vendredi 5 décembre 2014

Jacques BÉNESTEAU. Freud et la cocaïne.





Freud et la cocaïne…

Hélas, cher(e)s récalcitrant(e)s éclairé(e)s, impossible de restituer ici, l’intégralité du chapitre 8 du livre de Jacques Bénesteau : « Mensonges freudiens. Histoire d’une désinformation séculaire ». Mais nous venons de le relire, ce chapitre, parce qu’il est l’un de ceux qui nous aura le plus marqué. Cependant, on vous garanti que si l’on cherche à s’informer sur les diverses turpitudes morales du grand génie de la psychanalyse, le livre de Bénesteau offre, l’embarras du choix…

Ce livre, est une véritable mine d’informations et, il faut le souligner, de références précises « indiscutables » comme l’avait justement écrit Elisabeth Roudinesco ce qui ne l’empêcha pas de fabriquer de toutes pièces une phrase au contenu antisémite pour mieux l’en accuser. Pour une « historienne », voilà un procédé plus que « discutable » de respect des faits. Quant aux conséquences qui s’en suivirent, nous les connaissons tous, ici, elles sont tout bonnement lamentables tout autant qu’inquiétantes.

Mais ce chapitre 8…

Il s’intitule : « La potion magique ». Il traite des rapports plus que scabreux de Sigmund Freud avec cette substance dans la dangerosité fut pourtant identifiée bien avant qu’il n’en fasse une consommation personnelle qui, aujourd’hui, lui aurait valu, à coup sûr, une incarcération pour des longues années, dans un frigo obscur de haute sécurité. Quoique pour l’obscurité, il n’aurait pas été trop dépaysé.

Nous ne citerons que quelques passages de ce fameux chapitre (mais lisez donc tout le livre, vous ne serez pas déçus, mais seulement choqués si vous ne l’avez pas encore ouvert).

Freud, avec la cocaïne, a raté le coche. Le coche d’une authentique et mérité célébrité scientifique, en découvrant les propriétés analgésiques de la substance, chose qui fut réalisée par Karl Koller en 1884, dans son laboratoire de Striker, en relativement peu de temps, et qui lui valu très rapidement une renommée internationale et scientifique, le rêve de Freud…

Oui, en « relativement peu de temps », le génial Karl Koller était parvenu à ses fins, sans tricherie, sans construire aucun mensonge, et sans avoir besoin de désinformer ou de traiter ses adversaires de « névrosés », de malades, d’antisémites, etc.

Mais Freud, lui, ne voulait pas en rester là. Alors, il s’essaya, encore une fois, à la méthode expérimentale, et voici le récit que nous livre Jacques Bénesteau, et qui, une fois encore, nous en dit long sur les capacités « scientifiques » de Sigmund Freud, sinon sur une certaine médiocrité intellectuelle.


Page 145 :

« Dès le 9 novembre jusqu’au 4 décembre 1884, Freud entreprit avec ardeur une série d’expériences pour évaluer les effets de l’alcaloïde dans la force musculaire grâce au dynamomètre d’Exner, dont il fut lui-même le seul sujet absorbant de copieuses rasades de décoction cocaïnique. Ses résultats, inutilisables car la confrontation avec d’autres travaux était définitivement impossible, furent publiés le 31 janvier 1885. Les éructations du sujet Freud sont notées en détail à chaque fois. Mais on cherche vainement le rapport entre les doses de cocaïne ingérées (on en ignore l’unité) et les variations de la force, d’une part, et, d’autre part, les relations qu’il dit découvrir entre la force et la courbe des températures (aucune mesure thermométrique).

C’était le travail d’un amateur, bâclé dans l’urgence du besoin de se racheter et de rattraper le temps perdu. L’indigence de la méthode, étonnante au regard des standards de la médecine expérimentale de l’époque [il aurait dû, quand même, feuilleter un peu les livres de Claude Bernard sur le sujet, avant de se lever du pied gauche…], la rendait totalement non reproductible, donc invérifiable. « la technique en était trop simple, l’exposé incertain et fait sans esprit critique. C’était l’œuvre d’un débutant ordinaire », reconnaît son biographe attitré. Et un nouvel échec aussi, dans l’unique « expérimentation » qu’il ait entrepris seul. 

