« Lorsqu’on veut faire disparaître un comportement défini chez un rat, soit on recourt à la technique punitive (décharge électrique), soit on recourt à la procédure d’extinction (suppression de tous les renforcements positifs). (Jacques Van Rillaer).
Le patient n’est pas un rat. Pourtant, l’analyste lui applique un traitement similaire, et semble-t-il, avec succès. Lorsque le psychanalyste entend le patient aborder des thèmes qu’il juge secondaires, lorsqu’il doit venir à bout d’une résistance tenace, lorsqu’il pressent chez son patient une inimitié, il a à sa disposition une grande panoplie d’incitations négatives, favorables à l’inhibition, à la prévention ou là réduction des comportements verbaux (et statutaires) indésirables. Naturellement, il peut aussi user de récompenses, pour marquer son assentiment ou encourager le patient qui s’engage timidement sur une voie nouvelle. A lire les témoignages de patients, on se rend compte que ces incitations peuvent faire la pluie comme le beau temps. Près d’un quart des remarques concerne l’attitude de l’analyste. Nous livrons ces procédés sans porter d’appréciation négative sur leur utilisation. Le recours à ces moyens de pression nous paraîtrait parfaitement légitime s’il était plus explicite. La plupart des incitations font sentir, sans dire. Ce ne doit pas être la meilleure façon d’encourager un patient à être « honnête avec lui-même » et à associer librement.
Les sanctions et les blâmes sont aussi nombreux que divers. Au cours des séances, l’analyste peut en premier lieu traduire son désintérêt par un silence persistant, si la signification de cet acte n’a pas été fondée par un usage trop fréquent. Chez les analystes lacaniens en particulier, le mutisme, si opiniâtre soit-il n’est pas pertinent. Une subite agitation, un mouvement suffisamment vif ou sonore de l’avant-bras peuvent, eux, toujours laisser supposer au patient que l’analyste consulte sa montre et s’impatiente. Les interventions négatives, plus ou moins spirituelles, sont souvent ambivalentes : « Si vous cessiez de vous écouter, vous sauriez peut-être vous entendre », ou hermétiques : « Vous parlez, certes, mais est-ce que vous dites ? ».
Prétendre que le patient résiste demeure le plus sûr moyen de le dissuader de revenir sur un thème défini ou de parler sur un mode intellectuel, abstrait ou ironique. Pour affaiblir l’adhésion du patient à ses idées sur lui-même, les autres ou le monde en générale, il suffit bien souvent à l’analyste d’affirmer que ces idées constituent des résistances. Et l’étude des témoignages d’analysés nous donne régulièrement le sentiment que les résistances, ce ne sont que les savoirs que le patient tient pour vrais, et qui l’empêchent d’accéder à une connaissance véritable et profonde de lui-même, celle que l’analyste lui fournit. Dans cette mesure, lever les résistances du patient, c’est brouiller ses repères, afin qu’à terme, il n’ait plus pour celle référence que son interlocuteur.
Du côté des gratifications et des récompenses, le choix est moins important. Au cours de la séance, l’analyste peut multiplier les interventions, les marques sonores d’attention ou de bienveillance, mais surtout les interprétations favorables ou encourageantes : « Mais la réponse aux questions que vous me posez, vous l’avez en vous ! ». En fin de séance, un sourire, une parole aimable sur le travail accompli, l’accompagnement jusqu’à la porte, la poignée de main chaleureuse ou l’évocation de la fin de l’analyse ponctuent un travail jugé satisfaisant, et invitent à poursuivre sur la voie empruntée.
Notons incidemment l’existence d’affirmations à double sens, à la fois gratifiantes et blessantes, que seuls les maîtres de la psychanalyse savent produire. Ces affirmations, souvent gratuites, ne reflètent sans doute rien d’autre que le goût des analystes pour les « bons mots ». Elles plongent cependant les patients dans des abîmes de perplexité, qui les conduisent à s’interroger interminablement sur leur nature de carotte ou de bâton. Ainsi de Lacan, qui conclut une séance avec Pierre Rey, dont le traitement, au coût extraordinairement élevé, a commencé trois mois plus tôt par un « A présent, votre analyse commence », ou de Freud, qui conclut la cure de Kardiner par ces mots énigmatiques : « Vous serez riche ». »
(In : Nathan STERN. « La fiction psychanalytique ». Pierre Mardaga éditeur, Sprimont, pages : 117 – 118).
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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.
Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".
Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.
Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :
"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".
Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".
Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".