samedi 6 décembre 2014

Freud, "astronome" de l'inconscient. (Patrice Van den Reysen).












Il n'est jamais valide d'être juge et partie, même avec un "télescope".


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Peut-être suffit-il de quelques phrases pour démystifier tout le parcours de celui qui voulu être l’égal de Copernic et Galilée réunis ? Celui qui aurait soi-disant réussi une « rupture épistémologique majeure » avec la psychologie de son temps sans toutefois en reprendre les travaux issus de la tradition de tests scientifiques qui l’a précédé. S’agissant de la théorie des rêves, pilier grâce auquel toute la psychanalyse justifierait son utilité selon Freud (Cf. Cinq leçons sur la psychanalyse. Troisième leçon), Alan J. Hobson, écrit que « l’interprétation des rêves n’est issue essentiellement ni de son désaccord avec les théories existantes, comme son chapitre VII voudrait le laisser croire, ni d’études attentives de récits de rêves, mais plutôt d’un ensemble d’hypothèses a priori résultant de ses efforts pour bâtir une psychologie fondée sur la neurobiologie des années 1880 » (J. Allan Hobson. Le cerveau rêvant. Gallimard, Paris, 1988, page 87). Une neurobiologie déjà obsolète en son temps, et dont Freud voulut en masquer ses inspirations au point de devenir, un véritable "cryptobiologiste" de l'esprit comme le démontre Frank Sulloway dans son livre, "Freud biologiste de l'esprit",  et pour pouvoir s'affirmer en "pur psychologue" de l'esprit "fondant" pour l'occasion l'un des plus grands délires pseudo-scientifique de l'histoire : la croyance en un déterminisme psychique prima faciae absolu.

Celui enfin qui tout en travaillant dans un isolement qui fera de lui ce héros auto proclamé de sa nouvelle science privée, (laquelle n’est sortie que de l’auto-analyse de ses propres délires alimentés à doses massives de cette magique substance, la cocaïne, ainsi que d’autres inventions rocambolesques qui ont fait long feu depuis les travaux des historiens comme Jacques Bénesteau, Robert Wilcocks, Allen Esterson, Frederick Crews, Frank Cioffi, et tant d’autres encore), affirmera mordicus que cette imposture sans aucun précédent dans l’histoire des idées, était la science du psychisme, et pourquoi pas la « science des sciences »

Malgré l’héroïsme freudien, dès les débuts de la psychanalyse, de vives objections s’élevèrent contre les revendications de scientificité de son Père fondateur. Voici l’une de ses vaines protestations que nous livrent Borch-Jacobsen et Shamdasani dans leur Dossier Freud (p. 205) :

« Vous savez que récemment les médecins d’une université américaine ont dénié à la psychanalyse le caractère d’une science en alléguant qu’elle ne pouvait fournir aucune preuve expérimentale. Ils auraient alors tout aussi bien pu faire la même objection à l’astronomie, car les expériences pratiquées sur les corps célestes sont particulièrement malaisées ». (S. Freud)

Voici maintenant ce qu’écrit le Professeur J. Allan Hobson, professeur de psychiatrie à la Harvard Medical School et directeur du Laboratoire de neurophysiologie au Massachusetts Mental Health Center, et qui répond à la perfection à la protestation de Freud. (Rappelons que le professeur Hobson est mondialement connu pour avoir démontré scientifiquement l’effondrement total du pilier central de la psychanalyse : la théorie des rêves. Il fut aussi celui qui invalida les travaux de Mark Solms, basés sur des I.R.M., en démontrant qu’ils ne confirmaient en rien les théories de Freud). Hobson reprend, dans cette citation, la prétention de Freud à comparer sa psychanalyse à une science équivalente à l’astronomie. Il écrit :

« Freud remarque que certains médecins d’une université américaine non citée refusent déjà à la psychanalyse un caractère scientifique, parce qu’elle ne peut apporter de preuve expérimentale de ses postulats (1932). Il réplique en dressant un parallèle entre l’astronomie et la psychanalyse. Personne ne reprochant à l’astronomie de n’être pas scientifique parce qu’elle éprouve des difficultés à faire des expériences sur des corps célestes, il est donc injuste – aux yeux de Freud – de critiquer la psychanalyse parce qu’elle ne fait pas d’expérience sur l’esprit inconscient et ses idées.

Si Freud a raison d’observer qu’en psychanalyse comme en astronomie on se trouve limité aux observations à distance, son analogie passe par-dessus deux critères fondamentaux de la science : la mesure et la prévision. L’astronomie effectue les deux, la psychanalyse aucune ».
 (J. Allan Hobson. « Le cerveau rêvant ». Gallimard, Paris, 1988. Page 80).

Mais soyons reconnaissants et plus respectueux du génie, oublions les propos déstabilisants et récalcitrants du professeur Hobson, et marchons un moment sur les sentiers dorés de la légende freudienne…

Freud, comme Galilée, possédait donc son télescope (la magie de l’interprétation alliée au symbolisme délirant). Il l’avait d’ailleurs fabriqué lui-même. Dès lors, il pouvait comparer ses objets de recherche à des étoiles ou à des planètes, certes inaccessibles pour des observations empiriques, mais possédant la même valeur intrinsèquement scientifique, croyait-il, que les astres de son modèle : Galilée.

Comme on le lira dans ce qui va suivre, nous avons quelque peu détourné la définition que Freud lui-même donnait de son télescope. Il écrit au chapitre premier de son abrégé de psychanalyse, je cite : « Nous admettons que la vie psychique est la fonction d’un appareil auquel nous attribuons une étendue spatiale et que nous supposons formé de plusieurs parties. Nous nous le figurons comme une sorte de télescope, de microscope ou quelque chose de ce genre ».

Pour Freud, le « télescope » n’est rien d’autre que la façon dont sont organisés le « ça », le « moi » et le « surmoi ». Pour nous, il subit une transformation (tout à fait libre) et devient ce qui est constitué par ses préjugés, ses attentes théoriques, sa théorie du symbolisme, sa méthode d’investigation des associations libres, et surtout sa méthode d’auto-analyse isolée par le recours à l’introspection. En bref, nous considérons que le télescope de Freud est constitué de tout ce qui va lui permettre d’avoir cet accès soi-disant privilégié à l’inconscient, et plus encore, au refoulé, mais en tenant compte du fait important que ces deux aspects de l’appareil psychique freudien seraient régis par un déterminisme absolu excluant tout hasard et tout non-sens. Là, réside toute l’originalité du télescope freudien, qui a son époque, lui permet de se démarquer de tous les autres en concurrence possible avec le sien.

Comment Freud pouvait-il donc « voir » dans son télescope tant d’étoiles, de planètes, ces objets merveilleux de l’univers encore inexploré dans lequel il croyait s’aventurer en authentique « découvreur », et que son talent rhétorique (confinant parfois au génie, ça, il faut le reconnaître) enrobera de cette célèbre brillantine pseudo-scientifique afin de mystifier son public ?

C’est très simple, mais il nous faut quand même considérer que Sigmund Freud lui-même se plaçait très en avance sur son temps. Faisons de même.

