jeudi 4 décembre 2014

Didier PLEUX. Françoise Dolto (la vieille dame qui marchait sur l'eau), et la déresponsabilisation des élèves.





« Selon Françoise Dolto, un élève en difficulté n’est en rien responsable de ses dysfonctionnements, il exprime un malaise plus profond et, en général, c’est bien la relation aux parents qui est en cause : 

« Ainsi très souvent les troubles scolaires sont le signe d’un profond malaise de la personnalité de l’adolescent en difficulté lié aux données de sa relation avec ses parents. » Et si les parents ne sont pas condamnables, la faute en incombe aux enseignants et à leurs méthodes pédagogiques : « La réforme des méthodes, la transformation des programmes et les procédures d’évaluation sont également préconisées : il importe d’adapter l’école aux enfants. On essaie de substituer à une pédagogie de l’échec une pédagogie de la réussite : en valorisant les bonnes réponses plutôt qu’en pénalisant les mauvaises, en attachant de l’importance au rendement d’un groupe d’élèves plutôt qu’en soulignant les performances individuelles, (…) en essayant d’éviter des redoublements. »

La solution est donc trouvée : éviter les « conséquences », tels les mauvaises notes ou les redoublements, puis élaborer une pédagogie « centrée » sur l’élèves !

Il est évident que nous ne pouvions pas rester au temps de ces pédagogies uniquement centrées sur les contenus et les apprentissages. Oui, il est bon d’interagir avec les « apprenants » et non de poursuivre un enseignement « vertical » qui ne prend jamais en compte la singularité de chacun. Mais, là encore, les pédagogues, influencés par la pensée doltoïenne, vont trop loin. Désormais, beaucoup pensent que tout apprentissage se doit d’être motivant, donc « plaisant »… Certes, nous apprenons tous plus facilement lorsque la matière ou l’enseignant nous conviennent, mais cela reste un leurre pour le reste des acquisitions qu’il nous faut bien digérer. Nous aimons tel instrument de musique, mais le solfège nous rebute, nous voulons exceller dans tel sport, mais l’entraînement est frustrant, nous aimons les mathématiques, mais il faut s’exercer encore et encore, nous nous voulons « littéraires », mais il faut lire et relire aussi les auteurs les moins « motivants ». C’est la réalité de tout apprentissage : le désir de connaissance de l’élève, son désir de « savoir » ne se confond jamais avec le désir d’apprendre, car apprendre est le plus souvent…  « frustrant ». Pour les pédagogues modernes, sous l’influence de Françoise Dolto, peu à peu les rythmes, les efforts, les contenus déplaisants et exigeants vont passer à la trappe. L’idéal eût été de mettre, une fois de plus, le curseur au milieu : une pédagogie nouvelle avec le souci de motiver les apprenants avec des contenues dynamiques, actifs, avec le respect de l’expérimentation et de la singularité de chacun, mais aussi avec la poursuite incontournable de l’acquisition des connaissances parfois frustrante. Aucun apprenant ne peut s’accomplir uniquement dans le plaisir. Mais ce mythe de l’apprentissage dans la joie a encore de belles années à vivre. Ainsi, le ministre de l’Éducation nationale, en janvier 2013, nous écrit un « Apprentissage dans le bonheur » sur le tableau de la clase où il pose pour le quotidien Le Parisien. J’aurais préféré : « Apprendre dans la joie et … l’effort » !

Quant à l’enseignant, rappelons-nous que Françoise Dolto qualifie celui qui se plaint du retard d’un élève en classe de… « nazi ». Là encore, l’autorité adulte soupçonnée de « castrer » l’enfant… L’enseignant doit se remettre en cause et en plus être hiérarchiquement à la verticale de l’enfant qu’il instruit. Après la volonté d’horizontalité en famille, Françoise Dolto défend cette idée d’une autorité des plus démocratiques à l’école. N’oublions pas qu’elle a adopté très tôt les thèses de A.S. Neill pour son école « libre » de Summerhill où les enfants accueillis décident du règlement, des sanctions et ont autant de pouvoirs que les adultes…

