Un extrait :
"(...) La psychanalyse freudienne, même si elle se veut une psychologie, repose en dernière instance sur des notions biologiques. Comme l’a montré l’historien Frank Sulloway, les concepts de « pulsion », de « libido », de « bisexualité », de « sexualité infantile », de « perversion polymorphe », de « narcissisme », de « stades » libidinaux, de « régression », de « refoulement » s’enracinent tous dans des hypothèses biogénétiques que Freud partageait avec les biologistes et les sexologues de son temps. Or il suffit de lire le moindre texte de Lacan pour constater qu’il rejette hautainement ce biologisme, comme le positivisme qui l’accompagnait. Tout le sens du « retour à Freud » a été de reformuler les concepts freudiens pour leur faire dire à peu près le contraire de ce qu’entendait leur créateur. La pulsion n’est pas l’instinct, le phallus n’est pas le pénis mais le symbole de son absence. Et ainsi de suite.
Cette débiologisation s’inspire d’une philosophie bien précise, que Lacan avait apprise durant les années 1930 en suivant les cours d’Alexandre Kojève sur la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. Il s’agit d’une philosophie du sujet adossée à une « ontologie dualiste » qui distingue fermement l’être naturel – réel, objectif, donné, statique, matériel, identique à soi – de l’être humain, défini comme négativité radicale. Dans la lecture anthropologique de Hegel que proposait Kojève, le sujet ne devient véritablement humain que lorsqu’il nie tout ce qui le rattache à la nature – son corps biologique, vital, animal – et se met à désirer un « objet » non naturel, un non-objet : le désir d’un autre sujet humain. « Dans le rapport entre l’homme et la femme, expliquait ainsi Kojève, le Désir n’est humain que si l’un désire non pas le corps, mais le Désir de l’autre, s’il veut “posséder” ou “assimiler” le Désir pris en tant que Désir. » Le désir humain est un désir du désir de l’autre, un désir d’aucun objet, et c’est pourquoi il se manifeste et se fait reconnaître comme tel dans une « lutte à mort de pur prestige » où l’homme met en jeu sa vie biologique de façon purement gratuite et « souveraine », comme disait aussi Georges Bataille, pour rien. (...)" (Mikkel BORCH-JACOBSEN).
* * *
(Sur l'affaire Sophie ROBERT et sa condamnation par le tribunal de Lille).
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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".