jeudi 4 décembre 2014

René POMMIER : René Girard, un allumé qui se prend pour un phare.







René POMMIER (1933 - 2024)






C'est le titre du dernier livre de René Pommier, également auteur de "Sigmund et fou, et Freud à tout faux", que nous avons déjà présenté sur ce blog.

Le livre de Pommier sur Girard est, lui aussi, un beau bain d'acide pour la "pensée" de René Girard. On pourrait en tirer une maxime : dans le domaine intellectuel, l'infatuation est proportionnelle au charlatanisme.

Voici donc une partie de l'introduction de ce livre, publié aux éditions Kimé, en 2010.



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"Plus on avance dans la lecture du livre de René Girard, et plus on se demande comment l'humanité a pu se passer si longtemps de lui. Deux affirmations en effet y reviennent continuellement, à savoir, d'une part, qu'avant le dit René Girard, personne n'a jamais rien compris à rien et, d'autre part, que, grâce aux théories du dit René Girard, soudain tout s'éclaire, tout s’illumine, tout devient une évidence aveuglante. Soyons justes, si René Girard pense qu'avant lui personne n'a jamais compris rien à rien, c'est seulement dans le domaine des sciences humaines. Dans sa grande modestie, il n'a jamais songé, semble-t-il, à nier qu'en ce qui concerne les sciences exactes et les techniques, l'humanité et s'était fort bien passé de huit jusqu'ici, et avait, sans lui, accumulé une somme considérable de connaissances, fait d'innombrables et d'immenses découvertes, et réalisé de très nombreuses et prodigieuses inventions qui ont profondément transformé l'existence des hommes.

Mais, si René Girard s'est jusqu'ici abstenu de faire la leçon aux mathématiciens, aux physiciens, aux naturalistes, aux biologistes ou aux médecins, et n'a pas essayé de les persuader que s'ils voulaient vraiment maîtriser leurs domaines respectifs, ils devaient absolument commencer par lire ses ouvrages, il est profondément persuadé, en revanche, qu'en matière de psychologie, de sociologie, d'ethnologie ou de sciences des religions, les plus grands savants et les esprits les plus pénétrants ne sont jamais parvenus à dominer leurs disciplines propres et à éclairer effectivement les sujets qu'ils traitaient. S'ils ont souvent réussi à décrire avec beaucoup de précision et d'exactitude les phénomènes qu'ils étudiaient, ils n'ont jamais réussi à aller au fond des choses et à en trouver l'explication.

« L'essentiel », nous dit René Girard, leur échappe toujours, l'essentiel qui pourtant devrait leur crever les yeux, comme il les crève les siens. C'est le cas notamment des ethnologues, comme en témoigne cette déclaration : « C'est là, à mon sens, la tâche essentielle de l'ethnologie, une tache qu'elle a toujours éludée ». C'est le cas des critiques les plus renommés, Auerbach : « L'essentiel est que personne ne voit, et pas plus Auerbach que les autres, c'est que, dans les mythes, la victime et coupable avant même d'être divine, alors que, dans le biblique, il lui arrive d'être innocente, d'être faussement accusée. Pas plus que les autres interprètes, Auerbach ne voit ce qui, à mes yeux, est seul essentiel ». C'est le cas de tous les philosophes, de Platon à Lacoue-Labarthe : « Il ne faut pas s'étonner si Lacoue-Labarthe ne voit pas ce qui fait défaut à Platon sur le plan des rivalités mimétiques. Ce qui fait défaut à Platon, en effet, lui fait défaut à lui-même, et c'est l'essentiel, c'est l'origine de la rivalité mimétique dans la mimesis d’appropriation. C'est ce point de départ dans l'objet sur lequel nous insisterons jamais assez, et c'est cela que personne, semble-t-il, ne comprend ». C'est le cas, d'une manière générale, de tous ce qui ont traité avant René Girard les mêmes sujets que lui.

