Pratique neurologique, 2012, 3 : 348-353
La psychanalyse freudienne :
science ou pseudoscience ?
Jacques Van Rillaer
Professeur émérite de psychologie à l’université de Louvain
En 1920, Ernest Jones, fidèle lieutenant de Freud, envoyait un rapport sur la psychanalyse américaine au « Comité secret », composé de Freud et de cinq disciples, destiné à veiller à l’orthodoxie de la doctrine freudienne. Il écrivait : « Sur la base de divers rapports que j'ai eus dernièrement d'Amérique et de la lecture de la littérature récente, je suis au regret de dire que j'ai une très mauvaise impression de la situation là-bas. Tout et n'importe quoi passe pour de la psychanalyse, pas seulement l'adlérisme et le jungisme, mais n'importe quelle sorte de psychologie populaire ou intuitive »[1].
L’échec de la labellisation d’un mot
Jones se désolait parce que Freud n’avait pas réussi à faire du terme « psychanalyse » sa propriété exclusive. Au départ, Freud avait utilisé ce mot (pour la première fois en 1896) pour traduire en allemand l’expression française « analyse psychologique »[2]. Cette expression est apparue au XVIIIe siècle, notamment sous la plume de Condillac. Pierre Janet l’a employée dès les années 1880 pour désigner l’étude détaillée du psychisme d’une personne ou, plus spécifiquement, la recherche d’« idées subconscientes » et de « souvenirs traumatisants » qui en sont la cause. À partir de 1914, après les ruptures avec Alfred Adler, Wilhelm Stekel et Carl Gustav Jung, Freud a tenté d’accaparer à son profit le mot « psychanalyse ». Il écrivait : « La psychanalyse est ma création. (...) Personne ne peut, mieux que moi, savoir ce qu'est la psychanalyse, en quoi elle diffère d'autres modes d'exploration de la vie psychique et ce qui doit être désigné par son nom »[3].
La situation déplorée par Jones s’est généralisée. Aujourd’hui, partout dans le monde, le terme « psychanalyse » désigne « tout et n’importe quoi ». Force est de constater qu’il est aussi fallacieux de parler de « la » psychanalyse que de « la » médecine. On peut certes regrouper sous le vocable « médecine » « l’ensemble de techniques et de pratiques qui a pour objet la conservation et le rétablissement de la santé » (Petit Robert, éd. 1993), mais il y a un monde entre l’homéopathie de Hahnemann et la neurochirurgie moderne. De même, il y a un monde entre ce que Freud a écrit il y a un siècle et les dizaines de théories qui se réclament de lui — comme celles de Klein et Lacan — ou qui s’y opposent — comme celles de Jung et Reich. Il est donc préférable d’utiliser des termes comme « freudisme », « lacanisme », « jungisme », « kleinisme », que le terme générique. Les procédés d’analyse psychologique de Jung, d’Adler, de Stekel, d’Otto Rank, de Sandor Ferenczi, de Wilhelm Reich, d’Erich Fromm et d’autres peuvent parfaitement s’intituler « psychanalyse », alors qu’ils sont très différents de ceux de Freud. Ici nous nous limitons au freudisme et ferons des allusions au lacanisme, les deux formes d’analyse psychologique les plus répandues en France.
Le freudisme
Freud a donné plusieurs définitions de sa psychanalyse. La première fois qu’il a utilisé le terme, il présentait « une nouvelle méthode de psychanalyse », à savoir : « le procédé explorateur de J. Breuer », qui consiste à « poursuivre les symptômes hystériques jusqu'à leur origine qu'on trouve toutes les fois dans un événement de la vie sexuelle du sujet »[4]. La définition classique de sa conception de l’analyse date de 1923 : « Psychanalyse est le nom : 1) d'un procédé pour l’investigation des processus animiques[5], qui sont à peine accessibles autrement ; 2) d'une méthode de traitement des troubles névrotiques, qui se fonde sur cette investigation ; 3) d'une série de vues psychologiques, acquises par cette voie, qui croissent progressivement pour se rejoindre en une discipline scientifique nouvelle »[6].
Le procédé d’investigation — qui est également la méthode de traitement — est l’interprétation d’associations libres de la personne analysée. Trois principes le guident : la mise en relation de paroles jugées significatives parmi une infinité de paroles énoncées, le décodage symbolique et le décodage par « mots-ponts » (Wort-Brücke).
Exemple de décryptage symbolique : « Le serpent est, de tous les animaux, le symbole le plus typique du pénis » ; « lorsque la peur naturelle du serpent devient intense, elle a toujours une signification sexuelle »[7]. (Soulignons « toujours » et rappelons que (a) les serpents sont parfois des animaux très dangereux, qui tuent plus de cent mille personnes par an, et (b) la peur des serpents s’observe chez les singes et chez des enfants qui, par ailleurs, n’ont pas peur du pénis).
