Si l’on s’efforce de ne pas céder à l’illusion rétrospective qui tendrait à faire d’une cure une entreprise planifiée et cohérente, on peut découvrir un autre facteur qui rend l’arrêt de la cure plus difficile. Ce n’est qu’au terme d’une entreprise qu’on peut avoir une idée juste de sa valeur. Or, le patient qui arrêterait avant terme peut toujours se dire qu’il se priverait de l’essentiel : le bien dispensé par la psychanalyse n’est pas distillé morceau par morceau. Pour le dire autrement, la finalité de l’analyse n’est pas la même que celle d’une séance prise isolément. Comme le dit C. Clément, en psychanalyste, « vouloir guérir n’est pas nécessaire ; bien plus, ce serait une redoutable entrave ». Et pourtant, c’est bien l’espoir de la guérison, ou du moins d’une amélioration de leur santé, qui motive les patients à persévérer. Or, un patient n’est jamais confronté, au cours des séances, à quoi que ce soit de décisif qui puisse l’aider à considérer le tout. A se dire qu’il arrêtera tel jour, il perçoit qu’il n’aura rien obtenu de concret, de tangible, pas même une vérité ferme sur son histoire ou son identité. Il pourrait certes, réclamer à son analyste un diagnostic provisoire, mais celui-ci ne le lui donnerait pas. Un diagnostic imposerait une récapitulation nécessairement réductrice et simplificatrice, ce que tout analyste rejette. Comme le dit D. Frischer, « interpeller directement l’analyste sur le déroulement de la cure, son utilité, son mode de fonctionnement (…) équivaut à poser la question de la fin de l’analyse, ce qui, lorsqu’on n’a pas un bon nombre d’années d’analyse derrière soi, peut apparaître comme prématuré ou incongru ».
D’une séance à l’autre.
Un autre aspect de la cure psychanalytique incite les patients à repousser indéfiniment le terme de l’analyse. En cours d’analyse, le patient ne cesse de rencontrer des obstacles de toutes natures qu’il doit surmonter pour continuer « d’avancer ». Il arrive que le patient perde la capacité de parler, qu’il butte opiniâtrement sur une interprétation de l’analyste qui lui paraît inacceptable, qu’il ne parvienne pas à se remémorer un épisode de son histoire qu’il tient pour crucial… Ces obstacles qu’analyste et patient s’accordent communément pour qualifier de « résistances » constituent autant d’injonctions au combat. Et le combat contre les « résistances » représente le quotidien du traitement. Mais, comme nous l’avons vu, ce type de combat ne donne jamais lieu qu’à des défaites ou à des demi- victoires. La levée d’une résistance entraîne immanquablement la découverte d’une nouvelle résistance qui, à son tour, devra être levée. Et cette levée des résistances est un processus qui fonctionne en boucle, sans autre terme que celui que l’analyste consentir à lui assigner. Ce dont on peut alors être certain, c’est qu’il ne sera pas donné au patient de prendre du recul que ce soit avec le traitement, tant qu’il ira de résistances en résistances, des larmes à l’effroi, du désarroi au doute, de l’ennui à l’espoir le plus vif. Constamment, de nouveaux problèmes se découvrent, qui imposent dans une grande urgence la recherche d’une solution, et qui font toujours reculer la découverte de la solution ultime : la résolution des problèmes qui avaient motivé l’entrée en analyse. C’est spécifiquement ce type de processus qui limite le risque que le patient envisage la cure elle-même comme problème, ou du moins comme une stratégie de guérison parmi d’autres. Harcelé par les problèmes internes, le patient n’a jamais le loisir de considérer le tout, et de se demander si cette émergence continue de problèmes n’est pas solidaire de la voie thérapeutique empruntée pour en venir en bout. En somme, ce « piège », comme tant d’autres, se fonde sur le fait que le sujet piégé s’est imposé un cadre au sein duquel aucune solution ne peut être trouvée au problème initial. Et le déroulement du traitement psychanalytique est d’autant plus favorable à un tel enfermement que la psychanalyse présente le processus même de délivrance de son état que le patient est venu chercher auprès de l’analyste, et non la remémoration de tel épisode infantile. La fin se perd ainsi dans la mise en œuvre des moyens. »
(In : Nathan STERN, « La fiction psychanalytique », éditions Pierre Mardaga, Sprimont, 1999, pages : 153 – 155).
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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".