Il utilisa donc des « négatifs », c’est-à-dire ses propres préjugés, ses fantasmes, ses rêves, qu’il plaça sur l’œilleton de son fabuleux télescope, exactement comme si un charlatan de l’astronomie avait planqué une photo dedans pour mieux exposer au regard des autres le résultat extraordinaire de sa nouvelle découverte. A travers ces négatifs, Freud voyait donc tout ce qu’il voulait voir, et l’image projetée sur la lentille ne pouvait jamais le mettre en défaut. Ces « négatifs » étaient de véritables filtres du réel que Freud croyait découvrir de manière indépendante, comme Galilée. Ils étaient la réalité que Freud confondait allègrement avec le réel quand il ne la lui substituait pas totalement. Mais Ils possédaient eux aussi, une propriété extraordinaire que les plus grands artistes de la photographie ne leur renieraient pas encore aujourd’hui ou demain. C’était des négatifs qui ne pouvaient se tromper. Ils étaient auto-déformables à volonté, parce que les yeux de celui qui regardait à travers étaient également capables d’en modifier l’aspect. Comment était-ce possible ? Freud n’avait qu’à rêver, penser, fantasmer, délirer, ou prendre de la cocaïne, et ses idées lui venaient à l’esprit, elles lui disaient comment faire pour changer la nature du négatif à coller sur l’œilleton de son télescope dans un infernal et éternel retour circulaire sur lui-même, de ses projections vers l’expression de ses fantasmes délirants.

On pourrait penser que les négatifs freudiens dont nous parlons, étaient en fait ses propres conjectures qu’il mettait à l’épreuve de l’observation, en bon poppérien qu’il fut, comme disent maintenant certains, en tentant d’enfourcher un mode de provocation nouveau…Mais Freud était tout sauf poppérien, et dans son état d’esprit, et dans ses façons de faire. Comme il le dit d’ailleurs lui-même, au lieu d’être un scientifique, il n’était qu’un Conquistador…Il ne se servit de ses préjugés et autres fantasmes (ses négatifs…) que pour observer d’abord en lui-même les choses de son propre esprit dans le cadre de ce qui allait constituer la matrice de toute la psychanalyse : sa propre auto-analyse introspective ! Comment pouvait-il alors prouver quoique ce soit de manière indépendante et intersubjective, en adéquation avec les célèbres injonctions épistémologiques de Karl Popper, sans même avoir le recul que lui aurait permit un observateur extérieur, que Freud, au contraire de Charcot dont il assista aux séances d’hypnose, acquis justement de répudier sans délai, dès l’Introduction à la psychanalyse ? Sur ce point, il me semble primordial de citer encore S. Freud :

« La conversation qui constitue le traitement psychanalytique ne supporte pas d’auditeurs ; elle ne se prête pas à la démonstration. (…) Quant aux renseignements dont l’analyste a besoin, le malade ne les donnera que s’il éprouve pour le médecin une affinité de sentiment particulière ; il se taira, dès qu’il s’apercevra de la présence ne serait-ce que d’un seul témoin indifférent. (…) Vous ne pouvez donc pas assister en auditeurs à un traitement psychanalytique. Vous pouvez seulement en entendre parler et, au sens le plus rigoureux du mot, vous ne pourrez connaître la psychanalyse que par ouï-dire. Le fait de ne pouvoir obtenir que des renseignements, pour ainsi dire, en seconde main, vous crée des conditions inaccoutumées pour la formation d’un jugement. Tout dépend en grande partie de degré de confiance que vous inspire celui qui vous renseigne ». (S. Freud. Introduction à la psychanalyse. Petite Bibliothèque Payot, 1981, p. 8).

Ces propos de Freud suscitent certains commentaires simples.

Freud reconnaît que le traitement psychanalytique n’est pas démontrable. Ce traitement repose donc entièrement sur une approche dogmatique et subjective du réel qu’il étudie, et les historiens ont démontré que Freud co-fabriquait une réalité, à partir de ce réel, toujours « à deux », afin que sa réalité cadre au mieux avec le réel, ou qu’il ne soit connaissable qu’à partir de la réalité qu’il avait complètement fabulée, soit entre lui et ses motivations théoriques au cours de son auto-analyse, ou encore entre lui et ses patients dans le cadre ultra secret de son cabinet ou du bureau d'où il rédigeait ses interprétations sans jamais les soumettre à aucun contrôle extérieur, quel qu’en ait été la nature et à n’importe quel moment du processus.

- Si le malade ne peut fournir à l’analyste des renseignements utiles à sa guérison qu’à la condition que s’instaure le fameux transfert, alors il devient rigoureusement impossible de garantir que les propos ou les associations prétendument libres du patient soient indépendants des sentiments personnels qu’il éprouve vis-à-vis de son analyste et par suite qu’ils ne puissent dépendre de son influence, de quelque nature qu’elle soit (suggestion, manipulation, etc.). Au sujet de l’éternel problème de la suggestion en psychanalyse, outre les travaux de Mikkel Borch-Jacobsen, on peut citer Thierry Melchior qui nous parle d’un procédé freudien fallacieux consistant (comme c’est souvent le cas avec Freud) à retourner la situation à l’avantage de la psychanalyse en faisant de ce qui aurait dû l’anéantir un élément capable, au contraire, d’en démontrer le bien fondé. Je cite Melchior :

« (…) Au moment où la psychanalyse risque d’être suspectée, du fait de l’apparition des émois dits « transférentiels », de n’être qu’une thérapie par suggestion, cette dernière se voit recadrée comme n’étant rien d’autre qu’un de ces phénomènes révélateurs de la sexualité infantile et de l’activité libidinale infantile. En d’autres termes, la suggestion qui, en sapant son fondement même, pouvait ruiner toute l’entreprise psychanalytique, se trouve réinterprétée par Freud comme le seraient, à la limite, un simple rêve, un vulgaire lapsus, un quelconque oubli, un banal jeu de mots…

Que penser de cette argumentation ? Elle use, de toute évidence, d’un raisonnement fallacieux. Car Freud ne voit pas ou ne veut pas qu’on voie que, pour que la psychanalyse puisse interpréter le phénomène de suggestion comme un phénomène transférentiel, de nature libidinale, il faut évidemment que la théorie psychanalytique (relative au transfert, à la sexualité infantile et à son refoulement) soit vraie. Or, pour qu’elle soit vraie, il faut que rien de ce qui est « trouvé » par les patients n’ait été suggéré (même involontairement) par l’analyste, sauf à commettre une pétition de principe. Et on retrouvera encore la même pétition de principe quand, plus loin dans le texte, il écrit : « les connaissances que nous avons acquises grâce à la psychanalyse nous permettent de décrire à peu près ainsi les différences entre la suggestion hypnotique et la suggestion psychanalytique. (…) La thérapeutique analytique, lorsqu’elle se trouve en présence des conflits qui ont engendré les symptômes, cherche à remonter jusqu’à la racine et se sert de la suggestion pour modifier dans le sens qu’elle désire l’issue de ces conflits. » Or, ces affirmations ne valent que pour autant qu’il ait été démontré que les « connaissances acquises grâce à la psychanalyse » reposent sur autre chose qu’un processus à base de suggestion. Le fait que les symptômes soient dus à des « refoulements », par exemple, est vrai si et seulement si, au cours de son travail thérapeutique, l’analyste ne suggère pas au patient, même involontairement, 1) que ces refoulements existent et 2) qu’ils constituent précisément ce qu’il faut déterrer pour que les symptômes disparaissent. Or, c’est très exactement ce qui est en question, d’où la pétition de principe : on considère comme admis cela même qu’il s’agit de démontrer.

