« A mesure qu’il s’est délesté des idées qu’il lui pesait de taire, le silence ou les grognements de l’analyste ont insensiblement changé de signification à ses yeux, et ses attentes à l’égard de son interlocuteur se sont modifiées. Il ne souhaite plus seulement être entendu et écouté ; il attend une réponse, ne serait-ce qu’un assentiment ou une réprobation. Pierre Marie, un analyste, rend partiellement compte des effets de la réserve des praticiens :
Le discours adressé à l’analyste ne recueille ni désaveu, ni assentiment, et conduit l’analysant à suspendre son jugement, à attribuer à toutes les représentations une valeur équivalente. Quelle que soit la pensée qu’il puisse formuler, celle-ci trouve l’analyste silencieux sur lui-même. Les énoncés proférés ne recevant pas d’approbation ou ne suscitant pas de désaccord voient s’estomper les convictions qui y étaient attachées. L’analysant n’a pas à défendre son identité puisque l’analyste refuse le débat proposé par l’analysant.
Même lorsque la grande discrétion de l’analyste continue d’être perçue par le patient comme une bénédiction tacite, elle vaut comme une bénédiction donné a priori à toute parole, et non comme la reconnaissance d’un aspect défini de son identité. Car le contrôle et le maintien d’une image de soi, d’une identité, exigent qu’on établisse des distinctions, des hiérarchisations, que l’on mette l’accent sur tels éléments au détriment de tels autres que l’on prétendra accessoires, secondaires ou que l’on relèguera au silence. Or, le mode d’écoute du psychanalyste nivelle toutes les différences de statut ou de valeur que le patient établit entre les objets de son discours. Le psychanalyste pose le même regard sur ce qui est simplement énoncé, ce qui a été réellement vécu et ce qui est seulement désiré, tout idée émise engageant autant l’acte qui en serait la réalisation. Ce nivellement brouille l’image que le patient donne, et se donne, de lui-même. Et parce que le patient étendu sur le divan ne parle que de lui-même, et que c’est tout ce qui fait son identité qu’il livre à l’analyste, c’est toute son identité, tout ce qu’il pourra dire de lui-même qui sera altéré, tant que l’analyste n’aura pas réagi. Or, contrairement à ce que dit Pierre Marie, défendre son identité est une nécessité presque vitale, et ne représente pas pour le patient un effort dont il se dispenserait légèrement – ce que suggère sa formulation : « L’analysant n’a pas à défendre son identité ». Cette activité de présentation de soi est inépuisable et toujours recommencée, tant que l’analyste ne met pas fin au flottement identitaire.
Il nous faut cependant concéder que certains patients paraissent effectivement renoncer à défendre toute identité. C’est en particulier le cas des patients de longue durée qui ont été confrontés à des analystes qui n’appuient ou n’agréent que très exceptionnellement leur discours. Ces patients parviennent à parler sur un mode tel qu’il justifie le mutisme de l’analyste : ils semblent ne plus s’adresser à lui ni ne plus rien attendre de lui. Ils se sont rangés à une parole sans repère, ni consistance, ni terme possible, après avoir exploré toutes les modalités du discours adressé : le récit, la demande, la plainte, la supplication… Même l’évocation de rêves, de moments vécus, qui a priori imposent l’exposition d’un contexte, la présentation des personnages mis en jeu…perdent alors de leur consistance. Les structures narratives se dissipent. Et il ne subsiste plus que des éléments hétéroclites et peu liés entre eux. Cette « parole de vérité », nous n’en connaissons que des approximations, grâce aux témoignages bruts des analysés qui ont cherché à prolonger les séances dans leurs journaux, et à être, comme ils sont en analyse, totalement sincères dans la transcription de leurs contenus mentaux. Jusqu’à à trente pages d’un flot verbal confondant, sans valeur esthétique particulière, sont ainsi livrées en pâture au lecteur perplexe :
« Thomas semblait m’aimer samedi et dimanche. Mais pas lundi ni hier mardi où il m’avait laissée sans nouvelles – « Je me sens redevenir moi puisque c’est l’heure du dîner et que je n’ai pas envie d’y aller » - « Moins que je suis assurée de l’amour que l’on pourrait représenter cet amour de l’homme pour l’irréalisation le rêve. Quelque chose impossible à atteindre dont il a le besoin de tendre vers mais dont la réalisation l’anéantirait Chercher l’impossible pour atteindre le réel peut-être » (La ponctuation a été respectée).
Ceux qui ont fait l’expérience de cette phase terminale de l’association libre l’envisagent généralement comme l’activité la plus propice à la manifestation de l’inconscient. La parole n’y est plus mue par l’attente ou la curiosité d’un interlocuteur, ni par la tension qu’aurait suscitée une interrogation dans l’esprit du patient. Le statut, la nature et la destination des énoncés n’y sont plus définis. En l’absence de toute hiérarchisation et de toute sanction de la parole par une instance critique, interne (le jugement du patient) ou externe (l’analyste), tous les énoncés se valent. Aucun n’est plus vrai, plus sincère ou plus juste qu’un autre, puisque vérité, sincérité et justesse n’ont de signification qu’en rapport avec des normes d’authenticité et que l’inconscient ignore la norme, qu’il est pure positivité. Il se peut que le patient rompu à la pratique de cette modalité de discours soit grisé. On voit mal, cependant, ce qui pourrait être tiré de fécond d’une telle confusion. On peut ainsi imaginer que l’analyste ne puisse savoir si une parole de son patient a valeur d’idée gratuite, d’assertion, de souhait, de vision, ou de souvenir. Si cette modalité du discours permet effectivement l’accès à l’inconscient, il y a fort à parier que l’inconscient n’ait pas grand chose de cohérent à nous enseigner – alors qu’il est justement conçu comme la voie d’accès privilégiée au sens ultime de l’identité.
