dimanche 30 novembre 2014

Jacques VAN RILLAER. Les psychanalystes, ces jobards qui veulent nous rendre aussi dingues qu'eux...



"La psychanalyse séduit, plus que les autres, les individus perturbés ; c’est là une thèse facilement admise, même par les psychanalystes. Nous avons déjà discuté ce problème dans le chapitre consacré à l’argument des résistances. Nous pouvons ici nous contenter de la citation de J. Wortis, un psychiatre américain qui a fait une didactique chez Freud en 1934 : « La psychanalyse attire ceux qui ont des problèmes et qui ne peuvent pas, ne désirent pas, ne sont pas prêts à entreprendre l’action nécessaire à leur ajustement social » (p. 207).

En rapport avec cette thèse, les psychanalystes soulignent que des troubles personnels permettent de mieux comprendre les patients et constituent donc un atout pour le (futur) thérapeute. Nous leur accorderons volontiers cette réplique, car le problème essentiel se trouve ailleurs : la psychanalyse permet-elle, oui ou non, de surmonter les difficultés qui ont mené à sa pratique, en tant que patient ou professionnel de l’analyse ? Car enfin, si la psychanalyse est une thérapie vraiment efficace, ses praticiens devraient pouvoir se débarrasser de leurs propres troubles. La question capitale est donc : les maîtres nageurs savent-ils eux-mêmes nager convenablement ?

Au terme de leur récente revue de recherches scientifiques sur la psychanalyse, Luborsky et Spence (1978) notent qu’ils n’ont trouvé aucune étude quantitative sur la personnalité des psychanalystes. On est donc réduit à des études de cas. Je propose, dès lors, d’examiner les biographies de Freud et de ses disciples les plus célèbres.

Dans le chapitre consacré aux « résistances », nous avons vu que Freud a émis les diagnostics les plus sévères quant à l’évolution de bon nombre de ses principaux élèves. Ainsi il déclare que Stekel représente « l’inconscient pervers », qu’Adler est devenu « paranoïque », que Jung – en qui il avait d’abord vu son dauphin – est devenu « fou » … et cela, précisément après plusieurs années de pratique analytique ! Certes, ces étiquettes ont surtout une valeur polémique, mais la lecture attentive de l’ouvrage de Jones sur Freud ou celui de Brome sur les premiers psychanalystes suggère que certains diagnostics psychiatriques peuvent effectivement s’appliquer à plusieurs disciples de Freud, voire au père-fondateur lui-même.

(…)

La plupart des premiers disciples de Freud ont connu une évolution psychique qui ne plaide pas en faveur de la psychanalyse. Nous avons déjà vu que Tausk s’était suicidé. Ajoutons ici que Brome rapporte (p. 286) qu’il se serait castré avant de se tuer de façon horrible. Stekel – qui avait été psychanalysé par Freud et était devenu un analyste réputé – a passé les dernières années de sa vie dans un état dépressif et s’est finalement donné la mort (id. p. 278s). Otto Gros semble être devenu psychotique et a également fini par se suicider (Jones II 32) … Le psychanalyste peut ici répondre que le suicide n’est pas ipso facto un acte pathologique. Soit. Mais l’évolution d’autres élèves est moins ambiguë.

Le 14-3-1911, après la rupture d’avec Adler et Stekel, Freud écrit à Jung au sujet de son groupe d’élèves : « Il ne sortira rien de tous ces Viennois. Seul le petit Rank, qui est aussi intelligent que convenable, a un avenir ». Hélas, en évoluant à l’ombre du Dr. Freud, le petit Rank a mal tourné. Selon Jones (III 50), il a commencé à développer des idées psychotiques à partir des années 20 … La même évolution est apparue chez Ferenczi, pourtant psychanalysé « didactiquement » par Freud et devenu disciple préféré après le départ de Jung. Sans doute Ferenczi avait-il « toujours souffert d’une hypocondrie particulièrement grave » (Jones, II 166), mais la pratique analytique n’a pas pu l’aider, au contraire.  A la fin de sa vie, le fondateur de l’Association hongroise de Psychanalyse manifestait des idées psychotiques. Il croyait notamment recevoir, à travers l’Atlantique, des messages télépathiques de patientes américaines (cf. Jones, III 204).

Une évolution analogue à celles de Rank et Ferenczi caractérise un autre freudien célèbre : Wilhem Reich (1897-1957). Dans les années 20, ce médecin s’était fait psychanalyser par Isidor Sadger et, à partir de 1930, il avait repris une analyse sous la direction de Sandor Rado. Jones écrit à son sujet : « Freud avait une haute opinion de lui dans les premiers temps, mais le fanatisme politique de Reich l’avait éloigné de lui sur le plan personnel comme sur le plan scientifique » (III 219). Avant son excommunication, Reich avait été responsable du séminaire de technique psychanalytique (de 1924 à 1930).

(…)

On peut enfin noter, à la suite de Fr. George « qu’un congrès de psychanalyse est aujourd’hui à peu près le seul lieu où puisse encore s’observer la grande hystérie qui enchantait Charcot » (1979 : 134) …

Au soir de sa vie, Freud avouait à R. Laforgue : « Cela me déroute parfois que les analystes eux-mêmes ne soient pas radicalement changés par leur commerce avec l’analyse » (5-2-1928). Il y a en effet de quoi être dérouté. A l’époque où je pratiquais encore la religion freudienne, j’ai également été dérouté lorsque j’ai vécu au contact de psychanalystes réputés. Certains souffraient de crises d’angoisse et de dépression, ils manifestaient les jalousies les plus mesquines, ils adoptaient des conduites infantiles, hystériques ou quasi paranoïaques. J’en ai connu un devenu incapable de réfréner son penchant à l’alcoolisme … Ainsi, progressivement, j’ai été gagné par la conviction qu’un certain nombre de maître nageurs s’adonnent à la nage sous-marine (l’exploration de l’Inconscient) parce qu’ils ne peuvent garder la tête hors de l’eau. Ces échecs cuisants que j’ai vus de près, ont pesé lourd dans ma déconversion. Les arguments théoriques et « scientifiques » ne sont venus qu’après …"

(In : Jacques VAN RILLAER, « Les illusions de la psychanalyse », édition Pierre Mardaga, Bruxelles, 1980, pages : 361 – 364).




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Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

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