dimanche 30 novembre 2014

Jacques VAN RILLAER. Parce qu'enseigner, c'est aussi répéter.



« Le complexe d’Œdipe : toujours « vérifié » ».

Dans sa pratique, le psychanalyste « vérifie » la doctrine du complexe d’Œdipe quels que soient les faits observés.

Si un garçon aime sa mère et déteste son père, il présente un complexe d’Œdipe manifeste. Si un autre adore son père et se montre agressif envers sa mère, ses tendances oedipiennes sont « refoulées ». Dans ce cas, l’analyste peut dire, comme Freud pour le Petit Hans, que l’agressivité vis-à-vis de la mère est une « expression de tendances sadiques traduisant un désir incestueux » et que l’affection pour le père est une « formation réactionnelle » au désir de tuer celui-ci.

Autre stratégie que rend « irréfutable » la présence du complexe d’Œdipe : l’invocation de la bisexualité « inconsciente ». Freud écrit : « On a l’impression que le complexe d’Œdipe simple ne correspond pas à la situation la plus fréquente. (…) Le plus souvent, un examen approfondi met au jour la forme positive et une négative, dépendant de la bisexualité originaire de l’enfant. Cela signifie que le petit garçon n’a pas seulement une attitude ambivalente vis-à-vis du père et un choix d’objet tendre à l’égard de la mère, mais qu’il se comporte en même temps comme une fille, qu’il manifeste l’attitude féminine de tendresse pour le père et l’attitude correspondante d’hostilité jalouse envers la mère. »

Quand on fait le bilan de la vérification méthodique des thérapies de Freud, on constate que quasi tous les énoncés confirmés avaient été publiés avant lui, tandis que les thèses spécifiquement freudienne sont, en général réfutées.

Les psychanalystes informés de l’épistémologie moderne ont abandonné l’idée de défendre la scientificité de la psychanalyse. C’est la position de Lacan à la fin des années 1970. Par ailleurs, Lacan a souligné, très justement, que Freud avait une confiance naïve dans la science et pouvait être taxé de « scientiste » :

« Nous disons, contrairement à ce qui se brode d’une prétendue rupture de Freud avec le scientisme de son temps, que c’est ce scientisme même qui a conduit Freud, comme ses écrits nous le démontrent, à ouvrir la voie qui porte à jamais son nom. Nous disons que cette voie ne s’est jamais détachée des idéaux de ce scientisme. »

Parmi les psychanalystes qui n’ont pas compris les principes élémentaires de l’épistémologie, nous citons É. Roudinesco, la plus médiatique des avocates du freudisme.

« L’un des arguments majeurs opposés au système freudien, notamment par Karl Popper et ses héritiers, est son caractère infalsifiable, invérifiable ou irréfutable. Inapte à la mise en cause de ses propres fondements, la psychanalyse ne répondrait pas aux critères permettant de la faire entrer dans le monde des sciences » (É. Roudinesco, « Pourquoi la psychanalyse », p. 154). (Souligné par J.V.R.).
Popper a répété, inlassablement, qu’une pseudoscience se caractérise par le fait qu’elle est « infalsifiable », « irréfutable », et apparemment « toujours vérifiable » ! Il écrit par exemple : « Il est facile d’obtenir des confirmations ou des vérifications pour pratiquement n’importe quelle théorie – si ce sont des confirmations que nous cherchons. »

André Green, ancien directeur de l’Institut de psychanalyse de Paris, disait : « Roudinesco se dit historienne et psychanalyste. (…) Je crains qu’elle ne soit pas plus psychanalyste qu’historienne. » Je dirais à sa suite qu’elle n’est pas plus épistémologue que psychologue.


« La psychanalyse selon le dernier Lacan : du bavardage, un délire inventé par une petit médecin ».

À partir de 1977, Lacan enseignait :

« La psychanalyse est à prendre au sérieux, bien que ce ne soit pas une science. Comme l’a montré abondamment un nommé Karl Popper, ce n’est pas une science du tout parce que c’est irréfutable. C’est une pratique, une pratique de durera ce qu’elle durera. C’est une pratique de bavardage. »

« La psychanalyse est une pratique délirante… C’est ce que Freud a trouvé de mieux. Et il a maintenu que la psychanalyse ne doit jamais hésiter à délirer. »

« La psychanalyse n’est pas une science. Elle n’a pas son statut de science, elle ne peut que l’attendre, l’espérer. C’est un délire – un délire dont on attend qu’il porte le nom de science. On peut attendre longtemps ! Il n’y a pas de progrès, et ce qu’on attend ce n’est pas forcément ce qu’on recueille. C’est un délire scientifique. »

« Freud n’avait rien de transcendant, c’était un petit médecin qui faisait ce qu’il pouvait pour ce qu’on appelle guérir, qui ne va pas loin – l’homme donc, ne s’en tire guère, de cette affaire de savoir. »


« Ce que nous avançons est confirmé par ce que nous observons cliniquement ».

Les points de départ des recherches scientifiques sont des plus variés : une observation fortuite, un événement inexplicable, une souffrance personnelle, une polémique… En psychologie, la pratique clinique est une des principales sources d’hypothèses. Toutefois, la psychothérapie suffit rarement à établir des connaissances fiables. Bien plus que l’expérimentation, elle est sujette à de nombreuses erreurs et illusions. Les patients sont irrémédiablement influencés par le contexte dans lequel ils parlent et, tout particulièrement, par la théorie du thérapeute. Pour produire des théories psychologiques, il est nécessaire de formuler des hypothèses de manière opérationnelle et réfutable, de réaliser ensuite de nombreuses observations concrètes et minutieuses, en tenant compte des règles de la méthodologie scientifique.

Freud, Adler, Stekel, Jung, Rank, Reich, Ferenczi et d’autres étaient avant tout des cliniciens. Tous ont construit des théories qui se  contredisent mutuellement. Seule la recherche scientifique permet de retenir, parmi les hypothèses, celles qui collent le mieux à la réalité.

À ma connaissance, Freud n’a écrit qu’une seule fois que la recherche scientifique peut confirmer ou réfuter une théorie psychanalytique : lorsque Rank a publié un livre où il affirme que le traumatisme de la naissance est l’événement le plus important de toute sa vie. Il écrit alors à Ferenczi :

« Il faudrait tout d’abord exiger, avant toute application étendue, la preuve statistique que les premiers-nés, ou les enfants nés difficilement en état d’asphyxie, manifestent en moyenne, dans leur enfance, une plus grande disposition à la névrose, ou du moins à la production d’angoisse. L’observation d’enfants nés par césarienne, donc avec un trauma de la naissance bref et faible, serait aussi à prendre en compte, de manière positive ou négative. À la place de Rank, je n’aurais pas publié la théorie avant d’avoir entrepris cette recherche. »

Cette mise à l’épreuve par des faits n’ayant pas lieu, Freud et ses fidèles lieutenants vont utiliser, à l’endroit du dissident, les deux stratégies classiques de la psychanalyse pour répondre à toute objection ou pour « réfuter » les théories en désaccord avec la doctrine établie : l’absence (ou l’insuffisance) d’analyse didactique et la psychiatrisation. »

(In : Jacques Van RILLAER, « Le livre noir de la psychanalyse », sous la direction de Catherine MEYER, éditions les arènes, Paris, 2005, pages : 421 – 425).




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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.

Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :

"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".

Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".

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