Mais les patients, en majorité, ne cessent pas d’attendre de leur analyste une réponse : ils ne renoncent pas à ce que l’identité qu’ils se prêtent soit reconnue par l’analyste. Le patient peut alors tenter de forcer son analyste à réagir en donnant dans la démesure. Mais à ce jeu, il est sûr de perdre. Comme le dit une patiente :
Vous pouvez avoir tué, balayé vingt personnes sur la place publique, torturé, ou aimé vous torturer vous-mêmes, l’analyste conserve son sourire plein de bienveillance.
Et celui qui aura tenté d’affecter son interlocuteur de cette manière ne tardera pas, lorsque les effusions ou les provocations se sont révélées improductives, à retourner son regard sur lui-même, et à déplorer le triste spectacle qu’il a donné. D’autres, cependant, persévèrent, et choisissent par exemple de renvoyer l’analyste à son silence. Seul subsiste alors le rapport de force :
Pour Jean-Pierre (5 ans d’analyse), taciturne de nature, la cure, raconte-t-il, s’est composée de 70% de silence et de 30% de paroles assez banales. « Plus tard, j’ai lu un journal pendant toute une séance, de la provocation quoi, l’analyste n’a rien dit, superbe. »
Au silence obstiné, il pourrait en effet sembler naturel de répondre par le silence obstiné. Mais l’analyste n’a, là encore, guère de raisons de céder le premier. Le patient est par hypothèse celui qui demande, et il se pliera inévitablement au moment du paiement. Pourtant, et comme le remarque Harold Searles, « quelqu’un d’impassible impose qu’on le provoque, qu’on le fasse réagir », puisque « rien n’est plus blessant que la surdité ». Or, c’est bien comme une surdité que le patient appréhende le silence de son analyste, comme un surdité à ce qu’il dit de lui-même. Si sa parole a si peu d’effets, n’est-ce pas qu’il parle pour ne rien dire ? N’est-ce pas parce qu’il ne dit rien qui mérite une réponse ? Un grand nombre de fois, il aura tenté d’obtenir de l’analyste une confirmation, mais rien de ce qu’il a dit de lui n’a été sanctionné, et il doit continuer de développer son discours, en guettant le moment où l’analyste se satisfera d’un propos et lui permettra de se reposer sur une certitude, ou au moins sur un élément de son discours digne d’être développé. Bien des patients ont ainsi le sentiment qu’à travers leur réserve, les analystes affirment : « Vous ne me parlez pas vraiment de vous ; ce que j’attends, c’est que vous tombiez le masque derrière lequel vous vous cachez, que vous cessiez de me faire croire que vous vous confondez avec les rôles que vous jouez. Vous êtes ici pour me parler vraiment de vous. » Et ce fait, ce que l’analyste attend, c’est la révélation de la faiblesse, le signe que l’identité a été blessée. Alors seulement, il commencera à parler.
Pendant un temps, on écoute, silencieux totalement, laissant le discours s’étonner de la non-réponse et ainsi se réfléchir au sens optique. On attend la faille, le défaut, le creux où lancer les mots qui déséquilibreront ceux de l’autre, leur imprimeront une vacillation nécessaire à la mise en question analytique. »
(In : Nathan STERN : « La fiction psychanalytique ». Éditions Pierre Mardaga, Sprimont, 1999, pages : 38 – 41).
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Comment ne pas être révolté, horrifié, même, par la psychanalyse ? Pourquoi les gens ne veulent-ils pas comprendre que ces psychanalystes ne sont que des malades, des sociopathes, de très dangereux charlatans perclus d'obsessions diverses :
.Celle de l'interprétation "par l'inconscient", véritable vampirisme dont le caractère intrusif devrait, normalement, faire bien plus d'effet que d'indisposer celui qui le subit. A l'individu normal, de telles motivations intrusives de la part d'autrui, finissent par lui donner envie d'en venir aux mains, mais d'autres vont de leur propre gré s'y soumettre (!?) et se vantent même d'avoir "fait une analyse" ?!!..
.Celle de retomber toujours sur leurs pieds avec leurs délires : il leurs est vital de pouvoir sentir qu'ils ont toujours raison et que rien, absolument rien ne peut les engager à se remettre en question et surtout pas, bien sûr, d'une façon qu'ils pourraient ressentir comme blessante, humiliante même, tant la vérité de la remise en question serait justifiée. Ils doivent donner l'impression et pouvoir constamment se persuader et être persuadés d'avoir raison, "le dernier mot", et même avoir raison sans aucun mot, par le silence. Mais répondraient-il, "il y a toujours des mots" ou que "les non dits sont des mots" !...
.Donc, immuniser constamment leurs personnes et leurs théories. Protéger, cadenasser, clôturer, et travailler sans cesse à raffermir leur château de cartes rempli de délires. Se protéger aussi contre tout reproche de recourir à ces mêmes stratégies d'immunisation. Ils sont infaillibles, leurs délires théoriques aussi, et vous devez l'acceptez, vous plier pour espérer, peut-être (...) avoir droit à ce que vous n'aurez jamais : un regard, une parole, un sentiment authentique, sincère et non joué, bluffé, de .... respect de votre personne.
Ces psychanalystes ne sont que de la vermine. Ils ne sont que de la merde gluante. Et moi, l'auteur de ce blog, je ne peux pas être confondus avec pareilles ordures, et j'assure que mes "non" ne peuvent être des "oui déguisés en non".
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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".