Certes il leur arrive d'avoir des intuitions qui pourraient être fécondent s'ils étaient capables d'en mesurer toute la portée, c'est-à-dire de comprendre vraiment ce qu'ils disent. Ainsi, à propos de l'aphorisme 125 du Gai Savoir sur la mort de Dieu, René Girard nous dit qu'il ne pense pas que « Nietzsche ait été pleinement conscient de ce qu'il disait dans ce fameux aphorisme ». Il en est de même de Gabriel Tarde qui « a eu des intuitions remarquables mais toujours secondaires parce qu'il n'a pas découvert la réalité mimétique et ses conséquences ». Il en est de même de Max Weber, si l'on en juge par cette appréciation : « L’intérêt d'un point de vue comme celui de Max Weber tient au fait qu'à l'instar des approches plus récentes, il met le doigt sur la vérité sans le savoir ». Il en est de même de Freud qui ne cesserait de frôler la vérité, sans jamais s'en rendre compte le moins du monde : « Dans un article sur le deuil, nous dit René Girard, Freud, comme d'habitude, passe tout près d'une vérité qui pourtant lui échappe complètement ». Mais, ce faisant, il tire les marrons du feu pour le compte de René Girard, en lui fournissant des matériaux qui utilisera pour établir la théorie mimétique : « Freud à des intuitions très vraies parfois mais qu’il interprète de façon « laïcarde »  et dix-neuvièmiste un peu comme Darwin, alors qu'en réalité, elle renforce le message biblique. Il en est de même pour Claude Lévi-Strauss qui, lui aussi, ne cesse, sans s'en douter le moins du monde, d'apporter de l'eau au moulin de René Girard : « ce qui rend Lévi-Strauss précieux, c'est qu'ils nous apportent tous les éléments de la genèse vraie sans jamais comprendre à quoi il a affaire ». Il en est de même de Carlo Ginzburg : « Ginzburg est un formidable historien, il accomplit dans ses livres un gros travail d'enquête. Mais il ne trouve pas le « meurtrier », c'est-à-dire l'origine de tout cela. Pour lui, comme pour une bonne partie des chercheurs en sciences humaines, celle-ci restera à jamais inaccessible : la naissance de la culture est considérée comme un point qui disparaît lorsqu'on cherche à l’atteindre ». À propos du personnage d’Oedipe qui auraient « tout fait pour provoquer le désastre qui s'abat sur lui », René Girard déclare que « les critiques voient bien cette attitude de Sophocle mais n'en tire pas les conséquences qu'il faudrait ». On le voit, seul René Girard est capable d'expliquer à fond, en les éclairant et en les complétant, les intuitions restées confuses et partielles des penseurs qui l'ont précédé. Grâce à lui, les philosophes les plus obscurs deviennent soudain transparents : « pour compléter Heidegger et le rendre parfaitement clair, ce n'est pas dans une lumière philosophique qu'il faut le lire, mais à la lumière de l'ethnologie n'ont pas de n'importe quelle ethnologie, bien sûr, mais de celle que nous venons débaucher ».

L'assurance avec laquelle René Girard affirme que tous ceux qui ont traité avant lui même sujet que lui, ont toujours été incapables de les éclairer vraiment, n'a d'égale que celle avec laquelle il soutient que ces théories expliquent tout d'une manière complète et définitive. Les mythes ont fait l'objet d'innombrables études et pourtant, selon René Girard, ce travail séculaire n'a finalement servi à rien puisque le mystère est toujours resté entier : « après des siècles d'efforts inutiles, la recherche moderne n'a pas encore déchiffré l’énigme de la mythologie, et finalement elle s'est lassée ». Bien plus, lors même que de René Girard leur apporte la solution sur un plateau, les spécialistes s'obstinent à le rejeter : « beaucoup d'ethnologues, de classistes et de théologiens ont beau écarquiller les yeux, disent-ils, ils ne voient pas de bouc émissaire dans les mythes. Ils ne comprennent pas ce que je dit ». Et pourtant, nous dit René Girard, « il y a une force prodigieuse dans la présente lecture, une fois qu'on l’a vraiment comprise. C'est ici je n'hésite pas l'affirmer, l'explication dernière de la mythologie, non seulement parce que d'un seul coup il y a rien d'obscur, tout devient intelligible et cohérent, mais parce qu'on comprend, du même coup, pourquoi les croyants d'abord, et à leur suite les incroyants ont toujours passé à côté du secret pourtant si simple de toute mythologie ». Ces lignes sont véritablement extraordinaires. Il affirme que sa théorie explique tout avec « une force prodigieuse », que, grâce à elle, « tout devient intelligible et cohérent ». Mais en n'en revient toujours à la même objection qui semble imparable : comment expliquer que personne n’ai jamais compris avant lui ce qui lui semble si évident ? Il croit répondre à cette objection en ajoutant que sa théorie explique aussi pourquoi personne ne la comprend. Mais même en admettant qu'il soit normal, qu'il soit inévitable que personne ne la comprenne bien qu'elle explique tout avec une parfaite évidence, ce qui est assurément et singulièrement difficile à admettre, il resterait expliquer alors pourquoi René Girard, lui et lui seul, comprend ce que personne ne peut comprendre. Cette théorie qui explique tout d'une manière définitive et lumineuse, cette théorie merveilleuse reste malheureusement incompréhensible, sauf si l'on s'appelle René Girard. On reste sans voix devant une telle infatuation.

Mais là où la présomption et l’outrecuidance de René Girard atteignent sans doute les sommets du comique, c'est lorsqu'il a prétendu expliquer aux chrétiens que lui seul pouvait les éclairer sur l'essence même de la religion. » (…..)






René GIRARD (1923 - 2015)


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Psychanalystes, dehors ! Et, pour vivre heureux, vivons cachés.

Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

Les années 2020 seront sans doute identifiées dans l'Histoire comme une "période charnière" entre la fin d'un "ancien monde" et la naissance d'un "nouveau" dont les prémices se révèlent de plus en plus menaçants pour les libertés individuelles.

Nous estimons qu'il est pertinent, plus que jamais, de citer Antonio Gramsci :

"Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître. Et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres".

Mais citons Karl Popper : "L'optimisme est toujours de rigueur".

Et nous-mêmes : "Restons citoyens, restons vigilants, mais, renonçons à la violence et à l'intolérance. Travaillons à sauvegarder la citoyenneté, à en améliorer le contenu et les pouvoirs, les libertés autant que les responsabilités".

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