« La vraie révolution à l’Éducation nationale n’est pas de doubler le budget mais de changer la mentalité de ses fonctionnaires. Accepter d’être jugé par des plus jeunes, cela vaudrait toutes les réformes. À l’école française, combien d’enfants ont-ils passé leur temps à écrire ces lignes :  « Je ne dois pas interrompre le professeur ? » Françoise Dolto, décidément, n’aime pas l’obligatoire, l’obéissance, le … « frustrant » ! « Ce qui n’est pas donné à l’école est recherché ailleurs que dans l’obligatoire. Le principal défaut de l’instruction publique, c’est d’être obligatoire. Ce qui est obligatoire prend le caractère du travail forcé. Le bagne existe toujours… Dans les esprits. »

D’ailleurs, Françoise Dolto n’hésite pas à nous dire qu’il faut abaisser l’âge de la majorité. Nous savons que l’âge n’a rien à voir avec la maturité, le « syndrome Tanguy » (ces jeunes adultes qui sont incapables de quitter le domicile familial) nous le rappelle tous les jours. Mais, pour la psychanalyste, c’est l’adulte qui empêche l’autonomie, la singularité, la créativité de l’enfant, car son Inconscient, lui, est mature depuis longtemps et ne cherche qu’à s’exprimer librement. « Si on rayait la notion de mineur ? Elle porte avec elle une mentalité rétrograde qui ne fait pas confiance à l’être humain, ni l’adulte, ni l’enfant, dans ses rapports avec les autres. Une mentalité empreinte de peurs, préjugés, intolérance et méfiance. Ce qu’il faudrait c’est que la loi ne s’occupe plus de l’âge. Ne s’occupe seulement que de l’inceste, des relations entre parents proches, frères, sœurs, parents, oncles, tantes, mais qu’il n’y ait absolument rien entre adultes et enfants comme interdiction. »

Et surtout, ne frustrez pas l’enfant. Cet être de « désir », va s’épanouir si nous supprimons toutes les entraves à son expression. Bref, c’est le principe de plaisir que va vivre l’enfant qui va non seulement lui construire un Soi solide, mais qui facilite aussi sa relation aux autres et au réel. Françoise Dolto défend cette idée, absurde car en dehors de toute logique, d’une réalité qui se doit d’être la moins frustrante possible. Nous l’avons vu, elle réagissait aux périodes grises de l’éducation du siècle dernier, mais défendre cette idée de nos jours est anachronique.

À l’heure où l’enfant se voit stimulé dans son unique « principe de plaisir », il est juste de remettre une fois de plus le curseur au milieu : respecter son désir, son plaisir, mais lui enseigner aussi la réalité, avec ses exigences et ses frustrations. Non, l’égoïsme de l’enfant n’est pas à stimuler, l’excès d’ego délite, nous le savons bien, le lien « Soi-Autrui », c’est-à-dire le lien social.

Je suis là encore en totale contradiction avec les idées de Françoise Dolto : « Un enfant, aidez-le à être égoïste ! Non pas que vous lui donniez l’exemple de l’être, mais aidez-le, lui, à être égoïste ! Il deviendra le plus généreux des êtres, s’il pense à ce qu’il désire, s’il va jusqu’au bout de ce qu’il désire, s’il prend le risque de ce qu’il désire… » Et si l’enfant, à force d’égocentrisme – et c’est naturel dans ce cas de figure – devient violent avec les autres, Françoise Dolto y voit une demande d’expression tout à fait justifiée ou le risque d’une future arriération mentale ! « Il vaut mieux que la violence s’exprime physiquement, sinon elle s’exprime somatiquement, dans le corps, et si elle ne s’exprime pas somatiquement dans le corps, elle s’exprime cérébralement par un brouillard qui se met dans l’intelligence de l’enfant. Donc à ce moment-là, c’est l’effet de cette non-agressivité qui le rend arriéré. L’arriération d’un enfant, c’est une agressivité qui n’a pas pu s’exprimer de façon ni motrice ni verbale, et malheureusement il est en bonne santé psychosomatique ». »


(…)


(In : Didier PLEUX, « Françoise Dolto. La déraison pure », préface de Michel Onfray, Éditions Autrement, Paris, 2013, pages : 159 – 164).


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Mon roman, "HOAG, un témoignage du futur":














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Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :

"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".

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