Exemple de décodage par mots-ponts : quand l’Homme aux rats s’estime trop gros (zu dick) et s’efforce de maigrir, Freud y voit le désir de tuer son rival appelé Richard et surnommé Dick. S’efforcer d’être moins « dick » c’est essayer de tuer inconsciemment Dick[8]. Ce type d’interprétation a été abondamment utilisé par Lacan, qui l’appelle « décomposition signifiante ». Le « Freud français » disait : « J’attache énormément d’importance aux jeux de mots. Cela me paraît la clé de la psychanalyse »[9]. Selon sa « théorie de la suprématie du Signifiant », l'Inconscient est régi par les propriétés phonétiques des mots, plutôt que par les significations auxquelles les mots renvoient. Ainsi, l’analyse lacanienne s'apparente à un jeu de calembours.
L’usage de ces deux clés permet de se passer des associations libres pour expliquer quantité de troubles. Ainsi la passion du jeu, écrit Freud, est un substitut de la masturbation : « Le “vice” de l’onanisme est remplacé par la manie du jeu »[10]. Argument du symbolisme : le caractère irrésistible de la tentation et la culpabilité consécutive à ces deux « jeux ». Argument du « mot-pont » : « Dans la chambre des enfants, l’activité des mains portant sur l’organe génital n’est pas nommée autrement que par le mot “jouer” ».
Freud a publié des psychanalyses de personnes qu’il n’a jamais rencontrées, par exemple Léonard de Vinci et le Président Schreber, montrant ainsi qu’il n’est nul besoin d’un divan, d’associations libres et d’analyses de transferts pour psychanalyser. Les émissions de radio de Françoise Dolto et les déclarations dans des journaux l’illustrent encore mieux. Ainsi, au lendemain de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, un psychanalyste, s’appuyant sans doute sur le texte de Freud « Ceux qui échouent devant le succès »[11], écrivait dans Le Monde : « Difficile d'imaginer qu'il n'a pas “quelque part” désiré cette chute qui marque le refus d'un destin préconçu »[12]. Le « quelque part » est bien entendu l’Inconscient freudien.
Popper, Adler et Freud
L'affirmation de l'existence de processus inconscients se trouve déjà chez des philosophes de l'Antiquité. Elle a pris un tournant décisif avec Leibniz au XVIIIe siècle et est devenue banale vers 1880 chez des philosophes, des psychiatres et les premiers psychologues scientifiques. En 1890, William James (le premier professeur de psychologie dans une université américaine) examinait la façon dont Arthur Schopenhauer, Edouard von Hartmann, Pierre Janet et d'autres avaient utilisé le terme « inconscient » (il ne parlait pas de Freud, encore inconnu à l’époque). Il reconnaissait l'importance de processus inconscients, tout en mettant en garde contre les explications passe-partout de l'Inconscient : « La distinction entre les états inconscients et conscients du psychisme est le moyen souverain pour croire tout ce que l'on veut en psychologie »[13].
Parler de processus inconscients, c’est toujours faire des inférences. Par définition, personne ne peut observer ces processus. Une des principales apories de la psychologie est l’extrême facilité de décoder toutes les conduites en fonction d’une grille interprétative, surtout si l’on se réfère à l’Inconscient. C’est précisément ce fait qui a incité Karl Popper, le plus célèbre épistémologue du XXe siècle, à réfléchir au critère de démarcation entre les sciences et les pseudosciences, les disciplines qui se présentent comme scientifiques sans l’être véritablement.
Dans sa jeunesse, ce Viennois était émerveillé par la puissance explicative des systèmes de Freud, Adler et Marx. Il décrira plus tard cet engouement en ces termes : « L'étude de l'une quelconque de ces théories semblait avoir l'effet d'une conversion, d'une révélation intellectuelle, permettant de découvrir une vérité nouvelle, cachée aux yeux de ceux qui n'étaient pas encore initiés. Une fois que les yeux s'étaient ouverts, on découvrait des confirmations n'importe où : le monde était plein de vérifications de la théorie »[14].
Popper est allé travailler sous la direction d’Adler, un psychanalyste « socialiste », dans un centre de consultation pour les classes laborieuses. Un jour de 1919, il s’est occupé d’un enfant dont les difficultés ne s’expliquaient guère par la théorie adlérienne, une théorie qui en revient toujours à « la volonté de puissance ». Quand il en a parlé à Adler, celui-ci, sans même voir l’enfant, a interprété illico ces difficultés de façon à les faire entrer dans son cadre théorique. Popper, qui avait assisté à une conférence d’Einstein où le physicien expliquait la difficulté de trouver une observation précise pour démontrer sa théorie, s’est étonné qu’Adler et Freud pouvaient, chacun de leur côté, « vérifier » leur théorie avec n’importe quel cas clinique.
Pour illustrer comment les freudiens maintiennent leur doctrine quels que soient les faits d’observation, prenons le complexe d’Œdipe, que Freud considère comme un des éléments essentiels de sa théorie. Rappelons que, selon Freud, c’est le fait — universel ! — que vers cinq ans tout garçon désire « tuer son père et avoir des rapports sexuels avec sa mère »[15].