Enfin, Freud rapporte que « Karl Koller conçut, indépendamment de mon effort personnel, l’heureuse idée de provoquer une anesthésie et une analgésie complète de la cornée et de la conjonctive au moyen de la cocaïne dont on connaissait depuis longtemps l’effet neutralisant sur la sensibilité de la muqueuse ». Donc, tout le monde le savait. L’auteur rappelle également qu’il avait lui-même attiré l’attention de ses lecteurs sur l’intérêt de la substance en anesthésie dès son premier article paru en juillet 1884, avant la découverte en question. Si l’on réfléchit bien aux sous-entendus, Koller, en définitive, avait cueilli sans effort le fruit d’une plante que d’autres firent pousser à sa place, et Freud faisait partie de ces jardiniers précurseurs. Admettons. Mais, avant Karl Koller, personne n’avait signalé l’effet de la substance sur la cornée. L’autre implication de sa rhétorique est qu’il faisait à ce moment un « effort personnel » dans la même direction que Koller, ce qui est simplement faux. Sigmund Freud n’avait rien cherché et n’avait rien trouvé. »


Ensuite, on découvre que Freud, malgré de multiples efforts pour obliger ses biographes (dont Fritz Wittels) non seulement à se taire sur le fait qu’il n’était pas le découvreur des propriétés analgésiques de la cocaïne, mais aussi à réviser leurs écrits qui le dépeignaient comme « un héros doté du « complexe de Jéhovah », objet d’un culte fanatique, un despote intolérant, incapable de reconnaître ses erreurs, coupable de légèreté avec la vérité historique, et responsable d’exécutions sommaires des opposants (…) », va s’acharner à s’octroyer une part, sinon, tout le gâteau. Par exemple, dans une lettre adressée à un neveu d’Emma Eckstein en 1909 – 1910, Freud déclarera avoir été à l’origine de la découverte de l’anesthésique !

Et comme si cela ne suffisait pas, (bien que n’ayant strictement rien découvert, étant trop nul, en méthode expérimentale), il affirmera, en 1934, dans une lettre au professeur J. Meller, et de manière tout à fait explicite avoir transmis son idée à Karl Koller !

Mais…il y a beaucoup plus grave encore…

« Le troisième fléau », sous-chapitre.

Jacques Bénesteau nous retrace la tragique histoire d’un des amis de Sigmund Freud : Ernst Fleischl von Marxow qui souffrait d’une addiction à la morphine suite à d’épouvantables douleurs succédant à l’amputation partielle d’un pouce. Freud, pour « soigner » son ami, décida donc de lui administrer de doses de plus en plus conséquentes de … cocaïne, mais avec la même exubérance et incompétence que pour ses « recherches expérimentales ». Ce n’est que le début…

Le fin mot de cette horrible histoire, c’est que Freud, qui connaissait parfaitement l’état de plus en plus délétère de son ami, suite aux injections de cocaïne qu’il lui recommandait, prétendra, avec forces conférences, l’avoir guéri ! (Même procédé que pour « Anna O. » le premier « malade princeps » de Freud, qui n’avait nullement guéri grâce à la « talking cure » de…Josef Breuer, et dont pourtant Freud présentera comme un succès éclatant, à partir duquel il « performera » tous les autres « grands cas », comme le démontre aussi Mikkel Borch-Jacobsen).

Voici maintenant comment s’est terminée l’affaire von Marxow :

P . 161 :
« Après avoir enduré d’horribles souffrances pendant des années, Ernst Fleischl von Marxow mourut misérablement le 22 octobre 1891,  45 ans. Son portrait orna le mur du cabinet de Freud jusqu’à la fin. Mais dans le seul courrier intime de Freud qui nous soit parvenu complet de cette époque, celui adressé à Fliess, on ne trouvera pas un mot de sa main après la perte de son tragique ami, et il ne rédigea aucune notice nécrologique ni de simple hommage, malgré l’importance du personnage, alors qu’il avait l’habitude d’honorer la mémoire des chers disparus croisés dans sa vie ».


(In : Jacques BÉNESTEAU. "Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire." Editions Pierre Mardaga, Sprimont, 2002).






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.

Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :

"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".

Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".

Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".

Archives du blog