"(...) Mais si la psychanalyse est tout et n'importe quoi, de quoi parle-t-on à la fin ? Qu'aura donc été la psychanalyse au XX° sicèle ? Rien - ou si peu : c'est précisément parce qu'elle a depuis toujours été parfaitement vague et flottante, parfaitement inconsistante, que la psychanalyse a pu se propager comme elle l'a fait et creuser sa petite "niche écologique", comme dit Ian Hacking, dans les environnements les plus divers. N'étant rien en particulier, elle a pu tout envahir. La psychanalyse est comme le symbole zéro dont parle Lévi-Strauss : c'est un "truc", un "machin" qui peut servir à désigner n'importe quoi, une théorie vide dans laquelle il est loisible de fourrer ce qu'on veut. On objectait de toutes parts à Freud son insistance unilatérale sur la sexualité ? Qu'à cela ne tienne, il a développé la théorie du narcissisme et l'analyse du moi, en empruntant sans le dire à certains de ses critiques (Jung, Adler). Les névroses traumatiques de la guerre de 14-18 avaient montré qu'on pouvait souffrir de symptômes hystériques pour des raisons non sexuelles ? Freud a immédiatement sorti de l'obligeant chapeau de "l'inconscient" une théorie de la compulsion de répétition et de la pulsion de mort. On loue souvent Freud d'avoir su changer ses théories lorsqu'il s'avisait qu'elles étaient invalidées par les faits, mais on confond rigueur falsificationniste et opportunisme théorique. Aucun "fait" n'était susceptible de réfuter les interpréfactions de Freud, il adaptait seulement celles-ci aux objections qui lu étaient faites, selon les nécessités du moment."
(In : Mikkel BORCH-JACOBSEN et Sonu SHAMDASANI, "Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse", éditions Les empêcheurs de penser en rond/Le Seuil, Paris, janvier 2006, pages : 436 - 437).
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Commentaires :
Les choses n'ont pas changé aujourd'hui, et ne le peuvent pas. N'en déplaisent à Jean Laplanche, ou même Adolf Grünbaum et quelques autres, la psychanalyse a toujours été et demeure un corpus théorique irréfutable, qui ne peut admettre aucune sous-classe d'énoncés particuliers susceptibles de la mettre en échec. Cela, à cause non seulement de la structure même de la théorie de l'inconscient (mais cette théorie pour le moins fumeuse, a-t-elle seulement une "structure" et la moindre consistance ?...) et de son association avec l'apriorisme absolu ; mais également à cause du comportement social des psychanalystes, depuis Freud à nos jours, vis-à-vis des faits, de la méthode expérimentale et de ce qu'elle apporte, de l'épistémologie, et des critiques.
Pour s'en tirer, les psychanalystes décontextualisent les critiques et les faits dans d'autres contextes théoriques de circonstance et superfétatoires donc ad hoc, et qui permettent de toute façon à leur théorie de l'inconscient, ou celle du refoulé de toujours retomber sur ses pieds.
En d'autres termes, la psychanalyse n'est capable de ne retenir que "ce qui s'y colle", ou alors elle interprète les faits qui "ne collent pas" à ce qu'elle avance dans le sens de ses théories, ou bien encore bifurque vers d'autres inventions théoriques croquignolesques (non testées et non testables), de manière ad hoc (...), pour absorber et vider de leur contenu toutes les critiques qu'on peut lui adresser.
Ainsi, elle donne toujours l'illusion de pouvoir être assez riche en contenu pour rendre compte de l'infinie complexité de l'être humain et de ses motivations aussi diverses qu'elles puissent être, mais en réalité, elle n'est rien d'autre qu'un jeu de mots. Un labyrinthe d'arguties, de rhétoriques, d'affirmations péremptoires et arbitraires où l'argument et son contraire coexistent en permanence sans jamais s'éliminer mutuellement, ce qui est foncièrement non valide. Par conséquent le contenu descriptif de la psychanalyse sur l'être humain n'existe pas, et il n'a jamais existé. Dès lors, il n'est même plus nécessaire d'évoquer seulement son contenu explicatif, et encore moins un quelconque pouvoir de prédiction sur n'importe laquelle de nos représentations, n'importe lequel de nos rêves, ou une seule de nos motivations.
Selon nous, en premier lieu la psychanalyse doit en majeure partie à l'ignorance de l'épistémologie son succès auprès du public, et par voie de conséquence, à l'ignorance du fait que l'induction et la méthode inductive sur laquelle elle s'appuie massivement n'est qu'un mythe dans la théorie de la connaissance : jamais l'être humain n'a appris quoique ce soit par la méthode inductive, ce fait est démontré de manière indiscutable encore une fois par Karl Popper... En second lieu, et du fait du caractère irréfutable de ses théories, la psychanalyse ne peut rien faire d'autre que de s'appuyer sur un sophisme comme "méthode" (!). Il s'agit toujours du sophisme post hoc ergo propter hoc, comme nous l'avons déjà souligné tant de fois sur ce blog, à partir des travaux de récalcitrants éclairés bien plus avisés que nous sur cette question.
En résumé, voici les principaux défauts rédhibitoires de la psychanalyse : déterminisme trop strict (apriorisme absolu) > irréfutabilité > procédures ad hoc > croyance en l'induction > sophisme post hoc ergo propter hoc > interprétations délirantes.
La psychanalyse est donc éternellement condamnée à l'interprétation, mais dans la pire forme qui soit. L'interprétation sur la base de délires dont la valeur métaphysique est déjà contestable, et qui ne peut jamais être rejetée en tant que telle, puisqu'elle peut toujours s'autoriser des inventions "ad hoc" pour croire les "justifier".
Ce que ne comprend toujours pas la psychanalyse, c'est que la connaissance objective ne prouve pas sa valeur sur la base de "justifications" ou d'interprétations, mais sur la base de tests, qui soit la corroborent, soit la réfutent.
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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".