Les freudiens, dans leur pratique, « vérifient » cette universalité, quels que soient les faits observés. En effet, si un garçon aime sa mère et déteste son père, il présente un complexe d'Œdipe manifeste. Si un autre adore son père et se montre agressif envers sa mère, ses tendances œdipiennes sont « refoulées ». L'analyste peut alors dire, comme Freud pour le Petit Hans, que l'agressivité pour la mère est une « expression de tendances sadiques traduisant un désir incestueux »[16] et que l'affection pour le père est une « formation réactionnelle » au désir de le tuer.
Autre stratégie : l'invocation de la « bisexualité inconsciente ». Freud écrit : « On a l'impression que le complexe d'Œdipe simple ne correspond pas à la situation la plus fréquente. [...] Le plus souvent, un examen approfondi met au jour la forme plus complète du complexe d'Œdipe, qui est double : une forme positive et une négative, dépendant de la bisexualité originaire de l'enfant. Cela signifie que le petit garçon n'a pas seulement une attitude ambivalente vis-à-vis du père et un choix d'objet tendre à l'égard de la mère, mais qu'il se comporte en même temps comme une fille, qu'il manifeste l'attitude féminine de tendresse pour le père et l'attitude correspondante d'hostilité jalouse envers la mère »[17].
Troisième stratégie, en vogue chez les lacaniens : l’Œdipe est à prendre au sens symbolique. Le désir de « coucher avec la mère » est à entendre comme « désir de fusion avec l'objet naturel, la Mère » et « l'envie de tuer le père » signifie « la confrontation au porteur de la Loi ». Là il n’est même plus nécessaire d’invoquer l’Inconscient pour se situer dans l’irréfutabilité absolue[18].
Ainsi c’est la réflexion sur l’opposition entre les interprétations freudiennes et adlériennes qui a amené Popper à montrer l’importance du critère de réfutabilité, à savoir : une théorie ne peut être considérée comme scientifique que si sa formulation permet, en principe, de la réfuter par des faits d’observation.
Des psychologues scientifiques évaluent la théorie freudienne
La critique poppérienne des interprétations de Freud est tout à fait pertinente pour les comportements concrets : l’analyste freudien peut toujours maintenir que telle personne a un complexe d’Œdipe inconscient, quels que soient les faits observés. La critique de Popper concernant l’irréfutabilité est plus discutable pour la théorie freudienne. Certes, cette théorie est loin de constituer un ensemble cohérent dont on peut déduire méthodiquement des implications vérifiables-réfutables, mais on peut néanmoins opérationnaliser certaines propositions en vue de les tester, en prenant le risque de la réfutation par des observations.
Dès les années 1930, des psychologues scientifiques ont testé des lois comportementales formulées par Freud, par exemple la relation entre la sévérité de l’éducation sphinctérienne et le développement du caractère « anal » (avarice, entêtement, goût de l’ordre et de la propreté). Un des premiers ouvrages de synthèse est Survey of objective studies of psychoanalytic concepts de Robert Sears (université de l’Etat de l’Iowa) paru en 1943[19]. De nombreuses autres études ont suivi[20].
Notons d’abord que Freud a repris beaucoup d’idées, qui lui sont habituellement attribuées, à des prédécesseurs et à des auteurs de son époque. Henri Ellenberger[21] — historien de la psychiatrie — et Frank Sulloway[22] — historien des sciences — ont montré l’ampleur de ces emprunts dans de volumineux ouvrages. Si l’on examine uniquement les thèses originales de Freud, on arrive à la conclusion que quasi aucune n’a été confirmée selon les critères de la recherche scientifique. Exemple : Freud affirme que la conscience morale — le surmoi — est l’héritière du complexe d'Œdipe[23]. Il ajoute que la peur de la castration étant plus forte chez le garçon que chez la fille (elle est réellement « châtrée », tandis que le garçon éprouve l'angoisse de perdre ce qu'il a), le surmoi est plus fort chez les hommes que chez les femmes. Dans les termes de Dolto : « Le Moi des femmes est la plupart du temps plus faible que celui des hommes, leur Sur-Moi est rudimentaire (sauf les cas de névroses). [...] C'est parce qu'elle n'a pas de Sur-Moi — parce qu'elle en a moins — que la femme apparaît “pleine de grâce”, c'est-à-dire de présence. Remarquez comment l'enfant qui n'a pas de Sur-Moi est lui aussi plein de grâce »[24].
En fait, des observations systématiques sur les conduites concrètes de garçons et de filles révèlent peu de différences significatives. Les garçons sont moins contrôlés dans certaines situations, les filles dans d'autres. La synthèse des recherches empiriques sur les indices comportementaux du contrôle interne des impulsions permet de conclure que le surmoi des filles est un peu plus fort que celui des garçons[25].