Alors même qu’il se voit dans l’obligation de concéder que, quand même, la suggestion joue un rôle en psychanalyse, Freud fait tout, on le voit, pour en minimiser l’incidence sur les « découvertes » qu’elle permet. Á peine reconnue du bout des lèvres, la suggestion se voit – au prix d’un grossier paralogisme – cantonnée dans un rôle du supplétif. » (Thierry Melchior. In : « La guerre des psys. Manifeste pour un psychothérapie démocratique. » Sous la direction de Tobie Nathan. Edition les empêcheurs de penser en rond. Paris, mars 2006. « Guérir par la vérité ». Pages 80 à 82.).

- Si comme l’affirme récemment Daniel Widlöcher, la méthode des associations libres reste encore la méthode de recherche scientifique de la psychanalyse, en tant que « science de la subjectivité », il est clair que l’objet même de la recherche se confond entièrement avec la méthode en étant toujours intimement lié à l’expérimentateur dont il ne peut en être indépendantLa recherche en psychanalyse a donc ceci de particulier qu’elle représente le cas où le chercheur ne peut jamais se départir d’un contact direct, permanent, et subjectif avec son objet de recherche, ce qui le place, d’entrée de jeu, hors du champ de toute véritable recherche scientifique… Freud aggrave encore le cas de la méthode analytique en précisant que les objets de recherche n’apparaissent plus si, justement, il n’y a même que le soupçon d’un contrôle indépendant. En poussant un peu plus loin la critique de cette situation épistémologique si spécifique, il n’est pas exclut de supposer que dans le cadre de la cure analytique, "l’inconscient", (si tant est que cette chose existe dans les termes de la psychanalyse....), de l’analyste se confonde ou interfère avec l’objet de recherche qui est celui de son patient. Mais même dans cette situation, les freudiens peuvent rétorquer que l’inconscient est donc toujours l’objet de recherche et qu’il est intéressant d’étudier les interférences qu’il peut y avoir entre l’analyste et son patient…Ce qui entraîne une régression à l’infini quant à la validation épistémologique d’une telle situation. Car il faudrait une tierce personne qui interviendrait pendant la cure et dont on pourrait s’assurer que son inconscient ne peut en aucune façon interférer de manière « subversive» (…) avec les relations inconscientes entre l’analyste et son patient afin de les étudier, et ainsi de suite.

- Ainsi l’ « inconscient désirant », comme dirait peut-être Gaston Bachelard dans La formation de l’esprit scientifique, serait bien toujours là et subversif dans le « laboratoire » freudien. En suivant Bachelard, si l’on doit se servir de la psychanalyse pour purifier l’esprit du chercheur parce que son inconscient aurait tendance à déformer le réel, c’est que l’on admet que la psychanalyse est vraie, dotée de lois causales corroborées par des tests scientifiques. Mais comme nous ne cessons de le dire, seul Freud sait si elle est « vraie » et il rejeta tout type d’expérimentation autre que les siennes, subjectives et sans contrôle. Gaston Bachelard propose que former l’esprit scientifique c’est lui montrer comment il doit renoncer aux affects afin de se concentrer sur les seuls buts, arides, de la démarche scientifique. En somme, la voie empruntée par Bachelard ressemble un peu à celle de Popper laquelle consiste à évacuer tout psychologisme dans la justification d’une logique de la découverte scientifique, mais justement sans s’occuper délibérement de l’origine psychologique de l’imagination créatrice qui concourt aussi à la formulation de ce que Popper nomme des « conjectures hardies ». Mais si l’analyste qui veut étudier l’inconscient dans son prétendu laboratoire clinique doit pour ce faire, renoncer aux affects, doit-il aussi renoncer à la relation de transfert qui le lie avec son patient, et par voie de conséquence à l’authenticité d’un véritable cadre d’étude analytique ? Le projet de Bachelard serait peut-être viable pour d’autres disciplines si nous avions les preuves indépendantes que la psychanalyse est vraie, et repose sur tout autre chose que despétitions de principes ou des vérités révélées par Freud, mais pour la psychanalyse il ne peut l’être. C’est impossible. Car personne ne peut se vanter d’avoir acquis une maîtrise suffisante de son refoulé donc d’avoir le contrôle a priori du déterminisme absolu dont il dépend, lequel dépasse toute capacité d’appréhension humaine. Pour cela, il faudrait être le Démon de Simon Laplace, et encore…La psychanalyse ne peut donc être, circulairement, la justification d’elle-même sauf à s’autoriser, encore une fois, entièrement d’elle-même. Elle ne peut donc aspirer à « superviser » les autres sciences ou s’affirmer comme « la science des sciences ». Voilà qui étouffe dans l’oeuf le projet des freudiens et celui de Gaston Bachelard.

- Cette théorie de l’inconscient se fait donc une nouvelle fois piéger par le déterminisme dont elle dépend. Car si le déterminisme psychique inconscient est si absolu et demeure en toutes circonstances la cause de toutes les représentations psychiques (conscientes ou inconscientes) de l’analyste et de son patient, alors il est impossible de se mettre à distance de lui pour l’étudier en tant qu’objet, s’il n’y aucun moi sur Terre (aucun autre individu conscient) qui puisse être suffisamment maître en sa propre maison (S.Freud) pour prendre le recul nécessaire à l’étude de l’inconscient d’un autre individu tout en contrôlant le sien. Personne ne pourra donc jamais s’assurer que son propre inconscient n’a pas de responsabilité dans le choix de voies erronées de recherche (fallacieuses, névrotiques, etc.) pour étudier celui d’autrui. Et dans l’acception déterministe aprioriste et absolue que donne la psychanalyse à cette théorie, la présence de personnes supplémentaires coopérant à la recherche ne pourrait qu’aggraver à chaque fois le problème. Mais maintenant que vaut l’argument selon lequel seul un analyste professionnel, c’est-à-dire une personne qui a été analysée puis est supervisée pendant sa carrière soit apte à réaliser ce type de recherche dans le cadre de la cure, sans recourir à d’autres témoins ou procédures garantissant l’indépendance du chercheur par rapport à son objet ? Là encore, tout repose sur une  subjectivité en chaîne, qui n’a rien à voir avec l’intersubjectivité dont parle Karl Popper dans sa logique de la découverte scientifique. Car si un analyste a été analysé, il n’a pu l’être que dans les conditions subjectives, intimes, du cadre de la cure, qui ne ressemblent en rien à celles d’un contexte expérimental avec manipulation de variables indépendantes. La psychanalyse n’est donc qu’une sorte de transmission d’un cadre intime, subjectif, à un autre, depuis l’auto-analyse légendaire de Sigmund Freud, quelles que soient les critiques internes qui peuvent opérer au décours de ce processus.

