Voici un texte de Georges Politzer, tiré de son livre célèbre, intitulé, "Critique des fondements de la psychologie". (Edition PUF, Quadrige, Paris, mars 2003, pages 186 - 188) :
"(...) Il s'agit essentiellement de montrer qu'à la base du rêve en question se retrouve un montage qui constitue la signification d'un souvenir d'enfance. Mais il résulte de cette constatation même que le montage qui est à la base du souvenir d'enfance est présent dans le rêve, par conséquent l'apparition du souvenir n'apporte pas la révélation d'une réalité psychologique distincte du rêve lui-même, mais permet simplement l'identification du montage actuellement présent dans le rêve tel qu'il est. En d'autres termes, en entrant en possession du souvenir en question, nous n'avons pas arraché le voile qui recouvrait une entité, [l'inconscient] mais nous avons obtenu une lumière nouvelle, une précision décisive sur le problème qui nous occupe. Ce n'est pas notre vision qui s'est déplacée d'une réalité à une autre réalité, mais nous avons approfondi notre compréhension à l'aide d'une nouvelle relation. Si l'on se transporte sur le plan de l'abstraction, on commence par réaliser le rêve manifeste ; on réalisera ensuite le souvenir d'enfance apparu, et on en fera une chose, de telle sorte que le souvenir qui n'était tout à l'heure qu'un instrument de reconnaissance deviendra maintenant la révélation d'une chose, et il faudra alors, d'une part, inventer un schéma mécanique pour expliquer son action et, d'autre part, parler du retour à la conscience d'un facteur qui avait agi inconsciemment.
On ne peut donc pas interpréter les faits de ce genre comme révélation d'un inconscient réellement agissant. Et de nouveau le postulat, intimement lié au réalisme, est antérieur aux faits qui doivent le justifier. [La psychanalyse ne fait que lire les faits à la lumière de ses théories. Par cette méthode, elle ne prouve donc rien...].
L'examen des preuves du postulat de l'antériorité de le pensée conventionnelle nous conduit donc à une conclusion analogue à celle que nous avons obtenue par l'examen des preuves de l'inconscient.
Les faits qu'on cite comme preuves de ce postulat ne sont précisément que les faits déformés conformément à ce dernier.
La première déformation des faits est constituée par la manière même dont on conçoit le rôle de l'analyse. Dans l'esprit de Freud et des freudiens, l'analyse est essentiellement une reconstitution, bien que Freud reconnaisse lui-même que tous les moments de l'analyse n'ont pas une valeur historique. Or, le fait, tel qu'il est constaté, c'est que l'analyse apprend au sujet ce qu'il ignorait auparavant, par exemple le sens du rêve.
Seulement, dira-t-on, c'est le sujet qui a rêvé et c'est lui qui a fourni les éléments nécessaires à l'interprétation ; donc il sait, et comme ce savoir n'est manifestement pas disponible, il sait, mais d'une autre façon inconsciente. Or, il n'y a là qu'une autre déformation qu'on fait subir au fait. Le sujet affirme ne pas connaître le sens du rêve. On ne peut pas accepter cette affirmation, et on dit que le sujet ne sait pas, parce qu'on suppose précisément le récit du contenu latent réalisé, et de nouveau ce ne sont pas les faits qui prouvent ce postulat, mais c'est au nom du postulat que l'on déforme les faits.
Cette constatation n'a d'ailleurs absolument rien de surprenant. Une fois qu'il est établi que le postulat en question est intimement uni au réalisme et à l'abstraction en général, il est naturel qu'on reconnaisse en lui, non pas une constatation empirique, mais un principe a priori. Et il aurait été même absolument inutile d'insister sur ce point si les psychanalystes n'avaient pas pris l'habitude de présenter l'inconscient comme une hypothèse que les faits nous imposent immédiatement."
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Commentaires :
La théorie de l'inconscient de Freud et des psychanalystes, n'a donc jamais été une "hypothèse", selon l'usage qui est fait de ce mot dans les véritables sciences. Le déterminisme spécifique revendiqué durant toute sa carrière par Sigmund Freud, et à sa suite, par les psychanalystes, pose donc cette "hypothèse" comme un dogme absolu permettant toujours de lire les faits qu'à partir de ce qu'elle énoncé a priori.
Ensuite, excluant tout hasard et tout non-sens, elle transforme l'ensemble de la doctrine freudienne en un apriorisme absolu diamétralement opposé à toute démarche scientifique.
La psychanalyse n'est pas même un ensemble de théories susceptibles d'être réfutées ou corroborées par l'intermédiaire de tests extracliniques et indépendants, tant que les psychanalystes n'abandonnent pas "l'erreur princeps" : le déterminisme psychique, prima faciae et absolu.
Pourraient-ils abandonner cette erreur ? Cela impliquerait de renoncer à leur croyance fondamentale : celle d'un "psychisme-roi", entièrement maître du sujet, via le refoulé. Une théorie du psychisme soi-disant capable de rendre possible l'investigation des associations "libres" (...!) de tout être humain. Il faudrait renoncer à croire que les patients doivent dire "tout ce qui leur passent par la tête" pendant l'analyse...Que "tout" (...) se ramène, soit-disant à des conflits, des complexes psychosexuels refoulés, etc., et qu'il est possible, via les verbalisations (si elles n'étaient pas suggérées...) des patients, de faire remonter à leurs consciences autre chose que des... faux souvenirs (...) ou de pure fictions suggérées par l'analyste. C'est-à-dire de vrais souvenirs précis d'enfance, tels qu'ils ne soient pas déformés pour la circonstance ou purement et simplement co-fabriqués, (ne serait-ce que par le fonctionnement normal de la mémoire du sujet), et "habillés" de telle sorte qu'ils cadrent toujours aux besoins de l'interprétation de l'analyste.
Mais, selon Daniel Widlöcher, la situation du divan, serait en plus, le "laboratoire" de l'analyse! Son lieu privilégié de recherche et de validation de ses théories! Bien d'autres psychanalystes, et plus récemment Nicolas Georgieff, reconnaissent eux-mêmes qu'il est tout à fait impossible de créer, dans ce cadre-là, les conditions qui soient favorables à l'administration correcte d'une preuve indépendante du psychisme inconscient, tel que l'entrevoient les psychanalystes. Parce que le "chercheur" et son patient, sont nécessairement et constamment en relation intime. Leurs psychismes inconscients seraient même en communication (ce qui est parfaitement délirant) dans une relation dénommée "co-psychique" qui deviendrait alors, le véritable objet de recherche pour la psychanalyse. Objet de recherche, qui, selon certaines ambitions pourrait même être validé par les neurosciences, quoique de récents travaux permettent de valider une relation de conscience à conscience, mais c'est épistémiquement impossible sur la base d'une théorie de l'inconscient qui exclut tout hasard et tout non-sens.
(Avant de prétendre en la viabilité de cette relation "copsychique" inconsciente, il faut d'abord avoir corroboré de manière indépendante l'inconscient individuel d'un sujet pendant la cure. Que ce soit celui d'un analyste ou d'un patient. Il faut répéter que c'est tout à fait impossible, tant que les psychanalystes n'abandonnent pas ce qu'ils ne peuvent, du reste, abandonner : le déterminisme psychique prima faciae et absolu.)
(Patrice Van den Reysen. Tous droits réservés).
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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".