Notons encore que lorsque Freud reprend des idées à d’autres, il en donne souvent une version erronée. Par exemple, Griesinger, le psychiatre le plus représentatif du milieu du XIXe siècle, avait écrit que « la dissimulation de l'accomplissement de désirs est un trait commun aux représentations du rêve et de la psychose ». Freud reprend cette thèse en affirmant que tout rêve est toujours la satisfaction hallucinatoire d'un désir refoulé. Pour expliquer les cauchemars, il doit dès lors recourir à des explications alambiquées. En fait, il nous arrive de rêver de nos désirs, mais aussi de nos peurs, de nos dégoûts, de nos préoccupations. L’erreur de Freud, ici comme ailleurs, c’est la généralisation abusive.
Une pseudoscience au sens de Frank Cioffi
Pour Popper, le freudisme est une pseudoscience parce qu’il est constitue un système irréfutable. Pour Frank Cioffi, célèbre professeur d’épistémologie à l’université du Kent, on peut qualifier Freud de pseudo-scientifique parce qu’il a publié de fausses allégations pour prouver des énoncés tantôt irréfutables, tantôt réfutables.
Freud n’a jamais réalisé de recherches systématiques pour tester ses hypothèses. Il estimait que des observations cliniques et des résultats de thérapies constituaient des preuves suffisantes. On peut discuter des limites de ce type de vérifications, mais ce qui est indiscutable dans le cas de Feud c’est qu’il truqué des observations et des conclusions qu’il en tirait.
Exemple. En 1896, Freud écrivait que l’hystérie de toutes ses patientes sans exception s’expliquait par « des séductions subies dans la première enfance ». Il ajoutait : « Les malades ne racontent jamais ces histoires spontanément. On ne réussit à réveiller la trace psychique de l'événement sexuel précoce que sous la pression la plus énergique du procédé analyseur et contre une résistance énorme, aussi faut-il leur arracher le souvenir morceau par morceau. […] Dans la plupart des cas, les souvenirs n'étaient retrouvés qu'après plus de cent heures de travail »[26]. A partir des années 1910, Freud a raconté qu’il avait été trompé par ses patientes, qui lui racontaient spontanément des histoires d’inceste qu’il avait pris naïvement, à l’époque, pour des récits d’événements réels. Freud dit avoir compris ensuite qu’il s’agissait seulement de fantasmes produits par les désirs œdipiens. Il n’a jamais reconnu qu’il avait suggéré à ses patientes des aveux conformes à sa théorie.
Les mensonges concernant les résultats thérapeutiques sont à présent bien connus. Ellenberger est le premier qui a écrit sans ambiguïté sur ce sujet, après avoir retrouvé dans un institut psychiatrique les documents relatifs à Anna O., la première psychanalysée selon des principes freudiens, qui y séjourna durant plusieurs années après la tentative de « cure par la parole ». Alors que Freud a écrit qu’elle avait été guérie de « tous ses symptômes » par la psychanalyse, la patiente allait nettement plus mal après le traitement qu’avant[27]. Les thérapies menées par Freud ont, dans l’ensemble, été des échecs, comme on peut le constater en lisant par exemple Les patients de Freud de Borch-Jacobsen, l’ouvrage actuellement le plus complet sur le sujet. Notons qu’à partir des années 1910 Freud se consacra de plus en plus à des analyses didactiques. Il n’était nullement gêné d’écrire que dans les premiers temps il traitait des patients, mais qu’ensuite ses analyses didactiques sont devenues prépondérantes[28].
Les aveux de Lacan
Comme l’a bien montré François Roustang[29], ancien analyste lacanien, Jacques Lacan a poursuivi incessamment le projet de faire de la psychanalyse une véritable science. Il a considéré Freud comme son prédécesseur, l’auteur en quelque sorte d’une protoscience, d’un ensemble d’observations et de spéculations précédant l’élaboration d’une science au sens fort du terme. Il disait par exemple en 1966 : « Vous entendrez des gens vous expliquer gravement que Freud a été empêtré dans son scientisme : ce qui est une sottise. Non seulement son scientisme ne l’a pas gêné, mais il était absolument nécessaire qu’il fût un scientiste. Comme il est aujourd’hui nécessaire que la psychanalyse se constitue en science »[30].
Lacan s’est appuyé sur la linguistique, la topologie et surtout la philosophie (Hegel, Kojève, Heidegger) pour tenter de réaliser son projet. En 1975, il a fait une conférence au Massachusetts Institute of Technology sur sa conception de la nature humaine, devant une assemblée de linguistes, de logiciens et d’autres chercheurs du plus haut niveau. Les auditeurs n’ont quasi rien compris. Quand le linguiste Noam Chomsky lui fit des objections, Lacan conclut la discussion en disant : « Je suis un poète »[31]. Chomsky devait dire plus tard : « Lacan était un charlatan conscient de l’être, qui jouait avec le milieu intellectuel parisien pour voir jusqu'où il pouvait aller dans l’absurdité, tout en continuant d’être pris au sérieux »[32].