- La dernière partie des propos de Freud cités plus haut nous semble encore la plus significative et riche en enseignements sur la façon dont Freud lui-même entrevoyait sa propre position de géniteur de la psychanalyse. De tels propos confirment très clairement les critiques les plus dévastatrices formulées par Bénesteau, Borch-Jacbosen et Shamdasani, parce que Freud, non seulement exclut tout possibilité de preuve scientifique véritable, et enfonce encore le clou du subjectivisme et de sa position de gourou auto-proclamé, en écrivant que ce n’est que par ouï-dire et uniquement grâce à la confiance que l’on a en sa seule personne, que l’on peut avoir connaissance de la psychanalyse. C’est exactement comme si Galilée n’avait jamais été confronté au Cardinal de Bellarmin, lequel aurait admis que la Terre est ronde, seulement par ouï-dire ! Voilà justement ce qui a manqué à Freud pour qu’il puisse se comparer à Galilée. Certes des contradicteurs se sont exprimés par la suite, mais contrairement à ce qu’affirment les légendes freudiennes (qui les ont fait passer pour des inquisiteurs obscurantistes en face du génie scientifique soi-disant incompris) ils ont accueilli plutôt favorablement ses théories, et surtout ses disciples des premières heures n’ont jamais contesté la règle freudienne de l’isolement et du subjectivisme en acceptant de se transformer en prosélytes de cette nouvelle science du psychisme née de la mythique auto-analyse freudienne.

- Mais j’aurais dû comparer Freud à Einstein. Il suffit d’imaginer Einstein, écrivant sa théorie de la relativité grâce à un puissant travail introspectif isolé de toute recherche précédente ; faisant ses propres tests, sans aucun contrôle indépendant, donc définissant lui-même les conditions initiales d’expérimentation au seul gré de son imagination subjective ou de son Monde 2 (K. Popper) ; écrivant un beau livre où il affirme la valeur scientifique de ses recherches en alignant les pétitions de principes et autres vérités révélées les unes à la suite des autres ; puis demandant à tout le monde de le croire tout bonnement sur parole, de lui faire entièrement confiance, et en plus, de transmettre sa bonne parole, par le simple jeu du bouche-à-oreille, et aussi en interdisant toute réunion à plusieurs, dans des laboratoires, pour mettre à l’épreuve ses théories. On comprend mieux désormais pourquoi malgré l’insistance de ses disciples ou de lui-même, on refusera avec raison, plus de dix fois le Prix Nobel à Sigmund Freud, Prix qu’il n’obtiendra heureusement jamais.

- Avec la toute dernière phrase de Freud, on se demande comment certains freudiens aient pu s’indigner des critiques démontrant que pour s’attaquer à la psychanalyse, il faut s’attaquer au personnage freudien. En effet, puisque la psychanalyse est née à partir du seul Sigmund Freud, dans le cadre intime de son auto-analyse, et si, partant de cette matrice, le reste du monde, ne pourra la connaître désormais que par ouï-dire sur la base d’une confiance totale dans le Père fondateur ; alors, si la police du passé (Borch-Jacobsen & Shamdasani ; mais aussi Bénesteau, Sulloway, Ellenberger, Cioffi, Crews, Van Rialler,…) met en évidence que Freud a menti, fabulé, suggéré, contrefait, etc., le lien de confiance qui lie Freud à tous ses lecteurs et auditeurs est rompu, et si ce lien est rompu c’est tout l’édifice qui s’effondre.

- Enfin, si c’est donc bien sur la confiance que nous avons pu avoir en Freud, donc sur un facteur lié aux sentiments (« nous », c’est-à-dire tous les individus qui ont pu entrer en contact avec lui, que ce soit directement ou indirectement par l’intermédiaire de ses livres ou d’autres témoignages de personnes initiées, ou « semi initiés ») que repose la crédibilité de tout l’édifice psychanalytique, comment être sûr que Freud, ses disciples, ses sympathisants, ses lecteurs ou toute autre personne ayant pu entrer en contact avec le profane par quelque moyen que ce soit, n’aient usé de la suggestion, de la manipulation, ou de tout autre moyen de pression ou d’influence plus ou moins subtil pour endoctriner leurs auditeurs ou leurs lecteurs ? A ce propos, le psychanalyste canadien Patrick Mahony est pour le moins explicite sur les effets que peuvent avoir la lecture des livres de Freud et sur sa façon particulière pour pratiquement prendre le contrôle du lecteur voire pour forcer son adhésion. Citons Patrick Mahony :

« (…) Une manière efficace d’analyser la textualité de Freud consiste à suivre un fil à la fois et à voir comment il se déroule ; sinon, on a tendance à se perdre, mené par Freud qui poursuit un fil, puis le mêle à d’autres, au point que se mélange les nuances et les directions des fils et de leur entrelacs. Un des aspects dominants du discours de Freud est le mode réflexif du centrage sur soi et du centrage sur l’autre. D’abord, comme je l’ai développé ailleurs, il nous fait partager ses réflexions sur sa pensée et ses processus d’écriture. Ensuite, mieux que personne, Freud nous dit comment le lire ; (…) Tout au long de son texte, Freud inscrit le thème de l’interprétation, bonne et mauvaise, de n’importe quel sujet, y compris la psychanalyse. Viennent compléter ces commentaires les stratégies adoptées par Freud dans n’importe quel ouvrage pour indiquer à son lecteur comment le lireDe manière directe ou indirecte, il se livre à un commentaire constant sur la résistance du lecteur, de sorte que même si l’on est pas d’accord avec les idées d’un de ses passages, on est amené à tomber d’accord avec ses commentaires sur le caractère subversif de l’inconscient. Sa seule manière de créer une alliance avec le lecteur renforce la nature dialogique de sa prose et la rend éminement intériorisable : le piège transférentiel posé par l’écriture de Freud défie donc le lecteur profane comme le lecteur versé en psychanalyse. » (Patrick Mahony, « Dora s’en va. Violence dans la psychanalyse ». Les empêcheurs de penser en rond. Paris, 1996, pages 238 – 239).

Le caractère manipulateur et irréfutable de la théorie de l’inconscient permet donc à la psychanalyse et à l’analyste de toujours sortir vainqueurs d’un débat, d’une polémique, où l’on essaierait de critiquer et d’invalider ses théories et ses résultats thérapeutiques. Ce n’est que grâce à la version si extrémiste et aprioriste du déterminisme que Freud a choisit pour sa psychanalyse, qu’elle peut toujours retomber sur ses pattes. Je me permettrais donc, encore une fois, et avec l’appui de l’épistémologie de Karl Popper d’en tirer la conclusion fondamentale suivante, contre les positions d’Adolf Grünbaum : la théorie de l’inconscient de Freud, fondement de l’édifice freudien, est une théorie indiscutablement irréfutable. Et si Freud se réserve la possibilité de recours à l’argument de la subversivité de l’inconscient lorsqu’il a pu avancer quelque énoncé réfutable, alors dans ce contexte plus large, aucun énoncé produit à partir des fondements propres à la psychanalyse n’est réfutable, contrairement à ce qu’avait écrit Adolf Grünbaum.

