation notable de son économie psychique » (Anzieu, 1967 : 128).

2. « Le désir thérapeutique ne peut apparaître que pour ce qu’il est : la forme la plus commune, la plus extrême, la plus néfaste de la résistance de contre-transfert ; rendant impossible toute analyse possible, par le fait d’une rationalisation ici proprement « déplacée » (…).
L’analyste n’a ni envie de soigner ni désir de guérir. Il ne vaut pas pour Modèle, fût-il un support. Il ne sait pas pour le Sujet, ne dirige pas, ne conseille pas, ne recouvre pas les plaies…Dieu seul guérit. S’il lui plaît.

Ceci veut dire que le psychanalyste connaît, par sa propre analyse, le désir thérapeutique pour ce qu’il est : à situer entre l’aspiration anale à la toute-puissance et la formation réactionnelle samaritaine (encore ne sont-ce là que les motivations avouables) » (Chazaud, 1974 : 173).
Ces propos, en particulier ceux de Chazaud, sont des plus éclairants. Je ne connais pas d’ennemi de la psychanalyse qui ait mieux expliqué le leurre sur lequel repose la très coûteuse « cure » analytique…

« La psychanalyse est une théorie, non une thérapie ».

L’argument par lequel Freud a de plus en plus souvent répondu aux critiques relatives à sa thérapie revient à dire que l’objectif essentiel de la psychanalyse est l’élaboration d’une théorie.

En 1912, il répond à une lettre de A. Stärcke : « Le point de vue thérapeutique n’est pas le seul qui intéresse la psychanalyse et n’est pas non plus le plus important » (cit. in Jones II 133).

Quand E. Weiss, le pionnier de la psychanalyse en Italie, se plaint des échecs thérapeutiques, Freud lui répond (le 11-2-1922) : « Il ne faut rien prendre au tragique ! L’analyste doit s’attendre à de pareils accidents mineurs, surtout dans un milieu hostile. Pensons aussi, que malheureusement, seuls peu de malades sont dignes des efforts que nous leur consacrons, si bien que notre position ne doit pas être thérapeutique, mais que nous devons nous estimer heureux d’avoir dans chaque cas appris quelque chose » (je souligne).

Lorsque l’analyste suisse O. Pfister fait part des mêmes déceptions, Freud répond : « J’ai dit souvent que je tiens la signification scientifique de l’analyse pour plus importante que sa signification médicale et, dans la thérapeutique, son action de masse par l’explication et l’exposition des erreurs pour plus efficaces que la guérison des personnes isolées » (18-1-1928).

Blanton rapporte avoir entendu des propos identiques lors de sa séance du 7-9-1938. Freud lui aurait dit : « Le but thérapeutique ne doit pas être écarté mais il n’est pas le but principal ni même le but essentiel de la psychanalyse. Son but dominant est en fait de contribuer au progrès de la psychologie en tant que science. »

Aujourd’hui, quand les fils de Freud se voient jugés sur des résultats concrets, ils exigent « d’élever le débat » et tentent d’étouffer les contradicteurs par des discours des plus nébuleux. Ils déclarent, comme H. Piron : « Quand bien même la psychanalyse n’aurait aucune valeur curative, et qu’elle ne serait qu’une méthode d’initiation à une compréhension plus profonde de soi-même et de la nature humaine en général, notre civilisation ne pourrait plus s’en passer » (in Huber e.a., 1964 : 144).

On a pu accuser les psychanalystes d’escroquerie, en disant qu’ils s’affichent comme des thérapeutes alors qu’ils n’ont guère de pouvoir curatif. Les analystes répondent à cette critique qu’ils ne se présentent plus guère comme des « psychothérapeutes », mais comme des « analystes ». D. Frischer a montré que cette réplique est justifiée, du moins dans les milieux parisiens. Aujourd’hui, les analysés up-to-date savent d’avance que la guérison ne peut venir que « de surcroît » (pour ne pas dire « par hasard ») : « Une certaine culture psychanalytique, la fréquentation des milieux psychiatriques, la référence sous-tendue aux Ecrits des maîtres, n’autorisent pas les analysés imprégnés de cette teinture à formuler leurs attentes en termes de guérison. Ou alors ce terme doit être employé avec des précautions nombreuses et circonstanciées, la complicité ironique de guillemets, afin de bien montrer la distance prise avec ce concept » (1977 : 72).

Cette politique ne fait pas le bonheur de tous les patients, ainsi qu’en témoigne, parmi bien d’autres, cette analysée interviewée par D. Frischer : « Maintenant, après quinze ans, je ne constate aucune amélioration. Il  y a plutôt une aggravation de mon état dépressif, surtout lorsque je vois que  j’ai tout raté dans ma vie (…) La guérison, je sais bien que les analystes s’en foutent. La théorie, je la connais, mais j’attendais quand même d’être bien dans ma peau » (p. 302). »

(In : Jacques VAN RILLAER, « Les illusions de la psychanalyse », éditions Pierre Mardaga, Liège, 1980, pages : 377 – 379).



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Commentaires (pour "les psychanalystes-visiteurs-et-s'autorisant-d'eux-mêmes-etc., etc.") :


Une "« fuite dans la guérison » ou de l’adaptation à une société malade (...)".

En voilà des formules! Il faut bien relire : "une fuite dans la guérison" (!). Mais où est-il donc ce "fabuleux malade" qui n'ait jamais souhaité guérir de sa maladie, dans toute l'histoire de la médecine ? Un suicidaire ? C'est vrai que les psychanalystes, ont tendance à traiter avec autant de dédain (...) le taux des suicidés par leur faute...

Et le fait de vouloir scolariser les enfants autistes, contre lequel les psychanalystes sont si farouchement opposés ? Cela aussi, c'est une "fuite dans la guérison" et une "adaptation à une société malade" ? Des charlatans.

Finalement, la psychanalyse ne laisse aucune "fuite possible" à aucune de ses victimes, que ce soit dans la vie, ou dans la mort. Il n'y a qu'une seule issue : connaître la psychanalyse, c'est-à-dire, accepter son formatage idéologique et pseudo-scientifique, pour venir gonfler la horde sauvage de tous ces narcissiques blessés que sont les psychanalystes.

Le projet de la psychanalyse est donc encore plus évident : occuper toute la place dans les esprits, à tel point de ne pouvoir en laisser aucune pour toute autre forme de pensée. Et dans quel but ? Accroître encore son pouvoir et l'étendue de ce pouvoir sur la société qu'elle aura infectée, pour asseoir encore ses motivations totalitaires.


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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.

Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :

"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".

Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".

Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".

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