Durant les années qui suivirent cet échec, Lacan n’hésita pas à reconnaître, à de multiples reprises, le caractère pseudo-scientifique du freudisme. Il disait en 1977 : « La psychanalyse est une pratique délirante, mais c’est ce qu’on a de mieux actuellement pour faire prendre patience à cette situation incommode d’être homme. C'est en tout cas ce que Freud a trouvé de mieux. Et il a maintenu que le psychanalyste ne doit jamais hésiter à délirer »[33]. L’année suivante : « La psychanalyse n'est pas une science. Elle n'a pas son statut de science, elle ne peut que l'attendre, l'espérer. C'est un délire — un délire dont on attend qu'il porte une science. On peut attendre longtemps ! Il n'y a pas de progrès, et ce qu'on attend ce n'est pas forcément ce qu'on recueille. C'est un délire scientifique »[34]. Et encore plus tard : « La psychanalyse est à prendre au sérieux, bien que ce ne soit pas une science. Comme l'a montré abondamment un nommé Karl Popper, ce n'est pas une science du tout, parce que c'est irréfutable. C'est une pratique, une pratique qui durera ce qu'elle durera. C'est une pratique de bavardage. […] Le psychanalyste est un rhéteur. […] Ce que j'ai appelé le rhéteur qu'il y a dans l'analyste n'opère que par suggestion. Il suggère, c'est le propre du rhéteur, il n'impose d'aucune façon quelque chose qui aurait consistance. […] Ce qui fait le vrai et ce qui fait le faux, c'est ce qu'on appelle le pouvoir de l'analyste, et c'est en cela que je dis qu'il est rhéteur »[35].
Les disciples de Lacan n’ont guère relevé le défi de rendre scientifiques les théories freudiennes et lacaniennes. L’apparition de la neuropsychanalyse (l’étude des mécanismes neurobiologiques sous-jacents à des phénomènes mentaux décrits par la psychanalyse) ne les a guère enthousiasmés. Pierre Fédida parle à ce sujet de « canular »[36]. Bon nombre de freudiens orthodoxes sont du même avis, comme on le constate à lire les revues les plus cotées de la discipline, le Journal of the American Psychoanalytic Association[37] ou l’International Journal of Psychoanalysis[38]. Pour les freudiens Rachel Blass et Zvi Carmeli (professeurs de psychanalyse à l’université hébraïque de Jérusalem), les paroles d’un analysé ne s’expliquent pas plus par la neurophysiologie qu’un tableau de Van Gogh par l’analyse chimique des couleurs employées[39].
L’absence de scientificité de la psychanalyse lacanienne ne l’a pas empêché d’acquérir un pouvoir considérable en France. Il y a trente ans, paraissait un ouvrage d’une sociologue américaine intitulé La France freudienne[40]. Aujourd’hui, il faudrait parler de la France lacanienne. Ce succès s’explique notamment par la connivence du lacanisme avec des présupposés philosophiques largement répandus chez les intellectuels français[41] et surtout par la facilité d’obtenir le titre de psychanalyste dans l’École fondée par Lacan[42].
Une science herméneutique ?
Certaines questions de psychologie ne se prêtent pas à la vérification expérimentale, par exemple la compréhension de l'agencement de l'histoire d'un individu ou d'un groupe. S’appuyant autant que possible sur des données empiriques confirmées, on peut alors adopter une démarche « compréhensive » ou « herméneutique », en gardant à l’esprit que tous les comportements humains se prêtent à une multiplicité d'interprétations et que la cohérence d'une explication ne constitue nullement la preuve de sa vérité. La démarche herméneutique se justifie quand on respecte des règles qui la rapprochent de la démarche des sciences expérimentales : rassembler beaucoup d’observations ; toujours envisager plusieurs explications des faits ; choisir en définitive l’explication qui rend le mieux compte de la réalité empirique, en restant disposé à la remettre sérieusement en question si de nouvelles observations viennent la contredire ou si une autre explication apparaît plus adéquate.
La majorité des freudiens estiment aujourd’hui que leur psychanalyse est une disciple herméneutique et que Freud s’est trompé en affirmant qu’elle est une science naturelle (Naturwissenschaft)[43] et non une science de l’esprit (Geisteswissenschaft). Malheureusement la plupart d’entre eux font fi des règles susmentionnées. Beaucoup pensent comme le Maître viennois écrivant à Ferenczi après la rupture de ses relations avec Jung : « Nous possédons la vérité. J'en suis aussi convaincu maintenant qu'il y a quinze ans »[44].
Lacan, qui disait volontiers que le psychanalyste est « le sujet supposé savoir » n’a pas été moins dogmatique.
Lacan, qui disait volontiers que le psychanalyste est « le sujet supposé savoir » n’a pas été moins dogmatique.
