« (…) Pourtant, plus encore que le caractère souvent très arbitraire, voire absurde de ses thèses, ce qui est le plus propre à nous convaincre que Freud a tout faux sur le sujet, ce sont les analyses de rêves qu’il nous propose pour les illustrer et établir leur validité. Car, faisant continuellement appel à des associations saugrenues et à des symboles rocambolesques, elles atteignent sans cesse à un degré de gratuité et d’extravagance tout à fait extraordinaires. Freud se comporte comme un magicien qui, grâce à divers artifices et à tout un attirail d’objets truqués, transforme n’importe quoi en n’importe quoi. Et il a beau avoir mis au point toute une série de tours de passe-passe qui lui permettent de donner à tous les rêves le sens qu’il veut à tout prix leur donner, il n’arrive pour ainsi dire jamais à nous proposer des interprétations qui illustrent l’ensemble de ses thèses. Il leur manque, en effet, toujours quelque chose : tantôt on y cherche en vain un souvenir d’enfance, tantôt on n’y retrouve aucune réminiscence des événements de la veille ou des jours précédents, tantôt on n’arrive pas à voir pour quelle raison le désir que Freud a cru y déceler aurait été refoulé comme il le prétend, tantôt enfin on n’y découvre nulle trace de la réalisation d’un quelconque désir, exception faite, bien sûr, de l’hypothétique désir de continuer à dormir.
Au total, Freud ne nous raconte guère sur le sujet du rêve que des histoires à dormir debout et l’on se demande sans cesse si Sigmund Freud se fout du monde ou s’il marche sur la tête. Il est difficile de trancher mais, tout compte fait, je choisirai plutôt la seconde hypothèse : si Freud a tout faux, c’est parce que Sigmund est fou. Je ne veux pas dire par là que Freud est un malade mental. Sa « folie » n’est pas une véritable folie : son origine n’est aucunement organique, mais purement psychologique. Freud et ses disciples prétendent que tous les troubles mentaux ont des causes psychologiques, alors même que, comme l’autisme, ils sont uniquement dus à un dérèglement cérébral d’origine génétique ou à une dégénérescence neuronale qui peut être provoquée par une maladie, comme la syphilis. Freud a passé sa vie à essayer de guérir les autres par une méthode purement psychologique pour des troubles psychiques qui, lorsqu’ils n’existaient pas seulement dans son imagination, comme dans le cas du petit Hans, avaient sans doute une origine physiologique, et il n’a pas su déceler le seul cas de « folie » purement psychologique qu’il ait peut-être effectivement rencontré, celui, du moins, qu’il n’aurait pas dû ne pas détecter, puisqu’il était mieux placé que personne pour le faire, et qu’il avait eu toute la vie pour l’observer, puisque le patient en question s’appelait Sigmund Freud.
À propos du fameux épisode de Turin qui a vu Nietzche se jeter en pleurant au cou d’un cheval que son maître frappait et qui fut la première manifestation de sa folie, Roland Barthes a dit qu’il était devenu fou « pour cause de pitié ». C’était là un propos typiquement barthésien, c’est-à-dire parfaitement stupide, puisque la folie de Nietzche était une véritable folie, d’origine purement organique, causée par la syphilis, comme celle de Maupassant, de Schumann, d’Hugo Wolf et de beaucoup d’autres. Cela dit, il ne me semble pas impossible que l’on puisse devenir « fou », au sens large et je n’en connais pas d’exemple. En revanche il me paraît tout à fait évident qu’on peut le devenir pour cause d’orgueil et c’est sans doute le type de « folie » d’origine psychologique le plus répandu.