Le caractère subversif de l’inconscient n’est pas étanche…Il a aussi des effets sur tous les autres fondements de la psychanalyse devenant tous irréfutables. L’irréfutabilité de la théorie des rêves que Freud considérait comme « la voie royale vers l’inconscient » (S. Freud. Cinq leçons sur la psychanalyse. Troisième leçon), et l’outil de formation et de justification de l’ensemble de la psychanalyse (de la théorie à la pratique thérapeutique), est bien identifiée par Allan Hobson :

« (…) Je crois que la théorie psychanalytique du rêve n’est pas scientifique, parce qu’elle n’a pas de base empirique. (…) Ce n’est pas un Freud impartial qui la conçoit, après avoir collationné systématiquement les relations de rêves de nombreux sujets. » (J. Allan Hobson. Le cerveau rêvant. Gallimard, Paris, 1988, page 77).

« (…) La théorie psychanalytique du rêve est donc largement spéculative, c’est une théorie a priori. Et, même si on tient compte de cet aspect, on trouve qu’elle ne repose sur aucune preuve, ou presque. Toutes les données de l’Interprétation des rêves sont subjectives : la plupart des rêves envisagés sont ceux de Freud lui-même ; ou alors ce sont des comptes rendus de seconde main ; et aucun n’est soumis à un traitement quantitatif. Deuxièmement, la théorie psychanalytique n’est pas construite selon une logique qui la rende susceptible de vérification expérimentaleEn fait, les psychanalystes n’ont jamais défini quelle sorte de preuve pourrait infirmer leur théorieIl n’est donc pas surprenant que, en presque quatre-vingt-dix ans, la théorie des rêves n’ait donné lieu à aucun test critique expérimental. »  (J. Allan Hobson. Ibid, page 78).

« (…) Quelle qu’elle soit, la littérature que Freud passe en revue confirme sa théorie : il trouve une explication pour chaque cas embarrassant ou contraire. En 1936, sa pensée se caractérisait par l’arbitraire, l’autoritarisme et l’incapacité à définir des règles ou à imaginer des résultats qui pourraient contredire sa théorie. »  (J. Allan Hobson. Ibid, page 84).

Citons maintenant René Pommier, dans son dernier livre, « Sigmund est fou et Freud a tout faux » :

Il cite d’abord Freud, puis commente :

« L’étude du travail du rêve nous a appris bien d’autres particularités, aussi remarquables qu’importantes, des processus qui se déroulent dans l’inconscient, mais nous n’en pouvons donner ici qu’un aperçu. Les règles de la pensée logique ne jouent pas à l’intérieur de l’inconscient et l’on peut appeler ce dernier le royaume de l’illogisme. »  (S. Freud). Mais c’est son propre mépris de la logique que Freud attribue sans vergogne au travail du rêve, un mépris qui lui a permis d’élever son échafaudage bancal de fariboles en ne tenant aucun compte des objections les mieux fondées. Quand on veut faire passer pour des vérités scientifiquement établies des hypothèses aussi arbitraires qu’absurdes, on a évidemment tout intérêt à récuser les règles de la logique. »  (René Pommier. Sigmund est fou et Freud a tout faux. De Fallois, Paris, 2008, page 81).

« (…) On a souvent l’impression, en effet, que, dès qu’il a trouvé un élément dont il peut faire quelque chose, il arrête l’interrogatoire sur ce point, dans la crainte que la patient n’ajoute quelque chose qui pourrait contredire l’interprétation qu’il a en vue. » (René Pommier. Ibid, page 107).

Poursuivons maintenant notre périple vers cet Olympe où règnerait sans partage le Deus ex machina des sciences de la psyché (l’inconscient selon Freud). Ce lieu mythique et légendaire où un simple mortel nommé Sigmund Freud infligea une blessure narcissique à l’humanité, pour les siècles des siècles, en accouchant des dix commandements par lesquels la vie psychique de toute créature humaine se verrait scellée. Dans une immaculée rencontre avec lui-même, le très saint gourou qui plus tard laissera crever quatre de ses sœurs dans les camps de la mort nazis tout en dédicaçant un livre à Benito Mussolini de la plus empathique des manières, régurgitera pour la postérité une doctrine totalitaire dont le vœu le plus pieux fut de libérer l’homme d’un inconscient qui n’était rien d’autre qu’une identification à sa seule personne investie du destin messianique d’être un modèle pour la Terre entière, le Sujet freudien, ou l’inconscient, c’est-à-dire Sigmund Freud (Borch-Jacobsen). S’il y a donc bien une chose dont il est urgent de se libérer, c’est uniquement de Sigmund Freud et de ses délires velcro, mais passons.. Voici encore d’autres propos du génie, tirés du même livre, page 9 et 10 :

« Et, maintenant, vous êtes en droit de me demander : puisqu’il n’existe pas de critère objectif pour juger de la véridicité de la psychanalyse et que nous n’avons aucune possibilité de faire de celle-ci un objet de démonstration, comment peut-on apprendre la psychanalyse et s’assurer de la vérité de ses affirmations ? (…) On apprend d’abord la psychanalyse sur son propre corps, par l’étude de sa propre personnalité. (…) Il va s’en dire que cet excellent moyen ne peut toujours être utilisé que par une seule personne et ne s’applique jamais à une réunion de plusieurs ».

Commentaires :

« On apprend d'abord la psychanalyse sur son propre corps, par l'étude de sa propre personnalité » nous dit Freud, jugeant même qu'il s'agit là, écrit-il, « d'un excellent moyen ». Il suffit de répondre à Freud qu'il s'agit là, au contraire de la plus mauvaise des méthodes, puisqu'elle consiste, encore une fois, ni plus ni moins, qu'à être juge et partie avec soi-même. Il n'est jamais valide d'être juge et partie, y compris pour soi-même, jamais.

