vendredi 5 décembre 2014

Jacques BÉNESTEAU. La psychanalyse face à ses responsabilités.





Dans la toute puissance de ses idées — ou plutôt de sa pensée monothéiste et totalitaire —, la psychanalyse n’a pas de doute. Elle doit traiter toutes les perturbations, réduites à une seule source, toute exploration est superflue ou inimaginable car « la cause » unique est déjà connue avant de rencontrer le patient. Aucune alternative thérapeutique n’est envisageable puisqu’il n’y a qu’une seule attitude avec tous les patients, et le « consentement éclairé » est inutile, en contravention avec les règles élémentaires de l’éthique. Mais comment comprendre qu’on se limite, dans le cas des incapacités de lecture et de dyslexie de l’enfance, à une psychothérapie excluant pendant des années tout autre perspective ? Quels sont les moyens par lesquels la psychanalyse apprendra à un enfant à lire, quand bien même profiterait-il de cette relation ? Comment se fait-il qu’on exclut les traitements modernes programmés pouvant assurer 75% de réussites en 5 à 12 semaines dans le cas de l’énurésie des enfants et qu’on préfère encore la psychanalyse pourtant réputée, depuis 1938, une des méthodes les moins efficaces de tous les traitements jamais inventés ?[1] Faut-il croire, comme le remarquait ironiquement Daniel Lagache, que l’enfant toujours énurétique après 8 ans, 10 ans ou plus de psychanalyse est maintenant fier de pisser au lit, malgré les dégâts causés par son problème dans sa vie sociale et affective ? Comment les psychanalystes peuvent-ils apporter les compétences sociales qui font si cruellement défaut aux sociophobes ? Comment concevoir que nombres d’institutions médico-psychologiques spécialisées n’aient souvent rien d’autre à proposer que la psychanalyse pendant des années à leurs patients quels que soient leurs troubles ? Imagine-t-on qu’un hôpital recoure à un seul et unique traitement pour tous ses malades ? Enfin comment comprendre que la psychanalyse, qui méprise tant les réalités — qui n’auraient aucune importance —, puisse prétendre traiter les souffrances authentiques alimentées par des événements réels, et de quelle manière ?

L’affaire Osheroff était exemplaire et Klerman la jugea suffisamment représentative pour en tirer les leçons éthiques puis poser de justes et graves questions sur la responsabilité du monde psychiatrique dans nos sociétés désinformées en dépit de l’accroissement considérable des moyens d’informations instantanés. Autant sa charge que ses standards déontologiques sont parfaitement applicables dans notre pays. Car il faut se rappeler que, selon l’article 30 du code de déontologie médicale de 1979, les « médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage, comme salutaire et sans danger, un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme leur est interdite. »[2]

Au bout de cent ans de freudisme, le bilan final d’une méthode révolutionnaire de traitement psychologique — qu’elle soit utilisée par Sigmund Freud, par ses catéchumènes, ou par les successeurs — est négatif, alors que son efficacité devait servir de garant, de rempart, et d’ultime validation directe du contenu de ses dogmes, ce qui prive de sa substance le contenu de la psychanalyse. Comme le note Eysenck, l’incapacité de la psychanalyse à démontrer une seule supériorité de sa thérapie est un échec de la théorie et des postulats de son fondateur.[3] Et l’examen terminal minutieux de tous les travaux scientifiques depuis 60 ans sur ces questions par l’épistémologue Edward Erwin, pourtant très prudent, peut s’achever ainsi : « alors que le siècle s’achève, un siècle que certains ont nommé ’’le siècle de Freud’’, l’évidence autorise les verdicts suivants. L’efficacité de la thérapie de Freud a-t-elle été établie ? Non. Quelle part de sa théorie a-t-elle été confirmée ? Pratiquement aucune. Ces verdicts sont probablement les derniers. »[4] C’est là ce que Frederick Crews peut appeler l’épitaphe, rajoutant la sienne : « il n’y a littéralement rien à dire de l’intérêt scientifique et thérapeutique de l’ensemble du système freudien, et de chacun des dogmes qui le composent ».[5]

Et malgré tout l’opinion demeure, contre les évidences, que la psychanalyse « reste la plus efficace, sur la longue durée, pour le traitement de toutes les affections psychiques » ![6]


(In Jacques BÉNESTEAU. "Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire". Editions Pierre Mardaga, Sprimon, 2002).




[1] Cf. Walker & al, 1988; Mikkelsen, 1991; Shaffer, 1994.
[2] Le dernier code de déontologie médicale accessible sur Internet dans le site du Conseil National de l’Ordre des Médecins reprend cet article à la lettre: http://www.conseil-national.medecin.fr/
[3] Eysenck, 1985: 44.
[4] Erwin 1996, A final Accounting: 296.
[5] Crews 1996, the Verdict on Freud: 63.
[6] Roudinesco & Plon, 1997: 1149 (italiques miennes). Deux ans plus tard, Elisabeth Roudinesco (1999: 109) écrira que les enquêtes ne permettent pas d’affirmer que la psychanalyse est supérieure aux autres psychothérapies, tout en se réclamant, d’après une enquête d’opinion, du merveilleux chiffre de 80% de réussite soi-disant procurée par cette thérapie…



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Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

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