« Des comptes rendus de psychanalyse ».
« a/ Freud écrit : « Je ne puis conseiller de prendre beaucoup de notes pendant les séances d’analyse (…) En prenant des notes ou en sténographiant, on opère nécessairement un choix préjudiciable dans le matériel et on gaspille une part de l’activité mentale qui trouverait meilleur usage dans l’interprétation des paroles de l’analysé » (VIII 378s). Même la perspective d’une publication scientifique ne peut justifier la prise de notes durant la séance car : « le lecteur disposé à croire l’analyse lui concède les petits remaniements qu’il fait subir à son matériel. Au contraire, si le lecteur ne prend pas au sérieux l’analyse et l’analyste, il ne changera pas son opinion en présence de protocoles de traitement textuels » (p. 379).
Le fondateur de la psychanalyse recommande la règle de « l’attention flottante », qui consiste à « tout écouter sans prêter une attention particulière » : « Voici comment s’énonce la règle imposée à l’analyste : il préserve de son attention toute influence consciente et se fie entièrement à sa « mémoire inconsciente » ou, en langage technique simple : il écoute sans se préoccuper de retenir quelque chose » (id.). Freud conseille à l’analyste d’écouter l’inconscient du malade avec son propre inconscient, ce que Th. Reik appellera « écouter avec la troisième oreille ».
Toutes les citations qui précèdent proviennent des « Conseils au médecin pour le traitement analytique » (1912). Nous allons voir que les disciples ont bien suivi les recommandations du maître.
b/ Dans une revue des études objectives sur la thérapie analytique. Luborsky et Spence (1978) notent : « La recherche psychanalytique quantitative reste peu connue. Rare est le psychanalyste qui connaît une seule étude de ce type et plus rare encore celui dont la pratique en a subi une quelconque influence » (p. 311). Et encore : « Quoique l’association libre ait une place centrale dans le traitement psychanalytique, les spécialistes de la psychothérapie et de l’investigation de la personnalité l’ont très largement négligée comme objet propre de recherche » (p. 340) ; « Actuellement, il y a une carence de données premières valables, obtenues durant des séances de psychanalyse » (p. 352).
Il semble que ce soit en 1933 qu’un psychanalyste américain, E. Zinn, ait pour la première fois filmé quelques séances d’analyse avec un schizophrène hospitalisé. En 1940, Carl Rogers, le promoteur de la thérapie « non directive », enregistre des séances de counseling l’année même où il est nommé professeur à l’Université de l’État d’Ohio. Dans les années 50, cette pratique devient courante chez les rogériens et d’autres psychothérapeutes, mais elle reste rare chez les freudiens. Quelques analystes enregistrent des extraits de cures en vue de certaines recherches (par exemple, sur les manifestations du transfert), mais les enregistrements eux-mêmes ne sont quasi jamais publiés. Faisant en 1978 le point de la question, Luborsky et Spence citent seulement trois comptes rendus magnétophoniques de cures analytiques complètes. Ces enregistrements, faut-il le préciser, sont totalement ignorés par les psychanalystes européens, ainsi que le lecteur peut facilement le vérifier s’il interroge des analystes de son entourage. On en est réduit à devoir se contenter de publications dont l’objectivité n’est sans doute guère meilleure que celles de Freud, des publications où se lit, comme dans le cas de l’Homme aux rats : « Notre patient ne découvrit la solution de cette absurde compulsion que lorsqu’il lui vint brusquement à l’esprit, etc. » alors qu’en réalité c’est le psychanalyste qui a suggéré des interprétations que le patient a refusées (cf. supra).
c/ Il est piquant de constater qu’en langue française, la seule publication de l’enregistrement d’un morceau « d’analyse » a été réalisée par un patient en conflit avec son thérapeute. En 1969, la revue Temps Modernes publiait ce texte signé « L’Homme au magnétophone ». Sartre avait décidé de sa parution malgré l’opposition de deux membres du Comité de rédaction : J.B. Pontalis, psychanalyste, et B. Pingaud, fervent admirateur de Freud. Invités à justifier leur veto, le premier écrit : « On comprendra, je l’espère, que je ne souhaite pas commenter le « document » que Sartre a pris la responsabilité de publier »… Que devons-nous ou pouvons-nous comprendre ? Que Pontalis a peur ? Plutôt que d’argumenter à partir du texte, le psychanalyste attaque celui qui a osé publier le document compromettant. En effet, il poursuit : « Il faudra un jour écrire l’histoire du rapport ambigu, fait d’une attirance et d’une réticence également profondes, que Sartre entretient depuis trente ans avec la psychanalyse »…Quant à l’autre opposant, ses arguments sont tout simplement inexistants. Pingaud se contente de déclarer que ce texte n’est qu’un « passage à l’acte », « le plus mal choisi des prétextes » pour critiquer la psychanalyse.
Sartre a en fait parfaitement compris l’horreur du psychanalyste pour l’enregistrement (Commentaire : c’est-à-dire pour tout risque que ses théories ne soient que juste « observées », ou pire pour lui, que l’on essaie de les évaluer, de les mettre à l’épreuve. Qui oserait encore nier que les psychanalystes n’ont qu’un esprit sectaire, comme finit par le remarquer Ellenberger, pourtant adulé par la Roudinesco ; et que ce ne sont que de grands malades. Mais malades de quoi, au juste ? De leur pouvoir octroyé sur la société, de leur propre jouissance d’emprise, et de leur totale impossibilité – du fait de leur attachement délirant au postulat du déterminisme psychique prima faciae et absolu –, de n’être constamment en situation de pouvoir rétorquer, rebondir, triompher ou au moins humilier toute velléité de critique contre leurs dogmes.) : « Ne découvre-t-il pas, tel l’objet d’une analyse, que ses paroles, dont il était si avare et qui s’envolaient si légèrement, parfois, dans le silence du cabinet – un « malade » n’est pas un témoin – vont être gravées, inscrites à jamais : elles n’étaient que le gai murmure de sa pensée souveraine, elles risquent d’en devenir la pétrification. Inertes, elles porteront témoignage » (p. 1817).
L’Homme au magnétophone, qui a été en psychanalyse durant 14 ans, demande des comptes. Il déclare qu’il a été escroqué, qu’il a « reçu de l’attente au lieu d’aide ». Le psychanalyste est pris de panique dès qu’il voit l’enregistreur. Il déclare refuser de parler tant que l’appareil est branché. Ses arguments : « Il ne s’agit pas ici de travaux scientifiques… C’est une violence physique ». Au moment où l’analyste essaie de débrancher l’appareil, le patient permute les rôles traditionnels et décoche cette interprétation : « Vous coupez, tiens c’est intéressant, vous reprenez « la coupure » : tout à l’heure vous parliez de la coupure du pénis, donc c’est vous maintenant qui voulez couper tout d’un coup ». Devant l’obstination de l’analysé à le faire parler devant un micro, l’analyste appelle enfin sa femme au secours et lui crie de téléphoner à la police… »
(In : Jacques VAN RILLAER. « Les illusions de la psychanalyse ». Editions Pierre Mardaga, Bruxelles, 1980, pages : 187 – 189).
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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".