- Encore une fois, Freud écrit qu’il n’existe aucun moyen de vérifier de manière objective les affirmations de la psychanalyse. Pourtant il affirmera que c’est bien une science faisant de lui l’égal de Galilée, Copernic ou Newton. Il faut donc apprendre la psychanalyse, en ayant d’abord entendu la bonne parole freudienne directement issue de son unique géniteur (!..), puis à l’aide de ses  négatifs, les poser sur son propre télescope de l’âme pour y redécouvrir les délires de Freud à la lumière fournie par les visions du Maître. Et surtout ne pas se réunir à plusieurs, ce qui évitera le risque que les nouveaux disciples ne pensent à quelque moyen de contrôle indépendant, intersubjectif, ou une discussion critique sur le vif. Freud était vraiment astucieux. Sachant pertinemment que sa méthode n’était ni scientifique, ni objective et qu’elle ne pouvait être démontrée, il se trouva devant un cruel dilemme : dois-je dire que je suis un scientifique ou un Conquistador ? Tout le poussa à choisir la deuxième voie, la soif de pouvoir, de gloire et d’argent étant nettement plus forte chez lui que tous ces petits scrupules rationnels et scientifiques. Mais pour que la mayonnaise puisse monter, il avait besoin d’un autre énorme coup de poker : faire accepter que chacun travaille séparément sur ses théories, et puis revienne devant lui pour parfaire son dressage. Surtout pas de laboratoire de recherche, (jamais de réunion à plusieurs, comme il l’écrit si bien), que chaque individu face seul son propre dressage, en acceptant de devenir un clone de la pensée du Maître, totalement dépendant de lui. Totalitarisme…

- Personne n’a jamais eu vent des variables indépendantes que Freud a pu manipuler, seul, et dans sa propre tête, afin de prouver les fondements de la psychanalyse, tout simplement parce qu’il n’est pas possible qu’un individu s’introspectant lui-même tout en décidant seul de la manière de s’introspecter, et, de surcroît, en pensant que ses méthodes d’introspection sont inédites, puisse recourir à d’autres variables ne dépendant que de lui-même et de ses propres préjugés les plus intimes. Il n’était donc évidemment pas question de pouvoir manipuler la moindre variable indépendante ou hypothèse alternative dans des conditions aussi isolées, subjectives et partiales que furent celles de l’auto-analyse de Sigmund Freud. On peut même dire qu’en pareil cas, il ne s’agit même plus d’une méthode

- Et quand bien même Freud aurait tenté de manipuler un concept ou une variable issus de la recherche scientifique qui le précédait, bref, de quelque chose d’extérieur, apriori à sa propre personne, puis dans sa propre personne, cela ne pouvait pas davantage tenir lieu de méthode valide pour prouver quoique ce soit. Car, l’élément fondamental est l’isolement délibéré et le rejet explicite et répété de tout contrôle indépendant, de toute discussion critique, que ce soit avant, pendant, ou après ses prétendues recherches ou autres expérimentations. On ne pourrait, par exemple, comparer Freud à certains de ces pionniers de la recherche médicale qui s’injectent un virus pour en mesurer les effets. Car dans cette situation, une bonne partie des éléments de l’expérimentation est extérieure au sujet, est empirique, mesurable, donc objectivable, prédictible, et contrôlable de manière indépendante. Dans le cas de Freud, tout, absolument tout s’est déroulé dans l’intimité la plus hermétique et légendaire d’autant qu’à son époque, Freud ne pouvait disposer d’instruments qui, sur la base de ses goûts originaux pour la neurologie, par exemple, lui aurait permis de tenter d’objectiver ses investigations (I.R.M. ; scanner ; électro-encéphalogramme ; etc…). Enfin, il n’y a jamais eu, dans aucun des livres que Freud a pu écrire, le moindre compte rendu de recherches quantitatives et statistiques sur ses délires théoriques, et, encore moins, le moindre protocole de recherche expérimentale, méthode qu’il rejeta d’ailleurs de la manière la plus claire en réponse à Saul Rosenzweig :

« J’ai examiné avec intérêt vos études expérimentales en vue de la vérification des propositions psychanalytiques. Je ne peux pas accorder une très grande valeur à ces confirmations, car la profusion d’observations fiables sur lesquelles reposent ces assertions [psychanalytiques] les rend indépendantes de toute vérification expérimentale » (In Borch-Jacobsen & Shamdasani, Le dossier Freud. Enquête sur l’histoire de la psychanalyse. Pages 204 – 205).

…Mais le télescope aussi était très spécial. Il était né et demeurait dans la tête de Freud. Personne d’autre que lui ne pouvait le manipuler, le vérifier, ni bien sûr, en avait pu contrôler la fabrication. Il se présentait comme le tout premier du genre, et n’était pas l’objet indépendant dont tout scientifique a un impérieux besoin. Il lui permettait de découvrir dans son esprit ce que son esprit lui indiquait de voir, tout en étant né de son seul esprit… Merveilleux.

Une fois que l’aventure intérieure fut terminée, il tenta alors d’orienter son télescope vers d’autres sujets que lui-même. Et là, chose merveilleuse, les négatifs fonctionnaient aussi. Freud retrouvait sans arrêt des confirmations de ce qu’il voulait voir. Et surtout, il interdisait à quiconque de modifier les réglages du télescope qu’il avait légué. On ne pouvait en modifier la position, ni même en changer les négatifs sans respecter les préceptes du Maître. Il fallait toujours se référer au Maître qui orientait toujours le regard et même l’inconscient de ceux qui étaient initiés puis autorisés à manipuler le télescope. Ceux qui voulait regarder ailleurs, qui ne voyait pas les objets du Maître, ou qui prétendaient voir le contraire de ce que le Maître indiquait de voir, ceux-là, tels d’infâmes hérétiques étaient excommuniés du Cercle des initiés ou bien étaient considérés comme des malades, car leurs esprits pervertissaient l’esprit du Maître, lequel tout en enfantant le télescope avait dû se purifier au même instant de toutes les perversions et autres névroses qui circulairement auraient empêché cette naissance. La lunette magique permettant de voir les premières névroses connues et observées par le génie freudien ne pouvait elle-même être pervertie par ces mêmes névroses que Freud soigna seul en lui-même pour autoriser sa propre naissance ! Naissance qui ne s’autorisa donc que d’elle-même (Borch-Jacobsen).

Ce que nous avons tenté d’expliquer ici est cette chose qui nous paraît évidente : si c’est avec son  télescope introspectif que Freud a prétendu découvrir les névroses refoulées (sans aucun contrôle indépendant), alors il n’a pu éviter d’observer que ce qu’il avait déjà a priori en pensée consciente, et le refoulé n’est donc qu’une construction totalement gratuite et métaphysique. Il ne s’agit donc pas d’une découverte. Si la psychanalyse pour être valide puis apte à fonder la thérapie de toute autre personne que Freud, ne peut être un objet névrotique parce qu’issu des névroses de Sigmund Freud  qui fut donc le seul et unique géniteur de cette science, ou comportant des résidus non liquidés de ses névroses (comme le démontrera Lacan, ce qui lui vaudra d’être exclu de l’IPA pour avoir osé s’en prendre à ce qu’il ne fallait pas : l’immaculée matrice de tout le corpus freudien, l’auto-analyse de Freud), alors comment faire confiance à une méthode déjà non-valide pour découvrir quoique ce soit, méthode qui plus est conçue et utilisée sans autre observateur que Freud lui-même ?

