vendredi 5 décembre 2014

Georges POLITZER. L'échec du réalisme freudien, vers la fiction de la psychanalyse.













Pages 133 – 134 :

« Freud aime à répéter, à la manière des physiciens, que ses théories ne représentent que des manières de parler commodes, et qu’il est prêt à les abandonner pour une représentation plus commode. Il pourrait certes, dire la même chose des théories précédentes. Or, les théories en question ne sont « commodes » que précisément si l’on travaille avec les évidences de la psychologie classique et en tout cas aucune expression qui oriente vers des voies sans issues ne peut être « commode ». Car, étant abstraites, elles invitent seulement à édifier des mécanismes « psychiques » qui, pour être réalistes, n’en sont pas moins irréels. En effet, aucune réalité psychologique ne peut être reconnue au « déplacement des intensités psychiques » ou à la « désagrégation de la pensée », car les processus en question sont des processus en troisième personne : l’explication va « de la chose à la chose », elle implique l’action de la représentation, voire l’action de son intensité, ce qui implique ou de son intensité pour elle-même, et comme seule l’action du sujet peut être réelle, les théories en question sont psychologiquement impossibles. Freud commet donc bien la faute classique :  il décompose l’acte du sujet en éléments qui, tous, sont au-dessous du niveau du « je » et veut ensuite reconstituer le personnel avec l’impersonnel – ou, si l’on aime mieux, il fait des hypothèses de structure, alors que les hypothèses de structure lui sont défendues, et il les construit conformément au schéma réaliste, c’est-à-dire en projetant dans la « réalité interne » sous sa forme général, ce qui ne peut entrer en ligne de compte que pour éclairer l’acte du sujet. »

[Mais, comme l’initie Politzer, Freud ne peut que tricher avec le « réalisme » qu’il convoite tant, et qu’il ne fait que singer, de manière, il est vrai, géniale. Mais c’est une duperie, et hélas, une duperie « qui a marché »].

Page 135 :

« La pensée de Freud est mue non par des nécessités inhérentes à sa doctrine, mais par des contingences purement temporelles. Il faut qu’il combatte la théorie qui fait du rêve une anomalie en montrant à sa base des processus réguliers qui en font « un fait psychologique au sens plein du mot », mais le malheur est qu’il se croit obligé de montrer que ces processus s’expliquent par « les lois ordinaires de la psychologie », c’est-à-dire par de drames impersonnels. Il se crée ainsi un abîme entre l’attitude pratique et l’attitude théorique du psychanalyste. Le psychanalyste fonde, en effet, des démarches vraies sur des principes faux en traduisant ses découvertes fécondes dans des schémas parfaitement stériles. C’est ce qui explique que la distance entre les faits et les explications soit si grande, et qu’elle ne puisse être comblée que par une très grande ingéniosité. On introduit ainsi au sein de la psychanalyse une contradiction interne qui éclate à chaque instant. »

Page 159 :

« A la faveur du prestige dont jouit l’inconscient, les psychologues croient volontiers que, dans les faits qui sont cités habituellement comme les preuves de l’inconscient, ce dernier apparaît d’une façon si directe et si immédiate qu’il est même plus indiqué de parler de constatation que d’hypothèse. S’il en était ainsi, si l’inconscient était réellement une constatation, ou au moins une hypothèse écrite dans les faits eux-mêmes et par conséquent irrésistible, nous n’aurions évidemment rien à dire. Et inversement,  tant que cette croyance subsiste, on peut se méfier avec raison de toute critique de l’inconscient. Voilà pourquoi il est indispensable de montrer par une revue aussi générale que possible qu’il y a entre les faits d’une part, et la notion d’inconscient d’autre part, une distance assez grande pour qu’il soit possible de parler de déformation et de poser ensuite le problème de la légitimité de cette dernière. En d’autres termes, il faut commencer par montrer rapidement que les faits cités comme preuves de l’inconscient ne le deviennent que grâce à un certain nombre de démarches et d’exigences qui se trouvent être précisément celles qui constituent l’abstraction. »
[En d’autres termes, Politzer, va démontrer que l’inconscient, n’est nullement une « hypothèse », mais un dogme a priori. Un dogme « abstrait », donc métaphysique, ce qui, contrairement à ce que croyait Freud, ou plutôt ce qu’il voulait faire croire, ne permet pas de le « constater indubitablement », à partir de faits, puisque ces derniers ne peuvent être que déformés, ou purement et simplement fabriqués, grâce à la structuration même de l’abstraction dogmatique et absurde qui permet toujours de les lire…Freud a donc totalement échoué dans son projet « réaliste » : montrer la « réalité » des faits et autres « instances psychiques » qu’il a échafaudés.].