REFERENCES
Borch-Jacobsen M, Les patients de Freud. Paris: Sciences Humaines; 2011, 224 p.
Borch-Jacobsen M, Shamdasani S, Le dossier Freud. Enquête sur l’histoire de la psychanalyse. Paris: Les Empêcheurs de penser en rond; 2006, 510 p.
Cioffi F, Freud and the question of pseudoscience. Chicago: Open Court; 1998, 314 p.
Ellenberger H, The Discovery of the Unconscious. The History and Evolution of Dynamic Psychiatry. New York: Basic Books; 1970, 932 p. Trad.: A la découverte de l'inconscient. Histoire de la psychiatrie dynamique. Villeurbanne: Simep; 1974. Rééd.: Histoire de la découverte de l'inconscient. Paris: Fayard; 1994, 976 p.
Meyer C et al., Le livre noir de la psychanalyse. Paris: Les Arènes; 2005, 830 p. Ed. remaniée, Les Arènes; 2010, 540 p.
Popper K, Conjectures and Refutations. London: Routledge and Kegan Paul; 1963. 3e éd. 1969. Trad.: Conjectures et Réfutations. Paris: Payot; 1985, 610 p.
Sulloway F, Freud, biologist of the mind : Beyond the psychoanalytic legend. New York: Basic Books; 1979. Rééd., Harvard University Press, 1992, 638 p. Trad.: Freud, biologiste de l'esprit. Fayard; 1981, 595 p. Rééd. 1998, 620 p.
Van Rillaer J, Les illusions de la psychanalyse. Wavre: Mardaga; 1980; 4e éd. 1996, 415 p.
[1] Cité dans M. Borch-Jacobsen & S. Shamdasani, Le dossier Freud. Les empêcheurs de penser en rond, 2006, p. 435.
[2] L’hérédité et l’étiologie des névroses (1896), Œuvres complètes, PUF, III, p. 115.
[3] Zur Geschichte der psychoanalytischen Bewegung (1914), Gesammelte Werke, vol. X, p. 44.
[4] Ibidem. Notons au passage l’énoncé d’une loi générale : « on trouve toutes les fois… ».
[5] « seelische Vorgänge ». Dans la traduction récente des œuvres complètes de Freud en français (PUF), le mot Seele est rendu par âme (plutôt que psychisme) et l’expression das Seelische par l'animique (plutôt que le psychique).
[6] « ‘Psychanalyse’ et ‘théorie de la libido’ » (1923), Œuvres complètes, PUF, XVI, 1991, p. 183.
[7] Die Traumdeutung (1900), Gesammelte Werke, II pp. 362 & 352.
[8] Freud écrit, dans les notes retrouvée après sa mort : « Ceci est ma trouvaille et il ne sait pas l'apprécier ». Dans le texte destiné aux lecteurs, il affirme que le patient a lui-même découvert cette signification. Pour les citations et les références, voir Van Rillaer, 1981, p. 132s.
[9] J. Lacan, Le Triomphe de la religion, Paris, Seuil, 2005, p. 96.
[10] Dostoïevsky et la mise à mort du père (1928), Œuvres complètes, PUF, XVIII, p. 224.
[11] 1916, Trad. in Essais de psychanalyse appliquée, Gallimard-Idées, 1971, p. 105-136.
[12] Serge Hefez, « Une mystérieuse autodestruction », Le Monde, 18 mai 2011.
[13] Principles of psychology, Holt, 1890, vol. 1, p. 163.
[14] Conjectures et Réfutations. Trad., Payot, 1985, p. 61.
[15] Einige Charaktertypen aus der psychoanalytischen Arbeit (1916), G.W., X, p. 391.
[16] « sadistische Antriebe ». Pour une présentation détaillée du cas du Petit Hans et la remise en question de l’interprétation freudienne, voir p. ex. Van Rillaer, p. 141-155.
[17] Das Ich und das Es (1923), G.W., XIII, p. 261.
[18] En fait, concernant l’Œdipe, comme en bien d’autres matières, Lacan a énoncé des affirmations contradictoires. A certaines périodes, il adhérait strictement à la définition de Freud. Il écrivait : « L’Œdipe désigne ceci, que la seule personne avec laquelle on ait envie de coucher, c'est sa mère, et que pour le père, on le tue » (Ornicar ? Bulletin périodique du champ freudien, 1979, n° 17, p. 9.)
[19] Social Science Research Council Bulletin, No 51, 156 p. Réédité en 1951, éd. Edwards Brothers.
[20] Ouvrages de synthèse classiques : Kline, P., Fact and Fiction in Freudian Theory. Londres : Methuen, 1972, 406 p. - Eysenck, H. & Wilson, G., The experimental study of freudian theories. London : Methuen, 1973, 405 p. - Fisher, S. & Greenberg, R., The scientific credibility of Freud's theories and therapy. Basic Books, 1977, 502 p.