La forme la plus poussée en est sans doute celle que l’on rencontre chez certains esprits profondément religieux. Ce qui m’a frappé, en effet, chez les mystiques chrétiens que je connais le mieux, c’est un orgueil incommensurable qui semble être, sinon le seul, du moins le principal moteur de leur « folie ». Thérèse d’Avila passe son temps à affirmer qu’elle se regarde comme la plus misérable de toutes les créatures. Mais cette protestation d’extrême humilité serait plus convaincante si elle ne passait pas son temps à dire également que l’humilité est la plus grande de toutes les vertus et que l’on est d’autant plus proche de la perfection qu’on se regarde comme plus misérable. Peut-on imaginer un orgueil plus grand que celui qui lui fait croire que le fils unique de Dieu la choisit pour épouse et, après ne lui avoir adressé assez longtemps, sans doute par timidité, que de rares et très brèves paroles, se met peu à peu à lui parler bien plus souvent et beaucoup plus longuement qu’il ne l’a jamais fait avec personne d’autre, que Dieu le Père lui témoigne beaucoup de bienveillance, sans parler, bien sûr, de la Vierge Marie, que les saints de la foule des anges ne cessent de lui faire fête, que le Saint-Esprit lui-même, sans se départir de sa réserve habituelle, ne peut s’empêcher de lui témoigner discrètement son estime ? L’orgueil de Mme Guyon n’est sans doute pas aussi grand que celui de Thérèse d’Avila. Elle n’en est pas moins convaincue que Dieu pense à elle du matin au soir et du soir au matin et intervient continuellement dans son existence. Si, lorsqu’elle se lève, elle ouvre ses volets sans se pincer les doigts, elle se croit obligée d’en remercier Dieu qui a veillé sur elle ; si, au contraire, quelques instants plus tard, elle trébuche sur le seuil en sortant de sa maison, elle se persuade aussitôt que Dieu l’a voulu pour lui rappeler, avant qu’elle n’aille vaquer à ses occupations, que tous les hommes sont pécheurs et exposés à tomber. Thérèse de Lisieux elle-même, que l’on présente volontiers comme l’incarnation de la modestie, nous dit que son rêve n’est rien moins que d’être « tout ». Au cœur de la « folie » de beaucoup de grands mystiques, il y a le désir d’être le centre du monde. »
(In : René POMMIER, « Sigmund est fou, et Freud a tout faux », éditions de Fallois, Paris, 2008, pages : 167 – 170).
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Brefs commentaires (un peu "hors-sujet) :
Les psychanalystes ne sont que des "réducteurs de têtes"... Il y a du "tribalisme" dans tout ça. Pour me comprendre, j'ai fait exprès de mettre ce texte à l'acide de René Pommier, pour voir comment ils m'inciteraient ou me suggèreraient à "me reconnaître" dans la critique de l'auteur. Mais je ne m'y reconnais pas du tout, et il n'y a aucune raison pour que je m'y reconnaisse. Et je sais lire. Il leur est toujours possible d'invoquer "l'inconscient", ou une prétendue "résistance inconsciente" et bla-bla-bla. Mais quel peut bien être le moteur, ou la motivation qui puisse donner un contenu à leurs incitations ? C'est tout simple, et c'est toujours pareil : eux-mêmes, pas moi. Eux-mêmes, et leurs propres "filtres" de représentations ; à partir de ce qu'ils sont vraiment. Ils pensent se poser en sources d'identification au cours de leurs "thérapies", parce que précisément il leur faut se poser dans un tel statut pour trouver la voie et le moyen de venger leurs blessures narcissiques. (Je ne m'étendrais pas une nouvelle fois sur tout ce processus, je l'ai déjà fait à de multiples reprises, dans d'autres billets).
Mais moi, l'auteur de ce blog, je n'ai strictement aucune "blessure narcissique à venger". Cependant, je me suis dit ceci : pourquoi ne pas les titiller un peu, à mon tour, pour voir comment ils réagissent ? Et bien j'ai obtenu ce que je voulais : ils sont narcissiques, se prennent pour le nombril du monde, et continuent de croire que mes pensées, mes motivations sont toutes productrices d'actions qui iraient dans le but de les "solliciter", ou de me faire observer par eux! La façon dont ils choisissent le "contenu" de leurs incitations, n'est que le "copié-collé" de leurs propres mentalités, de leur propre négativité, de leurs représentations, leurs préjugés, etc., rien d'autre.
Bref, ils sont complètement jobards, et pensent que je dois l'être aussi, mais c'est là qu'ils se trompent. Je me fiche d'eux, depuis toujours, et aujourd'hui encore tout ce qu'ils peuvent penser est vraiment le cadet de mes soucis.
Ces gens-là ne veulent ni ne peuvent toujours pas admettre toute la richesse des motivations et des représentations ainsi que leurs changements, lesquelles peuvent occasionner une multitude de trains de pensée dans la tête d'un seul individu au cours par exemple d'une seule journée, ou même seulement d'une minute à l'autre. C'est pour cela qu'ils croient avoir trouvé dans leur psychanalyse, une machine à réduire cette complexité qui les terrorise en fait, parce qu'elle échappe constamment au déterminisme délirant de leurs théories.

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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".