Page 161 – 162 :

« (…) Mais on voit (…) que l’ignorance du sens du rêve par le rêveur ne prouve l’existence de l’inconscient que si c’est la pensée actuellement réelle qui déborde la pensée actuellement consciente. Or, l’existence de cette pensée qui déborde le contenu manifeste du rêve ne nous est révélée que par le contenu latent et celui-ci ne nous révèle une « pensée » que dans la mesure où on le réalise. Par conséquent, l’ignorance n’est une preuve de l’inconscient que considérée à travers le réalisme, c’est-à-dire uniquement parce qu’on ne la considère pas comme une privation pure et simple – car dans ce cas elle ne saurait prouver aucune présence sous quelque forme que cela soit – mais comme relative à une absence qui n’intéresse pas tout le psychique, mais seulement le psychique conscient. Il doit être sous-entendu que ce qui est ignoré existe réellement lui aussi, mais comme il n’est pas conscient, il doit être inconscient. Ainsi l’ignorance du sens du rêve par le rêveur n’est pas considérée, en elle-même, une preuve de l’inconscient, elle ne devient « preuve » qu’indirectement et grâce à l’exigence réaliste. (…) La disponibilité des souvenirs n’est pas, elle non plus, la preuve immédiate d’un inconscient latent, puisqu’elle n’impose cette hypothèse que grâce à l’exigence réaliste.»

[Donc, Freud commet une erreur rédhibitoire : toute sa méthode est fondée  par  une croyance dans le bien fondé d’un positivisme le plus  naïf qui soit, puisqu’il prétend que sa démarche soi-disant réaliste serait viable à partir de la « constatation ». Autrement dit, pour Freud, la connaissance des faits procède par « constatation directe » (voilà bien le contraire de ce qu’affirmait JAM, à propos de ce nous apprendrait la psychanalyse !...) : les faits « évidents », tombent directement sous l’œil de l’observateur, sans qu’une « abstraction » de départ, n’en guide jamais le relevé. Freud échoue donc totalement dans son projet « réaliste » de prouver l’existence de la « réalité » de l’inconscient.].

Page 170 :

« Au réalisme, il faut cependant ajouter le formalisme fonctionnel. Car si l’exigence réaliste peut sembler naturelle au point qu’on a l’impression de ne faire, en introduisant la notion d’inconscient, qu’obéir aux faits, c’est que ces derniers sont déjà présentés de telle manière qu’à partir de cette présentation la démarche réaliste et, par conséquent, l’hypothèse de l’inconscient semblent inévitables. »

[Freud fait tout, pour que sa théorie de l’inconscient, soit toujours confirmée par les « faits », sans se douter qu’il en fait une théorie irréfutable, d’ailleurs conformément à sa croyance délirante en un déterminisme psychique prima faciae et absolu.].

Page 176 :

« (…) Mais comme le réalisme est une démarche arbitraire [telle qu’elle est revendiquée et employée par Freud], les entités psychologiques qui doivent représenter les doubles « ontologiques » des significations sont entièrement fictives. Ce caractère fictif au plan ontologique ne peut pas apparaître lorsque les deux plans coexistent, car c’est précisément la présence effective de la signification qui est interprétée comme la présence d’entités psychologiques. Mais lorsqu’on est amené, pour expliquer la disponibilité des souvenirs par exemple, à poser à part le terme fictif, le réalisme empêche les psychologues de s’apercevoir de la fiction et celle-ci transposée conformément au réalisme apparaît comme « inconsciente ». Bref, le terme inconscient n’est que la traduction du fait qu’il s’agit d’entités psychologiques purement fictives. »


(In : Georges Politzer. « Critique des fondements de la psychologie ». Edition du PUF, Quadrige, 1968).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.

Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :

"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".

Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".

Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".

Archives du blog