[21] Ellenberger, H., The Discovery of the Unconscious. The History and Evolution of Dynamic Psychiatry. New York, Basic Books, 1970, 932 p. Trad., Histoire de la découverte de l'inconscient. Paris : Fayard, 1994, 976 p.
[22] Sulloway, F., Freud, biologist of the mind : Beyond the psychoanalytic legend. New York : Basic Books, 1979. Rééd., Harvard University Press, 1992, 638 p. Trad., Freud, biologiste de l'esprit. Fayard, 1998, 620 p.
[23] Nouvelle suite des leçons d'introduction à la psychanalyse (1933) Œuvres complètes, PUF, XIX, p. 147.
[24] Psychanalyse et pédiatrie, Paris : Seuil, 1971, p. 122.
[25] Pour plus de détails et les références d'études empiriques, voir Van Rillaer, p. 300 à 303.
[26] Œuvres complètes, PUF, III, pp. 117, 180.
[27] The story of “Anna O.” : A critical review with new data, Journal of the History of the Behavioral Sciences, 1972, 8 : 267-279 — L’histoire d’“Anna O.” Étude critique avec documents nouveaux, L’Évolution psychiatrique, 1972, 37 : 693-717.
[28] Die endliche und die unendliche Analyse (1937), G.W., XVI, p. 68. Trad., Œuvres complètes, PUF, 2010, XX, p. 25.
[29] F. Roustang, F., Lacan. De l’équivoque à l’impasse. Paris : Minuit, 1986.
[30] Interview de Lacan (relue par lui) au Figaro littéraire (Gilles Lapouge, 29-12-1966).
[31] Pour un compte rendu de la conférence et du débat, voir S. Turkle, Psychoanalytic politics. Freud's French Revolution. The MIT Press, 1978. Trad., La France freudienne. Paris : Grasset, 1982, p. 289-303.
[32] Noam Chomsky : an Interview, Radical philosophy, 1989, n° 53, p. 32.
[33] Ouverture de la section clinique, Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1977, 9 : 13.
[34] L'insu que sait de l'une-bévue s'aile a mourre [sic], Ibidem, 1978, 14 : 9.
[35] Une pratique de bavardage. Ibidem, 1979, 19 : 5s.
[36] Fédida, P., Le canular de la neuropsychanalyse. La Recherche. Hors série, 2000, n°3.
[37] Pulver, S., On the astonishing clinical irrelevance of neuroscience. Journal of the American Psychoanalytic Association, 2003, 51 : 755–772.
[38] R. Blass & Z. Carmeli, The case against neuropsychoanalysis. On fallacies underlying psychoanalysis’s latest scientific trend and its negative impact on psychoanalytic discourse. International Journal of Psychoanalysis, 2007, 88 : 19–40.
[39] Pour un aperçu de l’ensemble de la problématique, voir L. Vercueil, La neuropsychanalyse, un “faux nez” pour la psychanalyse ? Science et pseudo-sciences, 2010, 293 : 58-63. En ligne : <http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1547>
[40] S. Turkle, La France freudienne. Trad., Grasset, 1982, 306 p.
[41] M. Borch-Jacobsen, Le XXIe siècle est-il déjà lacanien ? Books, 2012, n° 30, p. 68-71.
[42] Sur les raisons pour lesquelles Lacan a créé sa propre École de psychanalyse et les raisons de son succès, voir : J. Van Rillaer, Mensonges lacaniens. Science et pseudo-sciences, 2012, 300 : 57-63. En ligne : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1825
[43] Voir p.ex. Selbstdarstellung (1925), Gesammelte Werke, XIV, p. 84.
[44] Cit. in E. Jones, La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, vol. II, Trad., PUF, 1961, p. 158.
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Commentaires :
Nous maintenons notre point de vue : la psychanalyse n'a jamais été, et n'est toujours pas réfutable. Pourquoi ? Pour prétendre avoir testé l'une des théories de la psychanalyse, il faut l'avoir fait avec toute la nature ontologique dont elle dépend, et qu'elle n'a cessé d'affirmer : la croyance en un déterminisme psychique inconscient, prima faciae absolu, excluant donc a priori tout hasard et tout non-sens.
Voilà ce qui fait la pierre de touche de la psychanalyse : cette croyance délirante. Or, Popper démontre que l'on ne peut pas tester une théorie qui reposerait sur ce type d'engagement ontologique. Par conséquent, si l'on a pu effectivement (...) "tester" la psychanalyse par le passé, ce n'est qu'en la dénaturant de ce qui est absolument fondamental pour elle, et qui va même jusqu'à déterminer sa pratique thérapeutique.
C'est Karl Popper qui a raison : la psychanalyse n'a jamais été réfutable. Elle ne l'a jamais été, et ne l'est toujours pas, à cause de ses engagements ontologiques liés à ses croyances beaucoup trop déterministes. Le livre de Popper, "L'Univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme" est indispensable pour comprendre ce problème indépassable pour la psychanalyse et y compris pour tout autre projet "scientifique" qui prétendrait se fonder sur une version aussi intenable du déterminisme.