Comme le faisait déjà remarquer Ludwig Wittgenstein en critiquant William James, « la tentative d’analyse introspective revient à se saisir d’une toupie en mouvement pour en surprendre le mouvement, ou, à essayer d’allumer la lumière assez rapidement pour voir à quoi ressemble l’obscurité. Les conséquences de cette difficulté propre à l’introspection sont funestes. S’il est ardu de fixer les états transitifs du courant de pensée sans les observer, alors la grande erreur que toutes les écoles risqueront de commettre est de ne pas réussir à les saisir, et de trop insister sur les états plus substantifs du courant. Le paradoxe de l’introspection est donc de sélectionner les états substantifs de la pensée alors que nous voudrions capter les autres. » (L. Wittgenstein)

Wittgenstein soutient ensuite que l’examen de la grammaire de penser dans l’usage ordinaire montre que le concept de penser n’est pas un concept d’expérience, mais de capacité, avec bien sûr un sens occurrent à certaines personnes et certains temps. L’introspection ne saurait donc rien nous apprendre que nous ne sachions déjà grammaire à l’appui. (Tous les propos que vous venez de lire sur la critique de Wittgenstein sont issus d’un texte de Christiane Chauviré  intitulé « Les mirages de l’introspection Wittgenstein critique de James »).

Freud imagina donc seul et sans témoin qu’il y avait des névroses dans son âme, afin de pouvoir les soigner, et se montrer en premier vainqueur de l’inconscient pathogène qu’il avait lui même fabulé pour pouvoir observer ses névroses… Il est permis de penser que même un serpent se mordant la queue n’aurait pu aller aussi loin que lui pour fermer le cercle pour le moins vicieux et pervers, et que c’est à force de se torturer ainsi l’esprit pour y chercher, en vain, une substantifique moelle, que Freud devint enclin à nous faire avaler des couleuvres…

Freud avait donc perçu l’immense danger qui menaçait la crédibilité de son télescope une fois qu’il fut ainsi sortit de sa propre tête d’où il était manipulé par ses propres pensées. Il n’était pas à mettre entre toutes les mains. Ce télescope ne devait donc pas sortir du Monde 2, subjectif et freudien pour risquer de subir les affres et autres assauts du Monde 3 de la connaissance objective. Il fallait donc que chaque prochaine tête dans laquelle il devait être inséré, fut le plus possible semblable à la sienne. Des initiés, un Comité Secret, une bague d’alliance, et d’autres rites sectaires (H. Ellenberger ; Bénesteau) gage de fidélité absolue, tant par l’esprit que par le corps, étaient devenus logiquement nécessaires. Ainsi, le télescope restait toujours la propriété du Maître, de son Monde 2, à jamais dépendant de sa propre personne, lui qui avait été le premier et unique témoin de l’auto-fabrication de l’œil universel…Et qu’arriva-t-il après la mort du Maître lorsque Lacan entreprit de débarrasser l’auto-analyse de Freud de ce morceau de névrose qui portait un préjudice si décisif à la légende ? « L’œil était dans la tombe et regardait Sigmund »…

Ce télescope n’en tolérait aucun autre, sinon c’eût été avouer clairement que l’Esprit du Maître s’était peut-être trompé, donc avait été pervertit, à sa source, par le Maître lui-même, puisqu’il avait été le seul témoin de sa naissance (Borch-Jacobsen ; Lacan ; Haddad). Le Maître était devenu un "Dichter" (Borch-Jacobsen ; "Le sujet freudien"), voire un Duce, ou une sorte de Führer, ne tolérant personne d’autre que lui et obligeant tous ses initiés, non seulement à porter toujours le même uniforme de l’Esprit, à se promener partout avec cet uniforme au même pas cadencé et avec l’arrogance intellectuelle de ceux qui pensent avoir triomphé sans partage, mais aussi à se muer en "Big brothers" du tout un chacun dans le monde. Tous les "Big brothers", clones de Freud, avaient maintenant pour mission de ramener l’immense troupeau humain sur les chemins humiliants et infantilisants de la reconnaissance de leurs prétendues névroses. La victoire totale de cette véritable blitz krieg de la psychologie qu’avait entamé Sigmund Freud, lançant ses "hordes sauvages" à l’assaut de la civilisation était consommée lorsque d’autres non initiés devenaient à leur tour des "Big brothers" capables de superviser ou de soigner (y compris et surtout contre leur gré) toute brebis égarée qui ne se serait pas encore prosternée devant le nouvel Esprit du temps (Hegel).

Freud et son télescope réussit à concevoir et à mettre en branle un système totalitaire parfait. 

« Les formes de l’organisation totalitaire (…) sont destinées à traduire les mensonges de la propagande, ourdis à partir d’une fiction centrale (…) en réalité agissante ; à édifier, même dans des circonstances non totalitaires, une société dont les membres agissent et réagissent conformément aux règles d’un monde fictif. » (Hannah Arendt. « Le système totalitaire », Seuil, 1972, p. 91).

La fiction centrale de Freud c’est son postulat déterministe faramineux et la théorie de l’inconscient qui lui est associée. Fiction parce que ce déterminisme-là, aussi extrémiste, ne peut avoir aucune valeur explicative, descriptive ou prédictive. Un tel déterminisme ne peut donner lieu à aucune loi causale qui puisse être corroborée ou réfutée par l’expérience. Elle n’a donc aucune prise sur le réel, et ne peut être fondée à partir de lui. Elle est centrale, enfin, parce que comme l’ont remarqué d’autres grands penseurs comme Sulloway, Levy-Strauss, ou Bouveresse, elle organise toute la psychanalyse de la théorie à la pratique thérapeutique fondée sur l’interprétation des associations dites libres, en passant par l’infernale mauvaise foi des freudiens (F. Cioffi) et leur goût immodéré pour les acrobaties rhétoriques (J. Van Rillaer). En effet, comment voulez-vous que quelqu’un qui pense que tout ce qu’il propose se justifie sur la base d’un déterminisme capable d’exclure tout hasard et tout non-sens, ne puisse être éternellement porté à aussi penser qu’il doit aussi toujours avoir raison, et à avoir le dernier mot sur tout…?

Mensonges et propagande légendaire sur le rêve princeps de l’injection faite à Irma (Wilcocks), et sur Anna O. ; mensonges et propagande légendaire sur tous les autres grands cas traités par Freud (Ellenberger ; Crews, Bénesteau ; Borch-Jacobsen ; Van Rillaer ; Wilcocks ;  etc.) ; mensonges et propagande encore sur sa correspondance, sur son auto-analyse, sur ses données cliniques, sur tout. Le mensonge dans le cas de la psychanalyse est à l’image de son créateur : lui aussi, il est pour ainsi dire « total ».

Le prolongement logique de la fiction centrale de la psychanalyse c’est son fameux « télescope », l’auto-analyse et l’interprétation délirante et dogmatique. Enfin, à partir des affirmations d’Elisabeth Roudinesco, laquelle n’hésite pas à déclarer que la France est la chasse gardée de la psychanalyse, et que c’est en France que la psychanalyse a le mieux investit tous les secteurs de la société, nous pouvons considérer que la psychanalyse a bien réussi, en des circonstances non-totalitaires, à édifier une société (qu’elle a donc massivement infiltrée voire infectée) où ses membres agissent et réagissent conformément aux règles de ce monde fictif qu’est le déterminisme psychique absolu et prima faciae de l’utopie totalitaire freudienne et de tous les concepts et autres théories qui en découlent. Cette vision d’un pays si profondément infiltré par la culture freudienne nous est bien confirmée par les propos d’un psychanalyste, Pierre-Henri Castel, dans son livre intitulé « A quoi résiste la psychanalyse ? ». Il écrit : 

« Enfin, il serait trompeur de croire que la langue et la vie de tous les jours, en incorporant tant d’expressions freudiennes dans la justification de nos attitudes psychologiques (Untel refoule, dénie, et pensez aux nuances hystériques qu’on sait si bien détecter dans la sexualité ou l’agressivité d’autrui), prouvent par là le caractère acquis, voire indéracinable du savoir freudien (…) » (p. 3).

