dimanche 30 novembre 2014

Jacques VAN RILLAER. Sur la théorie des pulsions










« Il ne fait aucun doute qu’on ne comprend l’homme qu’en tenant compte de la dimension corporelle de son existence. Comme l’animal, l’être humain est motivé par des besoins de nutrition, de mouvement, de repos … Ces pulsions sont cependant moins simples qu’on ne le croit habituellement. Même la force des besoins physiologiques primaires varie selon le contexte. Ainsi un animal peut, dans certaines circonstances, se nourrir bien au-delà des nécessités physiologiques et devenir obèse (signalé par Richelle, 1977 : 51). Chez l’animal et bien davantage encore chez l’homme, de nombreux comportements dépendent essentiellement des « contingences de renforcement » passées et présentes. Certains désirs très puissants ne sont que le résultat d’un conditionnement. « Maîtres queux et confiseurs se sont ingéniés depuis des siècles à créer des stimuli gustatifs particulièrement efficaces ; cela ne signifie nullement que nous ayons un besoin de tels stimuli, mais simplement qu’ils sont renforçants » (Skinner, 1969 : 99).

La prudence est de rigueur lorsqu’on rend compte d’une conduite par une « pulsion » ou un « instinct ». Très souvent ce terme n’a pas une valeur explicative, mais seulement descriptive. Dire que Paul est agressif à cause de sa forte pulsion de mort, c’est se contenter d’une tautologie plus ou moins bien camouflée. Considérer un phénomène immédiat, tel la conduite agressive, comme le signe d’une propriété substantielle paralyse l’investigation scientifique. « La réponse substantialiste étouffe toutes les questions » : Bachelard l’a lumineusement montré dans le cas de la physique. Il n’en va pas autrement dans le champ de la psychologie.

La théorie freudienne des pulsions présente un risque évident de chosification. Elle recouvre d’un mot les phénomènes qui font problème, quand elle n’est pas une justification à bon marché (« ce n’est pas moi : ce sont les Pulsions, c’est la Nature, c’est la dimension « pathique » de mon être, mon « ça »…). Quand un Lacan affirme que « la psychanalyse comporte une théorie des instincts, fort élaborée, et à vrai dire la première théorie vérifiable qu’on en ait donnée chez l’homme » (1966 : 147), il montre d’une part qu’il méconnaît l’histoire des idées du 19° siècle et, d’autre part, qu’il ignore le sens de l’expression « théorie vérifiable ». La seconde ignorance est évidemment beaucoup plus grave que la première.

A l’une ou l’autre occasion, Freud a indiqué le caractère hypothétique de sa théorie. En 1933, il écrit : « La doctrine des pulsions est, pour ainsi dire, notre mythologie. Les pulsions sont des êtres mythiques, grandioses dans leur indétermination. Au cours de notre travail, nous ne pouvons à aucun moment cesser d’en tenir compte et cependant nous ne sommes jamais certains de bien les saisir » (XV 101). « Die Trieblehre ist sozusagen unsere Mythologie ». A la suite de Linschoten (p. 335), je dirai que le sozusagen est de trop : cette théorie freudienne n’est rien d’autre qu’une mythologie … qu’il est temps d’envoyer au cimetière des hypothèses. »

(In : Jacques VAN RILLAER, « Les illusions de la psychanalyse », éditions Pierre Mardaga,  Bruxelles, 1988, pages : 296 – 297).



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Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

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