"Quelque part", souligne le Professeur Van Rillaer dans son article. Voilà le genre de formule, toujours vague et imprécise, qui rend une allégation irréfutable. Et les psychanalystes ne peuvent faire appel qu'à ce type d'allégation, vague, imprécise, imagée, trop généralisante, ou trop réductrice, etc... Ce sont des "rhéteurs", comme ils le reconnaissent eux-mêmes. C'est-à-dire d'infatigable "rebondeurs" de la verbosité pour immuniser leurs points de vues, leurs allégations, leurs interprétations, contre toutes critiques.
Le caractère foncièrement irréfutable de la psychanalyse (donc pseudo-scientifique), ne se trouve pas seulement dans la structure même de la théorie et de ses engagements ontologiques, mais aussi dans le comportement social des psychanalystes vis-à-vis de leurs critiques quand il font usages de leurs interprétations. Franck Cioffi disait aussi avec raison, que "la psychanalyse est une culture de mauvaise foi".
Nous dirons que ce n'est qu'une sous-culture, qui est pratiquée ou appréciée par les gens "toxiques", qui veulent toujours avoir raison, et s'offrir contre quiconque, un terrain favorable à leurs besoins d'emprise, de vampirisme, et d'humiliation d'autrui. C'est une sous-culture adaptée aux super egos, aux narcissiques, et à ceux qui s'ingénient à renvoyer sur les autres, leurs propres problèmes, par les moyens de la suggestion et de la manipulation mentale, entre autres choses...
P.S. : par les "engagements ontologiques", les scientifiques, ou ceux qui projettent de fonder une nouvelle science, tentent de définir ce qu'il y a de réel dans leur futur objet de recherche, où ce qui pourrait être réel, et qui serait susceptible de faire l'objet de tests scientifiques, (et empiriques) ultérieurs.
Par conséquent, ces engagements ontologiques contiennent des conjectures métaphysiques (métaphysiques, signifie "sur" (méta...) sur l'objet de recherche non encore observé ou testé.
Dans ces conjectures métaphysiques, il y a des idées, des anticipations sur la façon dont pourrait être déterminé cet objet de recherche, et donc l'imagination de loi causales possibles qui en expliqueraient le comportement, etc..
Comme on le comprend, (et comme l'a défendu également Karl Popper, contre le projet du Cercle de Vienne, lequel consistait à éliminer toute métaphysique dans tous les stades de la construction d'une science), une science ne peut pas se passer de conjectures métaphysiques pour débuter. Elle ne peut donc pas se passer d'imaginer une forme de "déterminisme" sur ses futurs objets de recherche.
Le choix d'une "forme de déterminisme" est donc particulièrement crucial, et S. Freud a choisi la plus mauvaise, c'est-à-dire une conception du déterminisme qui va même au-delà des hypothèses de Pierre Simon Laplace. Sigmund Freud a fondé la psychanalyse sur un apriorisme absolu, (faisant de la psychanalyse une "pensée magique", selon Claude Lévy-Strauss) reproduisant l'erreur d'Emmanuel Kant, lequel pensait que les théories scientifiques pouvaient être "valides a priori".
Il a ensuite "appliqué" l'erreur de Hegel, lequel pensait que "tout ce qui est rationnel est réel, et tout ce qui est réel est rationnel". Mais, rien de ce qui est réel n'est jamais parfaitement identique au rationnel, c'est-à-dire aux théories et autres conjectures qui tentent toujours de décrire ce qui est réel.
La science, la connaissance objective, nécessitent toujours des termes et des théories universelles pour désigner a priori les objets, ou les comportements de ces objets. Et ces définitions ne peuvent valoir que comme hypothèses à soumettre à des tests.
On retrouve ici, l'erreur de Kant dépassée par Karl Popper : certes, nous pouvons formuler, a priori des théories et des conjectures sur des objets de recherche, mais aucune d'entre elles n'est prétendument "valides" sans que nous l'ayons corroboré ou réfuté par des tests.
Conclusion : tout projet scientifique, quel qu'il soit, et dans quelque domaine que ce soit, nécessite des conjectures et des hypothèses formulées a priori. Tout commence par la théorie. Et ensuite, il faut des tests. Mais des tests intersubjectifs, et garantissant la reproduction contrôlée et validable par d'autres chercheurs de conditions initiales d'expérimentation. La science n'est jamais un travail isolé, et elle consiste toujours à mettre à l'épreuve des théories universelles par l'intermédiaire d'hypothèses qui en sont inférées par déduction, lesquelles donnent naissance à ces tests. Aucune science, aucun projet scientifique ne peut éviter la méthode par "conjectures et réfutations" préconisée par Karl Popper, il démontre avec des arguments indiscutables que c'est logiquement impossible de l'éviter.
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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".