Quelle machine bizarroïde que ce télescope freudien… Tout cet attirail engendra, telle une boîte de Pandore, d’autres fictions et tous les autres mensonges. Elle engendra aussi la désinformation et le terrorisme intellectuel pour protéger les légendes dont ils étaient le ciment (Bénesteau). Dans ces conditions, l’indépendance d’esprit et le jugement critique des futurs initiés devaient être exclus, excommuniés, et placés dans les goulags prévus à cet effet (névrosés résistants ; antisémites masqués ; etc.).

« Au centre de ce mouvement [totalitaire], tel un moteur qui lui donne l’impulsion, se trouve le Chef. Il est coupé de la formation d’élite par le cercle intérieur des initiés qui répandent autour de lui une aura de mystère impénétrable correspondant à sa « prépondérance intangible ». (…) Toute sa hiérarchie a été entraînée à une seule fin – communiquer rapidement la volonté du Chef à tous les échelons. Cela accompli, le Chef est irremplaçable parce que toute la structure compliquée du mouvement perdrait sa raison d’être sans ses commandements. (…) La tâche suprême du Chef est d’incarner la double fonction qui caractérise toutes les couches du mouvement – d’agir comme défenseur magique du mouvement contre le monde extérieur ; et en même temps, d’être le pont qui relie le mouvement à celui-ci. » (Hannah Arendt, ibid, p. 101-102).

Revoilà donc notre Freud, au centre de sa propre création et lui donnant toujours l’impulsion parouï-dire (Introduction à la psychanalyse). On retrouve aussi notre cercle d’initiés que Freud constitua, avec des disciples fidèles et soumis. Il fallait aussi répandre la psychanalyse à tous les échelons de la société, puis à la Terre entière comme Freud le dit explicitement lui-même : « ce n’est pas une mince affaire que d’avoir toute l’humanité comme patient » (S. Freud). Et quelmystère impénétrable que cette fameuse et immaculée auto-analyse entourée de tant de glorieuses légendes qui nous ont fait de Freud un génie scientifique, véritable héros de son temps et de ceux à venir ! Quel mystère impénétrable autour de ses archives freudiennes bloquées jusqu’en 2052 et qui furent bloquées jusqu’à il y a peu, pour 2113 (Borch-Jacobsen ; Bénesteau).. Pour le reste on retrouvera sans peine la fonction de nos Big brothers freudiens.

« On appelé les mouvements totalitaires « des sociétés secrètes établies au grand jour ». (…) Les sociétés secrètes, elles aussi, forment des hiérarchies suivant les degrés « d’initiation », elles règlent la vie de leurs membres selon une croyance secrète et fictive qui fait que toutes choses semblent être autres, elles adoptent une stratégie de mensonge cohérent pour tromper les masses non initiées (…) [le] Chef est entouré, ou est censé être entouré, d’un petit groupe d’initiés, eux-mêmes entourés par les semi-initiés qui forment tampon contre l’hostilité du monde profane. » (Hannah Arendt, ibid., p. 103-104).

Comité secret de Freud, cercle d’initiés encore, et on sait aussi que la passe, comme l’écrivait Lacangourou, était en fait l’initiation à la psychanalyse. Une croyance secrète et fictive qui fait que toutes choses semblent être autres, écrit Arendt. En effet, pour les freudiens, tout ce qui n’est pas la psychanalyse de Freud et qui prétend parler des mêmes objets, est autre, c’est-à-dire indigne de respect et de reconnaissance. Et Freud s’employa à constamment discréditer les autres disciplines concurrentes de la sienne pour affirmer sa psychanalyse qui devait être la seule à parler de son objet (Borch-Jacobsen et Shamdasani). Une stratégie de mensonge cohérent…A ce sujet, on doit une étude incontournable à Jacques Bénesteau. Et puis cette hostilité du monde profane ; hostilité légendaire elle aussi dans l’histoire du freudisme, n’est-elle pas constituée de nos névroses de résistances à cette fiction qu’est la théorie de l’inconscient de Freud ? On a enfin l’immense troupeau des semi-initiés dont parle Hannah Arendt, c’est-à-dire tout ceux qui se sont allongés sur le divan et qui annonent que la psychanalyse leur a prétendument sauvé la vie, ou ceux qui ont lu Freud comme on lit un bréviaire que l’on ne doit pas critiquer et qui inondent leur vie et celle des autres par leurs interprétations, leurs mots, leurs gestes, leurs regards devenus freudiens jusqu’à l’os. Tous ceux enfin, et ce sont les pires, qui se permettent de s’occuper de vous, même contre votre gré, qui vous analysent, qui vous psychothérapient, qui vous dégoulinent dessus de leur empathie indisposante et de circonstance, pour mieux assouvir leur soif narcissique et obsessionnelle (…) de pouvoir et de domination. L’on pourrait trouver encore bien d’autres indices de la ressemblance frappante du système freudien avec la description que fit Hannah Arendt du système totalitaire.

La légende freudienne était donc en marche, plus rien ne pouvait l’arrêter. Et les clones de Freud disséminés de par le monde, allaient répéter de manière roborative les milles et unes équations nécessaires au maniement du télescope. Mieux que cela, certains affirmèrent qu’il suffisait désormais de lire les maniements de l’appareil dans quelque livre du Maître pour être, comme lui, possédé par cet appareil, voir comme le Maître, puis devenir, à son tour, un clone du Maître prêt à aller prodiguer les saintes paroles avec la même ferveur, et se faire le Big brother de son prochain, employé à le superviser, si nécessaire contre son assentiment. Suivant l’exemple du Maître ne s’autorisant que de lui-même, les doublures de Freud s’arrogeaient ainsi le droit de s’autoriser aussi d’elles-mêmes, en vase clos, où qu’elles soient, avec n’importe qui, en toutes circonstances, du névrosé à l’individu normal, et maintenant envers et contre tous ceux qui les identifient comme de dangereux charlatans. Comble de l’horreur.

De temps à autre, pourtant, il y avait des défauts dans les négatifs que le Maître plaçait sur l’œilleton de son télescope, comme si soudain ils étaient devenus réfutables. Alors il suffisait à notre génie de se mettre à rêver avec une bonne paluchée de coke pour changer son regard, ce qui modifiait la structure des négatifs pour qu’ils puissent à nouveau lui permettre de lire les faits à partir de leur propre lumière…

Ainsi, la boucle était toujours bouclée. Et les récalcitrants rétifs aux absurdités et autres délires du Maître, eux aussi, pouvaient la boucler…

(Patrice Van den Reysen. Tous droits réservés).








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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.

Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :

"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".

Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".

Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".

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