vendredi 5 décembre 2014

Jacques BÉNESTEAU. La psychanalyse, une contrefaçon... pour tout contrefaire.








"Les assauts de la philosophie des sciences et de l'épistémologie contemporaines, surtout depuis 1984 avec Adolf Grünbaum, n'ont pas - pas plus que la démonstration, répétée ces dernières décennies, des fabrications mensongères de Sigmund Freud et de ses catéchumènes - atteint l'édifice alors qu'ils eussent été fatals à n'importe quel autre candidat à la science. D'ailleurs, les psychanalystes les ignorent et n'ont pas répondu à un seul argument crucial. En réalité, la question ne se pose plus actuellement de savoir si la psychanalyse est une science, même très molle, car elle n'a jamais eu ni fait ni méthode. Elle s'est soustraite aux réalités et n'a fondamentalement rien à voir avec une science : fantasme qui prétend que la science n'est que fantasme, elle est une chimère ayant bifurqué il y a un siècle et pris son indépendance évolutive irrémédiablement étrangère aux faits. Au regard de la science, dont s'est toujours réclamé Freud, la psychanalyse n'est pas morte : elle n'est tout simplement jamais née.

(...)

Depuis un siècle, le freudisme est une fantastique machine destinée premièrement à conforter les fantasmes des psychanalystes ; deuxièmement à extraire les malades de leurs réalités, et à leur suggérer qu’ils appartiennent à une autre ; troisièmement à persuader les psychothérapeutes en formation et le public que l’interprétation freudienne est toujours plus vraie que les faits. La psychanalyse est enfin une formidable rhétorique de mensonge destinée aux lecteurs et une altération permanente des évidences communes à l’intérieur de la relation thérapeutique, tout en assurant qu’il ne s’agit pas d’une manipulation de l’information.

C’est là sans doute que le freudisme arrogant a été réellement efficace a déployé son vrai talent : dans la dissimulation de son indigence factuelle, clinique et thérapeutique. La rhétorique freudienne a contrefait la récolte et la description des données initiales, a falsifié les justifications de ses interprétations généralisées à toute l’humanité y compris à ses vestiges préhistoriques, a trompé sur l’efficacité de son traitement, a menti sur les sources étiologiques, et enfin a déformé sa propre histoire dans une extraordinaire propagande de masse, qui se poursuit, visant à faire croire qu’elle ne désinforme pas, qu’elle détient le secret du péché originel, et qu’elle est immunisée contre toute critique du monde normal. Plus le mouvement a été valorisé dans les médias et les cultures, plus la persuasion était aisée, moins on eut recours aux évidences.

Dans un dernier avatar, croyant comme toujours se soustraire aux critiques et aux exigences de la raison, vis-à-vis desquels elle s’imaginait par nature et privilège exclusif protégée, la psychanalyse s’est enfin baptisée « vérité narrative ». Le déterminisme des comportements humains normaux ou pathologiques échappe à toute appréciation pragmatique car la réalité concrète des événements biographiques n’aurait pas d’importance dans l’organisation et la personnalité ni dans ses troubles, pas plus qu’elle n’aurait de poids dans les psychothérapies. Le freudisme auto-proclame son territoire défini par des règles privées qui le réduiraient à une sorte de matière verbale, une vibration de l’atmosphère prenant du sens par sa répétition, persuadant simultanément l’analysant et l’analysé soudés l’un à l’autre par une vérité intersubjective, mais étrangère aux lois de l’objectivité scientifique et de la connaissance sensible.

Ainsi, pendant l’analyse, au fur et à mesure « que les associations et les interprétations sont insérées dans le récit en train de se développer, elles deviennent vraies en devenant familières et donne un sens aux parties disjointes de la biographie du patient ». En fait, peu importe que les interprétations soient vraies, fausses, ou délibérément fabriquées. Elles sont « insérées » par la manipulation de l’analyste et « deviennent vraies » … si elles ne l’étaient pas. Telle est la magie du verbe qui pétrit la réalité comme une terre meuble. Mais quels sont donc les faits décrits par la « vérité narrative » ? Où est donc l’administration des preuves de son existence en dehors des péroraisons des psychanalystes ? Quelles sont, enfin, les évidences des effets thérapeutiques qu’on en obtiendrait et qui seraient inaccessibles à l’objectivité ?

(...)

Il fallait se persuader que la psychanalyse existe. Or, l'évacuation des faits est aux origines mêmes de la psychanalyse. La virtualisation de sa pensée narrative lui est consubstantielle et congénitale, car l'incapacité à tenir compte  des réalités est apparue ab initio chez Sigmund Freud, que les fidèles successeurs ont entérinée dans un regroupement en une secte d'adorateurs du vide, et que les hagiographes ont sacralisée. Cette incapacité d'accès à l'objectivité est en effet la définition de leur identité, et ce qui par tropisme les absorbe dans le mouvement. Dans l'univers factuel, la psychanalyse n'existe pas, ni dans le nôtre, ni dans le vôtre, ni dans celui des malades : elle n'a aucune substance et n'en a jamais eu. Rompant avec la clinique d'abord, avec la biologie de son époque ensuite, avec sa propre histoire enfin qu'elle va falsifier, elle ne pourra réintégrer une évolution scientifique dont elle s'était détachée ab ovo. L'inconscient est un escroc intérieur dont Freud s'est emparé il y a un siècle. Et sa ruse machiavélique, remarque Ernest Gellner, "L'habitude de tripatouiller les faits, n'est pas une chose que l'on ajoute plus ou moins subrepticement à la théorie lorsqu'elle cafouille ou qu'elle se heurte à des difficultés. Elle a toujours été là, en toute bonne foi. Le subterfuge n'est pas introduit pour sauver la théorie : c'est la théorie même". Freud voulait que sa progéniture, définitive et imperfectible, résistât à l'épreuve du temps et, telle une statue survivant à l'artiste, atteigne l'éternité dans toute sa pureté immaculée. Dès lors, le freudisme est un système entièrement construit de manière à se soustraire à toute réfutation, et accéder à l'universalité. Mais ce rêve d'immortalité a échoué.

Aujourd'hui, cerné de toutes parts dans un monde qu'il a imprégné de son idéologie dominatrice, le freudisme se protège encore dans sa mythologie. "Vérité narrative" insérée dans les consciences, il a pénétré les démocraties en s'assurant une conquête fictive dans un monde virtuel, mais finit en France là où tout a commencé : dans le surréalisme. Des territoires ont bien été conquis ou annexés sans grande résistance. Mais ce colossal investissement de la culture et le déferlement irrésistible des soldats de l'Armée du Phallus sont une grande illusion dans une forteresse vide.

"L'Immuable École du Rien", qui se voulait science du fantasme et science de l'âme, est bien un fantasme, non une science et n'a pas d'âme. Elle avait certes de nombreux élèves, qui ne pouvaient assurer aucune victoire avec du Rien dans un monde vivant. La vérité ne se divise pas, et ne se multiplie pas. La fidélité des soldats à leurs dogmes et à leurs rites ne fait pas leur validité. Les croisés pouvaient aussi se rassembler dans l'adhésion à la doctrine de la résurrection du Christ, mais leur accord démocratique n'augmenta pas significativement les chances de résurrection du Sauveur, empêchée par des lois bien naturelles, auxquelles les combattants de la juste mission, quels que fussent leurs nombres et la force de leur conviction vociférée, ne purent échapper. »


(In : Jacques BÉNESTEAU, « Mensonges freudiens. Histoire d’une désinformation séculaire », éditions Pierre Mardaga, Sprimont, 2002, pages : 353 - 355).




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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.

Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :

"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".

Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".

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