jeudi 4 décembre 2014

René POMMIER. René Girard ou le charlatanisme intellectuel non mimé.





« (…) Mais selon René Girard, Shakespeare se serait aussi très vite rendu compte qu’une peinture franche et directe du désir mimétique faisait peur et qu’il ne pouvait espérer gagner le public qu’en avançant masqué et en essayant de dissimuler ce qui constituait le principal ressort de ses œuvres : « Il ne tarda pas à comprendre qu’agiter le désir mimétique sous le nez du public n’est pas le meilleur moyen de connaître le succès – chose qu’apparemment je n’ai moi-même jamais comprise. Il fallut très peu de temps à Shakespeare pour rendre plus subtile, insidieuse et complexe sa façon de traiter le désir, mais, avec une constance parfois proche de l’obsession, et qui n’implique aucune illusion d’omniscience, bien au contraire, jamais il ne se départit (sic) de la conception mimétique qu’il s’en faisait » (p. 10).

On le voit, René Girard prétend être lui-même l’illustration du fait que parler du désir mimétique n’est pas le meilleur moyen de se faire connaître. Il fait ainsi preuve d’un étonnant culot. Il se pose en victime et essaie de nous faire croire qu’il est méconnu parce qu’il révèle une vérité qui personne ne veut voir. Loin d’être injustement méconnu, il jouit, au contraire, d’une prodigieuse notoriété qu’il a acquise non pas pour avoir fait une immense découverte, mais pour avoir énoncé une théorie qui, par sa gratuité et son absurdité, était particulièrement propre à séduire les jobards. Selon lui, Shakespeare se serait montré plus habile et meilleur stratège en mettant au point une technique très habile qui lui permettait d’exploiter la grande découverte qu’il avait faite, à savoir que tous les rapports humains étaient gouvernés par le désir triangulaire, tout en donnant l’impression de partager l’illusion romantique d’un public indéfectiblement attaché à l’autonomie du désir. Il a donc écrit des pièces profondément ambigües dont la signification profonde ne pouvait être perçue que par une élite très restreinte : « Pendant la plus grande partie de sa carrière, on peut dire que, chaque fois qu’il prend la plume, il écrit deux pièces en une seule : il propose consciemment aux diverses composantes de son public deux interprétations différentes de la même pièce, une interprétation sacrificielle à l’intention du parterre (qui d’ailleurs se perpétue à travers la plupart des interprétations modernes) et une lecture non sacrificielle réservée aux happy few, la lecture mimétique, seule authentiquement shakespearienne » (p. 13).

Après la grande découverte, René Girard a donc fait une seconde découverte capitale, celle de « ce qu’on pourrait appeler la double technique de révélation et de dissimulation propre au Shakespeare de la maturité. A partir du Songe d’une nuit d’été, cette technique ambivalente se met en place de façon si géniale que son rôle immense dans l’ensemble de l’œuvre théâtrale est resté, jusqu’à ce jour, inaperçu » (p. 41). Mais cette seconde découverte pose autant de problèmes que la première. Celle-ci était déjà d’une totale invraisemblance, pour ne pas dire qu’elle était parfaitement absurde. Si la peinture du désir mimétique peut seule nous donner la clé du génie de Shakespeare, comment ne pas s’étonner que, parmi tant de millions d’hommes qui n’ont cessé d’admirer son génie, il ait fallu attendre René Girard pour qu’il s’en trouve enfin un qui soit capable d’en reconnaître la vraie nature ? Comment ne pas s’étonner que, parmi tant de gens qui n’ont cessé de lire et de relier Shakespeare, de faire des cours sur ses œuvres, de lui consacrer des livres et des articles, aucun d’eux n’ait vu ou seulement entrevu ce qui a sauté aux yeux de René Girard dès qu’il s’est mis à le lire ?

Pour essayer d’expliquer ce mystère, René Girard prétend que Shakespeare aurait compris que ce qui faisait la réussite de ses pièces était aussi ce qu’il devait à tout prix absolument cacher ; il aurait compris que le public ne pouvait aimer ses pièces que s’il ne les comprenait pas. Mais il en aurait pris très rapidement son parti et il aurait alors tout fait pour qu’il ne pût pas les comprendre. Il n’aurait pas cessé de jouer à cache-cache avec le public. C’est dans le Songe d’une nuit d’été, que Shakespeare aurait, selon René Girard, poussé ce jeu le plus loin ; « Shakespeare lance un défi humoristique à la résistance du public, et il le fait sans avoir à craindre de réactions hostiles de la part de ceux qui, s’ils comprenaient, s’offusqueraient de ce défi.  Il n’a pas d’inquiétude à avoir : personne ne comprendra rien. Tel un sublime toréro, il frôle à tout instant le taureau, mais il agit sans effort et avec trop d’élégance pour qu’on perçoive le tour de force permanent que cette comédie représente » (p. 97). Si l’on comprend bien René Girard, le grand risque, le risque permanent que court Shakespeare, c’est celui d’être compris. Ce risque, non seulement il l’assume pleinement, mais il prend même un très grand plaisir à l’affronter continuellement : il joue perpétuellement avec le feu en fournissant sans cesse au public des éléments qui devraient le mettre sur la voie et lui permettre d’apercevoir le sens véritable et la signification profonde de ses œuvres. Mais, à chaque fois qu’il a le sentiment d’être allé si loin que le public ne pas plus pouvoir refuser de voir ce qu’il ne souhaite pas voir, il opère aussitôt un brusque virage et lui fournit d’autres éléments susceptibles de le rassurer et de lui permettre de continuer à ne pas comprendre. 

(…). »


(In : René POMMIER, « Être girardien ou ne pas être. Shakespeare expliqué par René Girard, éditions Kimé, Paris, 2013, pages : 15 – 17).

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Les années 2020 seront celles de l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué dont l'un des traits les plus marquants est cette lutte, cette haine tout à fait scandaleuse et révoltante contre la liberté d'expression, via un combat acharné contre ce qui est nommé le "conspirationnisme" ou le "complotisme".

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